SES DISPOSITIONS MUSICALES
la fashion odieuse et la considérera comme une insulte à la valeur intime de l'homme.
De même, l'injustice le touchera toujours profondément; ce sentiment ira jusqu'à l'empêcher de prétendre à des avantages ou à des honneurs qu'il estimera, en telle ou telle circonstance, être mieux mérités par d'autres que par lui. Il essayera aussi de réparer pour des artistes des oubhs injustifiés, il se passionnera, lui si sceptique en apparence, quand il croira à l'innocence persécutée.
La belle voix d'haute-contre avec laquelle il avait si bien crié des paroles vengeresses au persécuteur de sa sœur, ne tarda pas à être remarquée, de même que ses précoces dispositions musicales. Son père ne fut pas le dernier à s'en apercevoir; en même temps qu'il lui donnait d'excellentes leçons de solfège, il lui mit un violon entre les mains. A sept ans, le jeune bambin déchiffrait à première vue et sans broncher des morceaux écrits dans toutes les clés. Quelques mois plus tard, il chantait tout ce que l'on voulait. Aussi devint-il la gloire de la maîtrise avec son plus grand frère Théophile, peut-être encore mieux doué musicalement : Jules Laurens aimait à rappeler dans sa vieillesse qu'on les suivait, son frère et lui, pendant la semaine sainte notamment, et que la foule accourait dans l'église ou la chapelle toujours différente, où ils devaient exécuter chaque soir le fameux Miserere de Garissimi pour soprano, avec accompagnement de basse chiffrée.
A Carpentras, on mettait en effet une coquetterie, justifiée par un goût très vif, à cultiver la grande et belle musique, à conserver des traditions déjà anciennes, qui hélas! tendent à n'être plus qu'un vague souvenir. Elles subsistent cependant dans les exécutions qui ont encore lieu tous les ans dans la cathédrale pour la fête de saint Siffrein.
Mais alors on était plus près du temps où Carpentras s'était enorgueillie d'être une vraie capitale, le siège de toute l'administration du comté Venaissin, d'un recteur, d'une Chambre apostolique, des États, d'un évêque, du temps où la ville avait été illustrée par des prélats humanistes tels que les Sadolet et les d'Inguimbert, où elle avait possédé