VOYAGES EN ANGLETERRE, BELGIQUE, HOLLANDE
Bonington, quelle était l'atmosphère du milieu où Ruysdaël avait élaboré ses compositions les plus émouvantes, quelle était donc cette lumière qui enveloppait les œuvres des Vénitiens?
Aussi entreprit-il, quand il en eut le loisir, des voyages qui étaient pour lui de véritables pèlerinages d'art. Il ne s'embarrassait pas d'ailleurs d'un bagage superflu : pourvu qu'il eût ses crayons et un album abondamment garni de feuilles, que lui importait le reste? En quoi le confort et l'élégance pouvaient-ils l'intéresser?
Une Exposition universelle s'ouvrait à Londres au printemps de l'année 1851. Ce fut une occasion pour visiter l'Angleterre : passant par Rouen, la ville gothique si pleine d'attraits pour un artiste, il alla s'embarquer à Dieppe, vers le milieu de mai. Son séjour à Londres et dans les environs fut d'assez courte durée : à peine deux semaines, mais c'est que, pour un Provençal comme lui, l'invisibilité du soleil, dans une atmosphère chargée de brouillard et de fumée, devenait une véritable souffrance. Il en retira cependant le profit qu'il en attendait : il s'expliqua les plus intimes beautés des Bonington et des Turner, qu'il n'avait pas ressenties jusqu'alors aussi profondément.
«Si séduisants que fussent ses murs de cristal», l'Exposition universelle lui paraissait un « abîme, dont on hésite à franchir le seuil ». Il préféra réserver son admiration pour les sanctuaires d'art, que constituaient et que constituent encore le British Muséum et la National Galery.
Trois ans plus tard, il se décidait avec un jeune homme, qui fut son élève et son ami, M. Jules Didier, à partir pour un nouveau voyage plus long et plus profitable encore. C'était tout à fait au commencement de l'automne : il s'agissait de parcourir la Belgique et la Hollande, de remonter le cours du Rhin jusqu'à la Forêt Noire, de refaire presque le pèlerinage romantique de Victor Hugo.
Il serait inutile d'entrer dans le détail de ce voyage, s'il n'y avait à mentionner spécialement la visite du champ de bataille de Waterloo, queles deux amis firent les 20 et 21 septembre 1854. Jules Laurens tenait surtout à évoquer sur place les grands souvenirs historiques qui pesaient