SUCCÈS OBTENU PAR LES PORTEFEUILLES DU VOYAGE EN PERSE
parisiennes, les résultats de ses explorations. C'était une bonne fortune pour lui de rencontrer quelqu'un qui avait visité les mêmes pays et avait su les voir d'une façon aussi intelligente. Il utilisa d'abord les notes du jeune voyageur pour le compte rendu de la restauration de Sainte-Sophie. Sur ses dessins, il étudia encore l'art monumental et décoratif de la Perse, qui lui paraissait « l'objectif supérieur à tout ».
Une autre appréciation des plus flatteuses, qui se produisit deux ou trois ans après, fut celle de M. de Longpérier, conservateur des Antiques au Musée du Louvre. Il fut tellement impressionné de l'exactitude scrupuleuse des documents rapportés par le compagnon de M. Hommaire de Hell, qu'il lui en demanda pour les collections du Louvre. Jules Laurens ne crut pas devoir s'y soustraire, mais il ne s'engagea qu'à livrer des copies, ce qu'il fit d'une façon toute gracieuse. Il ne savait d'ailleurs jamais refuser à de pareilles demandes, et il se sentait trop honoré d'un jugement favorable de la part de tels connaisseurs, pour qu'il songeât à obtenir un bénéfice quelconque de ses largesses.
Sur l'invitation en termes obligeants que lui en fit Adalbert de Beaumont, Jules Laurens vint un jour chez son nouvel ami, pour faire les honneurs de ses portefeuilles à M. Adolphe Thiers. Thiers n'était pas un inconnu pour lui. Il l'avait vu, plusieurs fois, à Carpentras, séjournant chez son frère le directeur des postes; avant le départ pour la Perse, le ministre de Louis-Philippe lui avait encore fait remettre, avec M. de Rémusat, des lettres de recommandation pour les ambassadeurs de France à Turin, Naples et Athènes. Il est vrai que le jeune homme, toujours ennemi de l'officiel, s'était bien gardé d'utiliser un tel crédit.
On sait combien Thiers était passionné pour les Beaux-Arts. Il passa trois séances entières à examiner les dessins et aquarelles de Jules Laurens, et quand ce fut fini, il lui demanda d'exécuter pour son compte particulier la copie d'une centaine de planches, de celles surtout qui représentaient des vues de villes, des monuments et des motifs d'ornementation. Ces documents lui seraient fort utiles, disait-il, pour une « Histoire universelle par l'art » qu'il rêvait d'écrire et qui serait son œuvre de
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prédilection. JulesLaurensfit les copies et les livra : mais depuis, il ne sut jamais où elles passèrent. Elles ne se retrouvèrent pas en effet dans les collections que Thiers légua au Louvre; on supposa qu'elles avaient péri pendant la Commune, dans l'incendie de la maison de la rue Saint-Georges.
Au moment où il reçut cette commande d'Adolphe Thiers, M. de Sartiges, rentré de Perse à Paris, colportait partout les mérites de son œuvre. Le ministre cherchait à le lancer dans le monde officiel, le présentait à M. de Nieuwerkerke, à ceux qui pouvaient lui valoir les faveurs du gouvernement. Mais Jules Laurens se récusait constamment, au risque de passer pour un « sauvage invétéré ». Il avait horreur en effet des cérémonies et il se serait reproché de perdre un temps précieux qu'il estimait devoir être consacré au travail.
Il n'eut garde de manquer d'exposer au premier Salon qui s'ouvrit après son retour dans la capitale (1850). Ce fut pour y produire une série de tableaux composés au moyen des croquis et dessins qu'il avait relevés pendant sa mission : Tour de Réhagès {Campagne de Téhéran), — Bords du Danube en Bulgarie, — Guerrier afghan et le Beyler-hey, gouverneur de Tauris, — • Tazieh, représentation théâtrale, et mosquée dite Oulous- Djamy, à Vann {Arménie), enfin Forteresse dite Arlé d'Ali-Schah et campagne de Téhéran. Par la variété voulue des sujets choisis, il donnait une idée exacte de ses différents travaux, de l'habileté qu'il possédait à relever un paysage, à dessiner un portrait, à traduire des motifs d'architecture et d'ornementation. C'était se classer d'emblée parmi les artistes qui avaient le mieux compris l'Orient et qui en avaient rapporté avec des documents précis les impressions les plus nettes.
Aussi se vit-il en butte à des sollicitations fort obligeantes qui se produisirent dans le cours des années suivantes. M. Bourée, qui succéda à M. de Sartiges comme ministre de France en Perse, ne crut pas pouvoir attacher à sa personne un auxiliaire plus précieux. Assurément, Jules Laurens serait bien reparti avec lui et aurait repris avec un certain plaisir la vie agréable qu'il avait menée à Téhéran pendant plusieurs mois. Il avait le regret de ne pas avoir visité certaines localités fameuses, il les