‹ Jules LaurensChapitre 46 sur 230 · DE TAURI3 A TÉHÉRAN · texte numérisé non relu

DE TAURI3 A TÉHÉRAN

Et cependant, à ne considérer que l'extérieur, ces cités persanes auraient été « mortellement ennuyeuses, avec leurs rues fermées de murs et de quelques petites façades sans toit ni fenêtres, leurs faubourgs sans fin, leurs monuments en briques non recouverts et une poussière aveuglante ». Mais les bazars, les caravansérails et les mosquées, cela était « beau et bon ». Aussi, les souvenirs de Tauris et de toute la région traversée depuis Trébizonde, devaient-ils être plus tard une source abondante d'inspiration pour les œuvres littéraires, lithographiques ou picturales de Jules Laurens.

Les incommodités dont on avait souffert jusque-là et qui auraient rebuté des volontés moins énergiques, n'étaient rien encore à côté des épreuves qui attendaient les explorateurs entre Tauris et Téhéran. Il est vrai qu'ils affrontaient les rigueurs de l'hiver et qu'ils n'avaient pas hésité, dès qu'ils furent remis de leurs fièvres, à reprendre leur route. C'était le 11 janvier 1848.

Le récit de leur marche est extrêmement poignant et, toute sa vie, Jules Laurens se rappela en frémissant les peines qu'ils avaient éprouvées dans la neige, le désespoir qui les prenait lorsque, bloqués par la tourmente, ils étaient obligés de s'accroupir sous des amas de fourrures devant un maigre feu de fiente allumé dans les ruines d'un caravansérail. La diminution de leurs provisions, les hésitations de leur marche, les obligeaient quelquefois à sangler leurs bêtes bien avant le lever du jour, et à trébucher dans des trous rempUs de neige, pour arriver sur la fin d'une journée énervante à quelques kilomètres plus loin. Une nuit, après dixneuf heures de selle, pendant lesquelles ils avaient eu à lutter contre la tempête, ils tombèrent de lassitude dans les ruines de deux ou trois chambres voûtées. Ils s'y endormirent d'un sommeil de plomb. Quel ne fut pas leur étonnement de trouver le lendemain entre leurs vêtements accumulés de larges coulées de glace !

Le soleil se réverbérant sur une neige éclatante avait failli rendre M. de Hell aveugle; les yeux bandés, il devait se laisser guider par un muletier, tandis que son compagnon voyait son visage se tuméfier et se trouvait

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