RÈGLEMENT POUR L.\ SECTION DE GRAVURE
dans la plus grande mesure possible le favoritisme et l'esprit de coterie.
Jules Laurens l'avait complété par un programme de réformes plus spécial à la section de gravure; après l'avoir développé dans une lettre adressée, le 16 juillet 1875, à M. de Chennevières, directeur des Beaux- Arts, il se proposait de le soutenir devant la commission officielle. En voici les principaux articles :
1<^ Diviser, en les rendant indépendants l'un de l'autre, pour l'admission et les récompenses, les trois genres :
Gravure au burin, eau-forte, etc. (Procédés sur métal);
Lithographie (Procédé sur pierre);
Gravure sur bois.
2° Constituer trois jurés pour chacun de ces genres, plus un adjoint en vue de l'admission; total douze.
3° Instituer un président pour l'ensemble, un vice-président pour chaque division de quatre membres, avec voix prépondérante.
4° Attribuer à chaque genre, avec faculté de les réserver en cas de non mérite ou de les reporter sur un autre genre, une médaille de deuxième classe et une autre de troisième, plus une médaille de première classe décernée par le vote des trois divisions réunies.
5° Les médailles de première et de deuxième classes pourront être dédoublées en deuxièmes et troisièmes;
6" Réglementer proportionnellement aux dimensions des sujets gravés ou lithographies, celles des marges et des cadres.
Les pourparlers et négociations se prolongèrent, comme on le sait, pendant plusieurs années. Les artistes français répugnaient à quitter l'aile protectrice de la Direction des Beaux-Arts et leur résolution de conserver le statu quo était amèrement relevée par Jules Laurens dans un Communiqué à V Alliance des arts et des lettres, en mars 1877. A la fm cependant, un arrêté ministériel, signé le 27 décembre 1880, convoqua les artistes français, peintres, sculpteurs, architectes et graveurs, ayant été admis une fois à l'exposition annuelle des artistes
vivants, à une assemblée générale où ils auraient à élire un Comité de quatre-vingt-dix membres. Ce Comité, choisi le 12 janvier 1881, eut pour mission de régler, d'accord avec l'administration des Beaux- Arts, les conditions suivant lesquelles se feraient les expositions ultérieures; il devait aussi conserver la gestion libre et entière de ces entreprises. Or, Jules Laurens obtint le plus de voix de ses confrères, ce qui prouve éloquemment l'estime dont il jouissait, et entra dans le Comité, pour la section de gravure et lithographie, avec Bracquemond, Jules Didier, Gaillard, etc.
Dans sa première séance, le Comité procéda à la nomination de son Bureau et élut pour président l'architecte Bailly; Guillaume et Bouguereau, pour vice-présidents; de Vuillefroy, Thomas, Garnier et Jules Laurens pour secrétaires. Ces sept artistes eurent plus spécialement la charge d'élaborer les statuts de la nouvelle Société anonyme des Artistes français, de les déposer dans les minutes du notaire Delapalme et de les faire approuver par le Ministre de l'Instruction publique, alors M. Jules Ferry.
Le Comité constitua le jury pour l'exposition de 1881. M. Jules Laurens s'y fit remarquer, dans l'attribution des médailles, par une sévérité qui souleva des mécontentements et des critiques. Malgré cela, il fut encore du jury de lithographie, en 1882 et en 1886; il fut même nommé président dans sa section. « Cela pouvait donner des ennuis », écrivait son frère Bonaventure, mais c'était « une sanction morale et légale » de sa valeur professionnelle.
A cette époque, il s'éloignait de plus en plus de Paris, dont l'agitation lui était devenue tellement odieuse, qu'il écrivait de Rome, le 7 mai 1883 : « Je reviendrais volontiers pour me réfugier à Carpentras, mais si c'était pour rentrer à Paris, je préférerais remonter dans les Abruzzes et les Calabres. » Il fallait donc que son mérite et la rectitude de son jugement fussent des plus appréciés pour qu'on allât ainsi vers lui et qu'on lui conférât des honneurs d'habitude enviés et recherchés. « Un comité m'a offert candidature au jury, écrivait-il le 12 mars 1893 à M. Emile Durand. Très honoré, mais j'aime mieux ma mie, ô gué! »