‹ Jules LaurensChapitre 40 sur 230 · EXCURSION A NICÉE ET BROUSSE · texte numérisé non relu

EXCURSION A NICÉE ET BROUSSE

et qu'il fumait au moins trente chibouks par jour; que le cavash, conducteur des chevaux, portait encore le costume janissaire et s'appelait Achmet, toutes choses qui ont bien leur mérite de compensation aux yeux d'un voyageur carpentrassien )...», ou bien lorsqu'il fallait, pendant cinquante heures de suite, souffrir du froid, de la faim et de toutes espèces de malaises dans la carozza de la poste moldave, « ébauche de brouette emportée comme un wagon par quatre chevaux du diable ».

En dépit de la riche variété des sujets d'étude qui se présentaient à lui dans ce pays absolument neuf, Jules Laurens éprouva de plus intenses satisfactions d'art, et des émotions que les souvenirs historiques rendaient encore plus profondes, dans l'excursion qu'il fit avec M. et Madame de Hell dans la région de Nicée et de Brousse. Malgré les haltes fréquentes dans les endroits les plus pittoresques, en face des ruines romaines, dans les mosquées, c'était pour lui un crève-cœur continuel « de passer au galop devant un million de merveilles, sans avoir le temps d'en fixer seulement la plus vague silhouette». Brousse surtout l'avait séduit, car cette ancienne capitale des Turcs avait conservé « son caractère primitif », avec les costumes de ses habitants, ses mosquées et ses bazars. Heureusement, il a pu exécuter une remarquable série de dessins, dont quelques-uns ont été reproduits dans le magnifique atlas accompagnant la relation du voyage en Turquie et en Perse.

Il s'était habitué en effet à travailler « en courant, au milieu des rues, au sommet des rochers, par pluie ou canicule, droit ou accroupi, fatigué ou découragé », à dessiner « à la volée et d'après la première chose venue », en descendant de caïque ou d'arabas, en sautant de cheval », et tout d'abord c'avait été pour lui une très grosse contrariété de ne pouvoir se trouver dans de meilleures conditions. « Il résulte de cette nécessité, écrivait-il dans sa trop grande modestie, que mes dessins, ni faits ni à faire, me sont autant de remords, malgré la conviction où je suis que ma maladresse n'est pas la seule coupable. » Et il ajoutait : « Je soupire de temps en temps après le moment qui me rendra à cette élaboration calme et patiente d'une toile, qui seule permet les tentatives sérieuses. » Mais,

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