‹ Jules LaurensChapitre 38 sur 230 · TRAVAUX EXÉCUTÉS A CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

TRAVAUX EXÉCUTÉS A CONSTANTINOPLE

de quelque dernier repas de chair humaine. Aujourd'hui j'en ris de bon cœur avec vous...»

Dans la même lettre : « Le cyprès est l'arbre de Constantinople, comme l'obvier est celui d'Athènes. C'est l'arbre sacré, l'arbre des tombeaux. Il n'y a pas de place grande comme la main d'où il ne s'élance à côté d'une pierre hiéroglyphiée de turc. Mais c'est surtout au grand et au petit champ des morts qu'il faut le contempler dans sa majesté séculaire, alors que le vent du soir entrechoque le sommet de ses branches chenues et en couvre la stérilité de ce sol de cimetière, où les débris de marbre et les pas des promeneurs empêchent l'herbe de croître. Au reste, rien d'austère ni de religieux dans ces lieux livrés à tout flâneur...

« Je travaille beaucoup et aussi sérieusement qu'on le peut en voyage. Voici le titre attrayant de quelques-uns de mes dessins : Tour de Galata, Bords du Bosphore à Thérapia, Eaux-douces d'Asie, Fontaine turque, etc. Ces noms promettent, mais comme tout ce qui promet, ils ne tiennent pas. Je ne puis parvenir à donner à ce que je fais un aspect agréable,séduisant. »

Le 5 février 1847 : « Nous faisons. M., Madame de Hell et moi, de fréquentes promenades à Stamboul et ses environs, qui renforcent mon intérêt et mon admiration pour les mosquées, les fouillis de maisons, les ruines et les cyprès. Souvent je vais seul, ce qui veut dire avec tout un monde d'émotions et de rêveries. Il y a une semaine, je me dirigeai à l'aventure, vers le fond de la Corne d'Or, là où débouche une large rivière, les Eauxdouces d'Europe. On retrouve sur ses bords quelque chose de ce calme de la campagne romaine, si grave et si pénétrant, alors qu'il suffit de tourner un tertre pour s'éblouir soudain d'un tableau animé, fourmillant, inouï. En contemplant le célèbre promontoire découpant sur le couchant son incroyable broderie de coupoles, de tours, d'aiguilles, de mâts et de végétations, je me demande si, une fois la chose disparue de devant les yeux de mon corps, ceux de mon esprit seront capables de se souvenir dignement. Il y a surtout des effets du matin qui enveloppent la ville d'un voile d'argent, à travers lequel scintillent des profds d'édifices, insaisissables arabesques d'or et de diamant. La dernière fois qu'il m'a été donné de les

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