‹ Jules LaurensChapitre 41 sur 230 · DÉPART DE CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

DÉPART DE CONSTANTINOPLE

en attendant, il accumulait les documents et apprenait à rude école l'art d'une synthèse rapide.

C'était cependant avec grand plaisir que, rentré à Constantinople ou Thérapia, il retrouvait « un lit de chrétien et un volume de Hugo pour se parfumer l'âme avant de s'endormir », mais surtout une société européenne, des conversations intéressantes, par exemple avec le dessinateur Dorogofî, « l'artiste du voyageur russe Tchihatcheiï, pour un ouvrage duquel Cicéri a fait de délicieuses lithographies «. Il lui tardait encore d'arriver pour avoir des nouvelles de France, des lettres de sa famille ou de ses amis.

Il continuait en effet à se passionner pour tout ce qui se passait à Paris dans le monde des arts, et si je ne craignais de m'attarder, je transcrirais ici ses critiques alertes et vives sur les peintres qui occupaient alors le plus l'attention des connaisseurs. Pour lui, Corot, si discuté encore, était le plus grand des paysagistes; c'était un «homme de génie, hors de toutes les conditions établies théoriquement, mais se trouvant dans toutes celles qui peuvent l'être par l'émotion poétique ». Il plaçait encore en haut rang dans son admiration Jules Dupré, Marilhat, Paul Flandrin, Cabat. Mais cela ne l'empêchait pas de terminer ses discours à Dorogofî, par cette péroraison invariable : « Allez voir Isabey. »

Constantinople, c'était encore la civilisation, le voisinage relatif de Paris, mais quand il fallut s'avancer dans la direction de la Perse, par des routes où de très rares Européens s'étaient risqués, il semblait qu'on entrât dans un autre monde. Ce fut dans les derniers jours de juin 1847, après avoir entendu un concert de Listz et dit adieu à Madame de Hell, que les deux intrépides voyageurs partirent vers l'inconnu. Ils avaient l'espoir

Page 1