SUR LA ROUTE DE TRÉBIZO>"DE
de compléter au retour leur expédition pai' une tournée en Syrie, en Palestine et en Egypte.
Ils longèrent d'abord, tantôt à cheval, tantôt en barque, le rivage de la mer Noire, se dirigeant par Dginghaneh, Ali-Bey-Keuy, Uscoup, Héraclée, Amassérah, Inéboli, Sinope et Eunieh, vers Trébizonde, où ils arrivèrent seulement le 24 août. Mais au prix de quelles fatigues ! « Les courses au grand galop de douze à quatorze heures par jour sur les bords de fleuves pestilentiels et fiévreux traversés à la nage, à travers des villages déserts et abandonnés aux chacals, les routes perdues, les chutes de nos bêtes, le manque absolu de pilaf et de thé, le passage des caps dans la mer même, au milieu des écueils et des brisants, les coups de vent, l'inexpérience des pilotes, les prostrations du corps pour ne rien dire de celles de l'âme », c'en était assez, sans les complications d'accès de fièvre et les menaces du choléra, pour abattre les énergies.
Et cependant Jules Laurens avait, depuis le Bosphore, trouvé le moyen de remplir « cent trente feuillets environ de deux cent vingt sujets ou détails qu'on pourrait à peu près classer ainsi : vingt et un paysages, trente vues, dix-sept marines, trente-trois figures, vingt-sept monuments et quatre-vingt-quinze détails archéologiques et autres ». L'homme, avouait-il, était satisfait, sinon l'art.
Il était devenu, ajoutait-il, « d'un tel optimisme en fait de nature pittoresque », qu'il ne s'attachait plus qu'aux points les plus fantastiques. Mais aussi que de choses étonnantes ! Depuis cette tête de villageois, « dont les traits et la physionomie éclataient de la quintessence entière dont une goutte a suffi pour caractériser la forte individualité des mille portraits du grand Buonarotti. Oui, cet homme ressemblait deux fois à Michel- Ange, ou plutôt ce dernier ne s'est jamais autant ressemblé. »
C'était à Uscoup, une enceinte de ville « qui contient comme simples matériaux un grand nombre de sarcophages avec inscriptions intactes, et un théâtre immense et de forme inconnue ». A Héraclée, « grand bouquet de noyers parsemé de maisons», « devant d'imposantes ruines», son admiration grandissait « pour toutes ces civilisations qui sont venues, comme