‹ Jules LaurensChapitre 71 sur 230 · NOUVEAUX VOYAGES EN ITALIE · texte numérisé non relu

NOUVEAUX VOYAGES EN ITALIE

la nostalgie. Par Milan et Vérone, il fila droit sur Venise et fit une première connaissance de ce paradis des peintres.

Rappelé par ses travaux à Paris, il dut revenir assez vite par Bologne, Parme, Pavie et Turin, avec le regret de ne pas s'arrêter autant qu'il l'aurait souhaité. Cette excursion rapide n'avait fait qu'aviver ses regrets de ne pas vivre davantage en Italie et désormais ses regards seront fréquemment tournés vers cette terre bénie. Il devait y retourner en 1871, quelques mois après son mariage, et chercher dans les satisfactions de l'art une consolation à l'immense chagrin que lui causaient les malheurs de la patrie. Parti de Montpellier à la fin de février, il revint à Pise et Florence, où des souvenirs vieux de vingt-cinq ans se retrouvaient à chaque instant; par Sienne et Orvieto il gagna Rome. Là il resta plus d'un mois, avant d'aller à Naples et Pompéi, pour revenir par les bords de l'Adriatique jusqu'à Venise. En 1873, il pénétra encore en Italie, mettant à profit un troisième voyage en Suisse. Et désormais, chaque année, il passera quelques mois hors de Paris, jusqu'au moment où il se lassera de la vie tumultueuse de la capitale et songera à se retirer en sage dans le calme de sa ville natale.

Tous ces voyages, dont j'écourte la nomenclature et le récit, étaient pour lui d'une incontestable utihté : non seulement il y avait la joie d'admirer les belles œuvres léguées par les maîtres du passé, monuments, tableaux, sculptures, de quelque époque qu'ils fussent et à quelque école qu'ils appartinssent, non seulement son érudition historique, archéologique et artistique y trouvait un aliment solide, mais encore et surtout il y perfectionnait son propre talent. Il renouvelait devant la nature les sources de son inspiration : toujours et partout il essayait de la mieux comprendre et de la mieux pénétrer, toujours et partout il essayait de la mieux traduire par ses crayons et ses pinceaux. Aucun spectacle ne devait ainsi lui rester étranger : paysages et types orientaux, aspects de la terre natale, paysages plantureux du Nord, ciels d'Angleterre et de Hollande, villes gothiques de Normandie et des bords du Rhin, masses des montagnes alpestres ou apennines, précipices et cascades, pics inaccessibles de la Suisse et molles coUines de Provence ou du Languedoc,

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