‹ Jules LaurensChapitre 32 sur 230 · DE FLORENCE A ROME · texte numérisé non relu

DE FLORENCE A ROME

de Laurent et de Julien de Médicis et d'une Vierge avec l'Enfant, y compris l'architecture du local sortie de la même inspiration : le tout prototype de force surhumaine et en même temps de souplesse et de grâce féline. L'art peut se manifester en des formes moindres et sans doute plus saines, mais l'on se sent ici hors de discussion, en face ou plutôt au pied d'un sommet; il n'y a qu'à s'incliner. Et si l'on pense que le créateur de telles productions a dû, dans ses visions, ses aspirations, ses projets, en porter de plus grandes encore, comment l'ordinaire contenant d'un homme a-t-il pu posséder pareil contenu! »

Florence était la première étape de son voyage; le Périclès l'avait en effet amené directement de Marseille sur le rivage toscan. Sur le conseil d'un Anglais, il préféra à la voie de Sienne, pour gagner Rome, celle qui le ferait passer par Pérouse, et traita en conséquence avec un veUiirino. Au moment du départ, son conducteur lui proposa un compagnon, le R. P. Ignazio, supérieur général des Carmes déchaux, et c'est en cette pieuse société que le jeune philosophe, déjà presque athée, fît cette route merveilleuse. Cela lui procura l'avantage de discourir de Lamennais, d'Alexandre Dumas et même de la tragédienne Rachel, avec les moines des couvents où on lui offrait une large hospitalité, d'assister à des cérémonies religieuses qui plaisaient au sens pittoresque de l'artiste, même d'y jouer lui aussi son rôle, comme à Assise, en l'église Sainte- Marie-des-Anges, où il tint l'orgue. Et partout, à Arezzo, Trasimène, Pérouse, Assise, Foligno, Trevi, Spolète, Terni, à la cascade du Vellino, le portefeuille du voyageur s'enrichissait de croquis crayonnés lestement.

Mais voici de « larges plans de terrains, des silhouettes de groupes d'arbres plus espacés, des constructions italiques», auxquelles l'initièrent les motifs du Poussin et du Guaspre et tout récemment ceux de Cabat, d'Edouard Bertin, Benouville ou Bellel. « Un pin parasol, des cyprès, une arche de pont, l'ouverture d'un ravin, une fabrique, un abreuvoir de troupeaux » suscitaient en lui une « véritable religiosité artistique ». Son émotion fut au comble, lorsqu'au delà de Narni, du haut d'un tertre, ses yeux « s'emparèrent de tout l'espace, depuis le mont Sorracte jusqu'à

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