PORTRAIT DE BARJAVEL
Dessin au crayon (Bibliothèque de Carpentras).
ENTHOUSIASME DE l'aRTISTE A ROME 117
très admiratives, volontiers enthousiastes et toutes reconnaissantes envers les bonnes et les belles gens et choses auxquelles je les dois. Mon chauvinisme pour ce qui est supérieur chez nous n'est plus qu'une envie de s'adjoindre ce que je rencontre de supérieur chez l'étranger. »
Mais ce séjour qu'il allait faire, d'abord seul, puis en compagnie de Madame Laurens et de son frère Bonaventure,dont les quatre-vingt-deux ansneredoutaient ni les fatigues, ni les émotions, ce séjour, dis-je, qu'il allait employer à sa guise, sans préoccupation d'aucune sorte, s'annonça comme devant être particulièrement riche d'impressions. Rome n'étaitelle pas, pour un homme de sa race, « l'éternel sujet de son âme » et son « éternelle attraction par l'histoire et l'art »? « A Rome, notait-il, je suis le Gringoire des rues, flânant, m'extasiant, me régalant à tous les angles d'architecture, devant toutes les portes. A Rome, disait-il aussi, les restes du passé, rien que par leur seul squelette et par les souvenirs si présents partout, sont si grands, si absorbants que l'on y éprouve ce trouble allant jusqu'à un état morbide chronique de ne plus savoir si l'on vit avec les morts ou avec les vivants, mais certainement l'on y pense, l'on y sent davantage avec les premiers. « Ou bien encore : « Tout à Rom.e est grand d'âme et de corps et crée chez celui qui le contemple et s'en pénètre, un agrandissement de soi-même, selon l'expression de Gœthe. »
On pourrait multiplier et allonger ces citations, car ses lettres ou ses carnets de notes sont remplis d'observations, de réflexions suscitées par un enthousiasme débordant, par une admiration tout à la foi-? spontanée et réfléchie, par un amour des spectacles grandioses de la nature romaine comme des beautés de l'art antique et moderne (1). Le directeur de l'Ecole française lui procura des facilités d'accès continuel aux Musées, au Forum et au Palatin; rien ne pouvait lui être plus agréable. « Lorsque je pense, disait-il, que né à Carpentras, rue des Logis, entre Pascaou,
(1) Des publications (elles seront indiquées plus loin) ont été tirées par Jules Laurens de ses carnets et lettres d'Italie. Mais je préfère citer ici le texte plus spontané des carnets et des lettres.