SUCCÈS DU PORTRAITISTE
nomie qui faisaient du Schah « le type persan dans toute sa pureté et sa force », scrutait en même temps son expression de bienveillance, son sourire que l'on sentait devoir s'effacer pour faire place à une expression terrible dans les moments de colère. Et puis l'ambition lui venait d'avoir ce souverain pour modèle. Il fit tant que le premier drogman exprima le désir qu'il avait de crayonner ce portrait, « pour le montrer au roi des Français ». Mohamed-Schah, « de l'air le plus satisfait », se mit à sa disposition; immédiatement, l'on prit jour pour commencer.
Deux séances d'une heure et demie suffirent « pour lui fabriquer une portraicture à l'instar de celles que j'eus, dit Laurens, au moins autant d'honneur de faire à Renouvier, Taillandier et Guillaume. Mon modèle, continuait-il, a posé admirablement, ne me quittant pas du regard et renvoyant maintes fois du geste les affaires les plus importantes que lui voulaient soumettre ses chambellans. Je l'ai coiffé du bonnet national, mais enrichi de pierreries. Une pelisse entr'ouverte découvre une redingote en soie bleue moirée, le grand cordon de l'ordre du Soleil et du Lion, une ceinture de diamants et un kandjar chargé de perles. Une main est appuyée sur le bras du fauteuil, l'autre tient un papier roulé. Le fond se compose d'une fastueuse draperie rattachée à une colonne, d'un vase de fleurs, d'une coupole de mosquée, etc., le tout couleur locale renforcée. »
Le talent du jeune artiste était si estimé, il paraissait à bon droit tellement supérieur à celui àea Casolani, peintre du Roi, excellent garçon », mais nul en besogne, à celui du colonel autrichien Columbari et d'un autre allemand attaché à la personne d'un botaniste russe, de ceux en un mot qui dans ces parages lointains représentaient l'art européen, qu'il fut recherché immédiatement par la société qui formait le monde des ambassades et de la cour. Ne pouvant se soustraire, quoi qu'il en eût, à toutes les sollicitations dont il était l'objet, il dut exécuter ainsi les portraits au crayon rehaussé d'aquarelle des princesses Dolgorouki, femme et fille du ministre de Russie, de la femme du ministre anglais, de son premier secrétaire, de bien d'autres Européens encore. Mais combien il aimait mieux se livrer à un autre travail, « ne fût-ce qu'au plus méchant cro-