‹ Jules LaurensChapitre 54 sur 230 · DEUXIÈME SÉJOUR A TÉHÉRAN · texte numérisé non relu

DEUXIÈME SÉJOUR A TÉHÉRAN

A son retour à Téhéran, il comptait se reposer, flâner à loisir, dessiner selon sa fantaisie; mais, écrivit-il à sa nièce Rosalba, «je suis tombé partout aux griffes de gens fous furieux, qui braillaient par la bouche plus ou moins dissimulée de leurs caissiers, cuisiniers, palefreniers et autres : « Je veux mon portrait! » Jusqu'à un intendant italien, qui m'a glissé entre deux tasses de thé :

« — Signor, grande signor, me j arête il mio ritratto ? Vidaro molto danaro !

« — Viadaze ! Voulé que vous toundé, vous rasé ! »

«Que n'ai-je pu répondre ainsi à l'ambassadeur de Russie! « Mais aussi le prince Dolgorouki, chez qui l'on recevait tous les journaux français, le suppliait de venir, à la fin de sa mission, s'installer à l'hôtel de l'ambassade pour le temps et les appointements qu'il fixerait à sa volonté.

Dès le lendemain même de son arrivée, le Schah l'avait fait prier d'aller le voir avec le portefeuille rempli pendant la dernière excursion. Écoutons Jules Laurens raconter lui-même, d'une façon humoristique, comment il se rendit à ce désir. « Le 15 [juillet], au lever du soleil, je sortis donc de la capitale, à peu près abandonnée de sa population(déficit équihbré du reste par l'affluence aux marchés de toutes sortes de cucurbitacées), monté sur un colossal quadrupède blanc, et non médiocrement embelli d'un vaste pantalon écarlate et d'un immense sabre du Khorassan. Il faut toujours se livrer à des tours de force de bride pour faire prendre, de la porte de Schimroum, une direction quelconque à une monture, vu la foule de badauds, de mendiants et de passants qu'on y rencontre. Les mendiants sont hideux de plaies et bosses, les badauds stupides comme ceux du Pont-Neuf, et les passants dangereux ou tout au moins gênants. Mais tous sont sublimes de pittoresque !

» A deux pas de là, quand j'eus réussi à me mettre dans la route de

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