‹ Jules LaurensChapitre 47 sur 230 · INSTALLATION A TÉHÉRAN · texte numérisé non relu

INSTALLATION A TÉHÉRAN

obligé de battre continuellement les cils pour ne pas laisser leur humidité se congeler et fermer ses paupières.

Tout fut oublié, lorsque au loin, « aux bords de l'horizon », s'éleva « l'énorme coupole émaillée de Sultanieh, une des plus admirables de la plus belle époque de l'art persan », et lorsque, le 9 février, ils atteignirent les portes de Téhéran.

M. de Sartiges, ministre de France auprès du Schah, attendait les voyageurs et leur réservait l'hospitalité dans sa résidence, une des plus agréables de la capitale. On y vivait « de la façon la moins sauvage du monde. Il y a bien à table, écrivait Jules Laurens au Père de la nature, c'est-à-dire à Bonaventure, des mouflons, des gazelles et de l'antilope, mais nous nous assimilons ces conviés avec tant de facilité qu'il ne paraît plus rien « de leur esprit ni de leur corps » dès la première entrevue. « Une cinquantaine de domestiques, vingt-deux chevaux, une calèche, deux Arméniennes, une négresse, un eunuque, dix faucons, un aigle, une meute, des bains, sept cours avec arbres et fleurs, un monde d'appartements et de terrasses, sculptés, peints, dorés et couverts de tapis, le tout, surmonté d'un fier pavillon tricolore », pouvait contenter ses « exigences artistiques, animales et nationales. Cette maison, du faite à la cave, disaitil, du maître au caniche, n'aurait de réalisation possible en France qu'à l'Opéra. Le grand salon de réception surtout est un rêve vivant d'originalité et de couleur locale ». Aussi avait-il beau dessiner « tous les détails possibles d'architecture et d'ornementation » de cette maison, il désespérait de jamais arriver à donner une idée exacte des merveilles d'invention qu'il constatait dans son décor.

Il en était de même à chaque endroit. En Europe, avouait-il, il y a un choix à faire dans les sujets à dessiner ou à peindre, « mais ici tout est bon.

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