CHAPITRE I
Le pays natal : Carpentras
N peintre, disait Jules Laurens, surtout un peintre paysagiste, devrait toujours s'attacher à reproduire les scènes et les tableaux naturels de son pays. » Il pensait en effet que les affinités de l'artiste avec le sol qui le reçut à sa naissance, avec la nature qui marqua sur son jeune cerveau ses premières impressions, sont bien plus fortes que n'importe quelles autres. Surtout quand l'enfant est très sensible, quand son esprit d'observation, ses instincts et ses goûts se développent de très bonne heure, comme ce fut le cas pour Jules Laurens, il s'établit entre le pays natal et l'artiste une corrélation que rien ne peut détruire. « Ces admirables colosses de pierre, de marbre et d'émaux qu'on appelle Westminster, Versailles, le dôme de Cologne, Saint-Pierre de Rome, l'Acropole d'Athènes, Sainte-Sophie de Constantinople, les murailles de Diarbékir, les mosquées d'Ispahan, écrira-t-il encore, n'ont pu prendre une aussi grande place dans mon souvenir que le petit mur du cimetière de mon village. »
Carpentras, à l'époque où naquit Jules Laurens, était loin d'être la cité banale que les transformations utihtaires tendent de jour en jour à créer. La ville était entourée d'une merveilleuse enceinte de remparts, que Prosper Mérimée avait jugés bien plus beaux que ceux d'Avignon; les quelques rares témoins qui en subsistent, notamment la porte d'Orange, SI élégante dans son élancement solide, en donneraient un peu l'idée, si