‹ Jules LaurensChapitre 60 sur 230 · DE TRÉBIZONDE A CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

DE TRÉBIZONDE A CONSTANTINOPLE

Lorsqu'il vit à l'horizon se profiler la ligne de la mer et se dresser la citadelle de cette dernière ville, sa joie ne put s'exhaler autrement que par de frénétiques hourrahs! Il courut immédiatement à la Quarantaine, bien qu'il pût éviter de s'y enfermer le temps réglementaire; mais c'était pour se recueillir avant de reprendre la vie européenne. Il y eut d'ailleurs une chambre, à laquelle il trouva d'autant plus de confort et d'agrément qu'il venait de passer deux années dans les conditions les plus extraordinaires. Les souvenirs d'autrefois lui revinrent en foule, il se revoyait déjà au milieu de sa famille et de ses amis. Jusqu'à son gardien, auquel il reconnaissait une ressemblance avec le peintre Gérôme.

Le 24 avril, il sortait du lazaret de grand matin, et se mettait, au milieu des ruines du palais des Comnènes, à dessiner la vue générale de Trébizonde, divisée par le ravin qui descend au port. Il le faisait avec un véritable enthousiasme et s'évertuait à rendre l'aspect précis de la cité, « avec sa citadelle, la jetée, les mosquées et les églises grecques, les champs des morts, les agglomérations de maisons, le rayonnement des routes pavées de la banlieue, enfin l'immense spectacle de toutes ces choses vivantes, fraîches et scintillantes de matinée printanière », quand vint à passer près de lui un bonhomme de Turc ramassant des escargots. Avec un mépris insolent pour la qualité de frenghi (français) et d'artiste, il grommelait entre ses dents : « Est-ce que cela lui donne à manger? » Évidemment, la recherche des escargots était pour lui d'une autre utilité que le dessin ou la peinture.

Recommandé tout particulièrement par le consul anglais, que l'artiste remercia par un beau portrait , Jules Laurens prit à Trébizonde, le 9 mai, le Tagiis. Ce paquebot, des mieux aménagés, devait le ramener à Constantinople rapidement et commodément.

Il passa dans cette dernière ville un peu plus d'un mois, du 13 mai au 15 juin, rafraîchit les impressions de son premier séjour, admira de nouveau les rives splendides du Bosphore, les mosquées, les murailles et les magnifiques platanes de Stamboul, augmenta encore sa collection de

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