PREMIER SÉJOUR A TAURIS
et la finesse de ses nombreux monuments, payaient de bien des fatigues. « Rien de ravissant » encore, « comme les lettres cuphiques employées en frise ornementée sur une façade du style bas-empire », comme il y en avait là. On s'arrêtait aussi à Bitlis, «d'un pittoresque abasourdissant»: « chaque maison a des qualités architecturales ».
A Khoï, enfin, on trouvait la Perse et l'on couchait « dans un salon trois fois persan par sa disposition et son style ».
La première impression, en abordant ce nouveau pays, fut favorable. « J'y retrouvais, écrivit Jules Laurens, les jolies routes, les canaux d'irrigation, la culture, l'activité enfin de l'Europe. Et puis sa population est si intelligente, si vive et si avenante ! » Malgré la disparition des minarets, « les gamins revenant de l'école, les ouvriers des bazars, les causeries, les chants, une animation enfin inconnue en Turquie » le séduisaient, en lui rappelant les mœurs de sa patrie.
Installés à Tauris dans la maison luxueuse des banquiers Railly, les voyageurs furent arrêtés beaucoup plus longuement qu'ils ne s'y attendaient, par suite du redoublement des fièvres dont ils souffraient. Heureusement, dans les moments de répit que lui laissait la maladie, Jules Laurens collectionnait une copieuse série de dessins et d'aquarelles. En Perse, les modèles se présentaient d'eux-mêmes; ils se trouvaient trop heureux de se montrer sous leur plus bel aspect, depuis le prince Malek- Hassen-Mirza, oncle du Schah régnant, « franc viveur criblé de dettes, lecteur de la Revue des Deux Mondes et du Charivari », depuis l'évêque de Tauris, patriarche de Babylone, et le vice-roi, gouverneur de la ville, jusqu'aux marchands de la rue. Des taziehs ou représentations dramatiques de la mort de Hussein, gendre de Mahomet, auxquelles il assistait en cachette, des campements de derviches, des séances d'improvisateurs et thaumaturges, des cérémonies officielles, lui procuraient « de riches motifs de groupes et scènes entières ». La décoration des appartements, le mobilier, les ciselures des étains, les couleurs et les dessins des étoffes de soie couvrant portes et fenêtres, des tapis et des divans, lui fournissaient aussi de multiples occasions d'émerveillement.
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