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CHAPITRE IV

Voyage en Italie, en Turquie et en Perse

E plus beau moment de ma vie, écrivait Jules Laurens, fut celui où je me réveillai un matin du mois de mai 1846 dans une chambre de l'hôtel du Nord, à Florence, où j'étais arrivé la veille au soir. Je me sentis prêt à étreindre divinement la réalité d'un rêve, composé avec Dante, Ghiberti, Donatello, les Médicis, Michel-Ange, Boccace, André del Sarto, fra Angelico, etc., de tout ce que l'art, la poésie et l'histoire ou la légende ont de plus passionnant. » Ce fut, dit-il encore, « comme un véritable accès de folie, à la fois pieuse et allègre ».

On devine sans peine l'émotion du jeune artiste, si bien préparé par sa culture antérieure et si vibrant aux sensations que lui procurait la vue des belles choses. Il considérait le répit que lui avait laissé M. Hommaire de Hell, avant le grand départ pour la Turquie, et le loisir qu'il avait d'aller à petites journées au point d'embarcation (Naples), comme un temps d'étude, d'une valeur inappréciable. Et il en jouissait comme un avare de son trésor; il communiait en quelque sorte de la substance des grands maîtres, il vivait de leur fièvre créatrice. Son intelligence et son esprit s'élargissaient encore plus; ses réflexions prenaient un ton et une maturité qu'on n'aurait guère attendus d'un jeune homme de vingt et un ans à peine.

« Entré dans la sacristie nouvelle de Saint-Laurent, à Florence, j'ai éprouvé le saisissement et presque l'épouvante de me trouver comme dans une cage contenant la plus formidable famille de grands fauves. Telles les sculptures du Jour et de la Nuit, de V Aurore et du Crépuscuky

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