‹ Jules LaurensChapitre 50 sur 230 · UNE SÉANCE AU HAREM DU SCHAH · texte numérisé non relu

UNE SÉANCE AU HAREM DU SCHAH

quis de la plus méchante hutte» ! Combien il préférait les types originaux du pays : danseuses et courtisanes, balayeurs de rues, soldats, agents de police, exécuteurs de justice, conducteurs de caravanes, même les étrangers, qui, installés ici depuis longtemps, avaient revêtu le costume et pris les habitudes de la Perse! Tel était ce Lyonnais, le général Ferrier, venu chercher fortune auprès du Schah; telle encore, cette ouvrière en modes de Paris, entrée et restée dans le harem d'Hadji-Abbas, ministre de Mohamed, à laquelle Laurens conseillait d'écrire ses mémoires.

Sa joie fut donc très grande, lorsque le Schah, enchanté de son propre portrait, lui demanda de faire celui d'une de ses tantes. N'était-ce pas une occasion pour lui de pénétrer dans le harem? Cette «grande dame persane «, encore jeune, avait d'ailleurs joui d'une réputation de beauté et possédait l'esprit le plus original et le plus indépendant. C'était la Fara-Kahnoun Allah-Kouli-Khan. La séance où il fut donné à Jules Laurens de reproduire ses traits fut vraiment mémorable. 11 fut introduit au milieu d'un double cercle, l'un de caméristes et de servantes accroupies, l'autre de femmes, de pages et d'eunuques debout, tenant des draperies qui empêchaient tout indiscret de jeter les yeux sur ce qui allait se passer. Au centre, la princesse complètement enveloppée de ses voiles et ne voulant pas se découvrir. Prières, supplications de l'artiste, rien ne paraissait ébranler son obstination. A la fin cependant, elle rejeta son tchadir, sorte de grand manteau qui la dissimulait entièrement, et se montra dans toute sa magnificence. Elle avait le front bas sous des cheveux très noirs, coupés court et ramenés autour du visage en accrochecœur, de très beaux yeux sous d'épais sourcils, un nez plutôt fort et quelque peu crochu, des lèvres charnues, des joues rondes maquillées et agrémentées de mouches. Sa calotte de velours rouge brodée d'or était retenue par plusieurs tours de grosses perles et de diamants, retombant en colhers sur la poitrine nue et tatouée; sa chemise de soie lamée d'argent était décolletée très bas; au-dessus, elle avait revêtu une veste de cachemire et un vaste pantalon en soie brochée. Les pieds étaient nus, mais les ongles et le dessous étaient teints au henné.

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