‹ Jules LaurensChapitre 7 sur 230 · LA FAMILLE DE J. LAURENS · texte numérisé non relu

LA FAMILLE DE J. LAURENS

Mais il était déjà d'un certain âge, lui et sa femme Marguerite-Thérèse- Joséphine Garcin, quand se produisit l'événement inattendu de la naissance de leur dernier fils. Mariés depuis un quart de siècle, le premier était dans sa quarante-huitième année et la seconde dans sa quarantesixième : ils considéraient déjà que leur tâche était accomplie et qu'ils avaient assez fait d'élever leurs quatre autres enfants. L'aîné, Bonaventure, né le 14 juillet 1801, commis à la recette particuhère de Carpentras et déjà très féru de peinture et de musique, n'allait pas tarder à se marier pour fonder une nouvelle famille.Venaient ensuite : Thérésine, grande fille de dix-huit ans ; Théophile, de cinq années plus jeune, dont l'originalité d'esprit était déjà bien éveillée; il manifestait aussi les plus heureuses dispositions pour la musique, à laquelle il consacrera sa vie; enfin, Louise. Née le 1^^ septembre 1815, ce n'était encore qu'un enfant. Que l'on pense, si dans un tel intérieur, si peu fortuné, l'arrivée du petit Jules Laurens fut considérée avec une joie parfaite!

Cependant, la vaillante mère accepta ses nouveaux devoirs et le dernier né n'eut pas à souffrir d'une venue trop tardive. Mais, par la force des choses, ses premières années et même sa vie entière en ressentirent les effets. Son enfance fut, semble-t-il, sans grande gaîté; le petit Jules ne trouva pas autour de lui de camarades de son âge et resta d'un naturel un peu sauvage; ses parents déjà vieux lui inspirèrent plus de respect que d'affection tendre et de confiance, il devint d'une timidité qu'un rien effarouchait.

Parmi les souvenirs qu'il conserva de ses tout jeunes ans, il en est un qu'il est amusant de rappeler. Il avait trouvé dans le grenier de la maison paternelle, rue des Logis, aujourd'hui rue des Frères- Laurens, un coffre contenant diverses nippes, entre autres un costume soi-disant turc pour enfant : pantalon bouffant, veste en velours rouge brodé d'or, avec un soleil dans le dos, calotte de fine paille enturbannée d'une écharpe en batiste à fleurs et ornée d'un gros gland. Il voulut le revêtir (déjà!); sa mère se prêta à sa fantaisie, et le voilà hissé sur la table devant une grande glace pour s'admirer sur toutes les coutures.

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