VOYAGE EN BULGARIE ET MOLDAVIE
admirer, c'était du plateau de larges collines blanchies d'une neige de tombeaux, du milieu du cimetière juif. Ici, plus d'arbres, plus de pelouses ni de gracieux sentiers comme aux champs des morts turcs, mais seulement du marbre blanc et de la terre brune. . . »
C'étaient surtout les aspects si variés du pays, les monuments grands ou petits, mosquées ou fontaines, que le crayon du jeune artiste s'attachait à reproduire. Il trouvait à Constantinople même et dans la banlieue beaucoup de difficultés pour dessiner ou peindre les types humains du pays; chacun sait que le Coran interdit la représentation de la figure des hommes. Aussi pouvait-il à peine, dans les rues ou les bazars, croquer subrepticement sur son album de poche quelque Turc à l'allure caractéristique. Mais, d'autre part, l'amitié des frères Fossati, chargés de la restauration de Sainte-Sophie, lui permit de relever les mosaïques qui décoraient la voûte de cette basihque et qu'un épais badigeon cache depuis la conquête de Mahomet II : elles furent dévoilées juste le temps qui lui fut nécessaire pour cette copie. Un éditeur turc, dont je regrette de ne pas connaître le nom, le chargea encore d'illustrer un roman qu'il publiait et dont il serait bien intéressant de retrouver des exemplaires.
Plusieurs voyages ou excursions coupèrent le séjour de Constantinople, où les préparatifs de l'expédition de Perse et une maladie de M. Hommaire de Hell obligèrent de rester jusqu'au début de juillet 1847. La plus longue absence avait été nécessitée par l'exécution d'un projet, que, au dire de M. de Hell, « nul savant ni touriste n'avait même tenté ». C'était « un voyage en barque le long de la côte, depuis l'entrée de la mer Noire jusqu'à Varna, et par terre depuis ce point jusqu'à Custendjeh; remontant ensuite toute la ligne du fameux canal dit de Trajan, qui aboutit à Tchernovoda, pour descendre le Danube par Galatz et en étudier plus bas les diverses embouchures ». Ce voyage en Bulgarie et Moldavie paraîtrait aujourd'hui banal; il ne l'était guère en 1846, quand les explorateurs n'avaient pour véhicule qu'un simple caïque, dirigé par quatre bateliers grecs, qu'un « arabas turc à roues polygoniques et caisson de brouette... (il est vrai que le cocher avait une barbe des plus orientale»