RETOUR DE TEHERAN A TRÉBIZONDE
en grand nombre, principalement chez le prince Dolgorouki, un violon qu'il finit par dénicher, lui procuraient aussi quelques distractions, mais invariablement son esprit revenait à des préoccupations qui l'attristaient profondément. « 11 me prend, disait-il, à tout bout de champ, de terribles envies d'enfourcher un cheval pour courir directement jusqu'à Rome au moins... En attendant, je pignoche, par ci par là, quelques portraits ou croquis, comme métier ou politesse. »
A la fin, l'impatience devint trop forte et Jules Laurens se résolut à partir avant la fin de l'hiver et à reprendre la route de Tauris. Il risquait d'endurer les rudes souffrances qu'il avait supportées un an plus tôt, mais il les préférait encore à son ennui. Il quitta Téhéran le 8 février, « jetant, écrivait-il, le manche après la cognée de mes gigantesques projets de Bagdad et Jérusalem, par lassitude et mille et une petites misérables difficultés ». Lorsqu'il passa par Tauris (il n'a jamais dit au prix de quelles fatigues il était arrivé là), le gouverneur lui demanda, de la part du Schah, une vue de cette ville et différents portraits; il lui offrit encore de le garder « avec bons appointements et farniente facultatif ». Les jconsuls européens se le disputaient également. «Mais j'étais, avouet-il, d'humeur à ne pas accepter même une tasse de thé et me suis laissé pousser sans répit par mon bon ou mauvais diable. » Et cependant le pays et ses principaux habitants lui paraissaient tellement agréables qu'il conservait l'espoir de revenir par là plus tard. Il n'avait d'ailleurs pas quitté Tauris sans exécuter quelques portraits : dans ses portefeuilles se retrouve même celui qu'il fit du gouverneur.
La dernière lettre que nous ayons conservée de sa longue expédition, est celle qu'il adressa à son frère Bonaventure, le 31 mars 1849. Elle est datée d'Erzeroum, en Arménie. Le voyageur, toujours de plus en plus impatient, se proposait d'en repartir immédiatement pour Trébizonde.