‹ Jules LaurensChapitre 48 sur 230 · PRÉSENTATION A MOHAMED-SCHAH · texte numérisé non relu

PRÉSENTATION A MOHAMED-SCHAH

Le premier tertre, le premier bonhomme rencontrés me paraissent appliqués sur une toile signée d'un grand artiste. » Et c'était non seulement la ville de Téhéran, mais encore la campagne et les environs qui lui paraissaient « très remarquables ». L'« hémicycle de hautes montagnes, écrivaitil, dominé par le Démavend,sert d'admirable fond aux ruines de la célèbre Rey [Rages), au château royal de Kasté-Kadjar, aux nombreux villages, aux fontaines et petites mosquées qui jalonnent la solennelle vallée dont Téhéran occupe le fond. La simplicité de ces constructions en terre, l'élégance des bouquets de platanes et d'ormeaux, la rusticité des grandes et calmes lignes des fortifications et des maisons, l'admirable simplicité de certains détails, tout cela, — il l'éprouvait vivement, — est aussi noble et pittoresque qu'extraordinaire et curieux ». Et il ajoutait : *< Mes impressions, trop fortes souvent, sont bien aussi cette secrète souffrance qu'on sent en approchant des lieux célèbres, quand le cœur, assailli de souvenirs, se gonfle de tristesse. »

Ils étaient à peine arrivés depuis quelques jours, que MM. Hommaire de Hell et Jules Laurens furent présentés au Schah. M. de Hell exhiba à « Sa Majesté Impériale et Inaccessible » l'album de son ouvrage sur les steppes de la mer Caspienne, lithographie par Férogio. C'était pour donner un aperçu de ce qu'il avait déjà accompli; mais pour montrer ce qu'il comptait faire cette fois, il ne put que prier son jeune compagnon d'ouvrir son portefeuille de voyage. Il ne cessait pas en effet d'apprécier son talent et de le traiter en toutes circonstances comme un frère cadet. « Mohamed-Schah, enveloppé d'une vaste robe de chambre en cachemire jaune retenue par une agrafe en brillants, le bonnet pointu sur la tête », lui-même « enfoncé dans un fauteuil à l'américaine, que balançait continuellement le plus charmant mignon de Géorgie », fut vivement intéressé par ce qu'on lui fit voir. « Chaque chiffon de mon portefeuille, écrivit Jules Laurens, a été regardé avec le plus grand soin, donnant lieu à des appréciations de confrère tout aimable, car Mohamed s'occupait quelque peu de peinture avant de monter sur le trône. »

Le jeune Carpentrassien, en admiration devant les traits et la physio-

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