‹ Jules LaurensChapitre 43 sur 230 · A TRÉBIZONDE · texte numérisé non relu

A TRÉBIZONDE

les morts dans les catacombes, étager leurs échantillons dans les couches stratifiées de vieilles murailles ».

Après le cap Baba, c'étaient des côtes basaltiques sauvages, percées de nombreuses grottes, où le mauvais temps obligeait les voyageurs à vivre en compagnie des goélands et des phoques; à Amassérah, «un entassement de ruines de cet art du Bas-Empire trop méprisé et surtout trop peu étudié »; à Sinope, «magnifique d'aspect par l'importance de ses murailles et de sa citadelle », « près d'une jolie cour de mosquée renfermant une délicieuse fontaine », une porte, digne de faire entrer l'art turc en parallèle avec celui de Thèbes, Athènes et Rome »; à Eunieh, bourgade fraîche et aimable, un palais, « remarquable de richesse et de luxe, mais tout délabré », dont on mettra en doute la réalité du croquis exécuté dans une chambre « féerique ». C'était enfin Trébizonde, où l'entrée se fit de nuit à la lueur des torches, avec l'escorte d'une cavalcade de chevaux de luxe envoyés par le pacha gouverneur; c'était son église de Sainte-Sophie, « mélange délicieux, mais fort embarrassant pour les archéologues, de bas-empire, de turc, d'arabe », etc.

Et puis, avantage fort appréciable, depuis le départ de Constantinople, la variété des modèles qui consentaient à poser devant le jeune artiste était tout à fait réjouissante : après les différentes équipes de bateliers et de muletiers, voici le gouverneur d'Héraclée et son chef des gardes tatars, le cadi et un mollah d'Inéboli, le fils du pacha d'Inéboli, « tout fier et heureux de s'étaler dans un riche et coquet costume albanais »; deux jeunes femmes grecques, ayant revêtu leurs atours les plus seyants et les plus compliqués, ayant passé en outre des coUiers composés « des plus précieuses et rarissimes pièces de monnaies arsacides et sassanides»; une très jolie Arménienne et sa suivante négresse, mises à la disposition du peintre par le consul de France, M. de Clérambault; des cavashs, et combien d'autres types encore !

Le choléra chassa les voyageurs de Trébizonde plus tôt qu'ils n'auraient voulu partir. Il leur fallut ensuite deux mois d'horribles fatigues pour atteindre Tauris, cheminer par des « gorges, sentiers scabreux, abîmes,

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