‹ Jules LaurensChapitre 57 sur 230 · DIFFICULTÉS DE LA ROUTE · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉS DE LA ROUTE

ment sellée, sa plus respectable rosse, pour me conduire haranguer les assiégeants, qui, du reste, assurait tout le monde, m'en éviteraient la peine en s'enfuyant à ma seule vue. Un quatrième m'a fait oiïrir hier un duel théologique... »

Les journées furent atrocement longues dans cette réclusion forcée : « L'étude physiologique du train de ménage de mes cohabitants,écrivait-il encore, a été vite épuisée. C'est toujours le même spectacle triste, dégoûtant souvent, que présente, sous tous les ciels possibles, notre belle humanité, quand son caractère primitif n'y est pas mitigé de plus ou moins de civilisation. »

A la fin, cependant, exaspéré de la rapacité et de la poltronnerie des indigènes, il se décida à partir le 25 septembre. « Les difficultés et ennuis sans nombre que j'ai, disait-il, éprouvés pour avancer, en opposition et dépit de tout ce qui m'entourait, sont indicibles. Dès les premiers pas, deux caravanes dont mon départ avait décidé le leur, se sont recantonnées dans des caravansérails et j'ai continué seul mes étapes nocturnes, au milieu d'un désert véritablement abandonné, passant mes heures à harceler des chevaux et leurs tcharvadars (conducteurs), un fusil sur l'épaule, des pistolets à l'arçon et un sabre à la ceinture, cédant souvent ma propre monture à quelque traînard qui retardait la marche. Dix fois, nous avons vu le soleil descendre à notre gauche et remonter à notre droite, sans avoir rencontré sur le chemin âme qui vive. La lune se levant fort tard était remplacée par le feu constant d'éclairs qui se répandaient sur tout l'horizon. De temps en temps, une sombre ruine à l'ogive béante, au front déchiqueté, semblait s'approcher de la route pour nous voir sournoisement passer et se mettait à répéter, derrière nous, le bruit sourd et prudent de notre marche. »

A Koum, nouveau blocus, rendu encore plus nécessaire par l'aggravation des troubles au dehors et dans la ville. Une douzaine de jours s'y passa dans l'inaction la plus complète. Exaspéré, enfiévré, un soir, après la fermeture des portes de la ville, voici Jules Laurens décidé à jouer le tout pour le tout. Il s'évade absolument seul, bravant la fusillade des

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