BANLIEUE ROMAINE
Dessin à la mine de plomb (Portefeuille d'Italie).
ISOLEMENT CHERCHÉ POUR l'ÉTUDE DE ROME 121
avoir été un de ses rêves et l'un de ses désirs. Il éprouvait cependant le besoin de rassurer les admirateurs de la Ville Éternelle, tel Henner, sur la transformation produite : « Je vous assure qu'à cela près (le Carnaval), elle n'est pas changée, comme on le dit de loin. Il y a seulement sur le Quirinal, le Viminal et l'Esquilin toute une Rome nouvelle, et partout plus de mouvement que jadis; mais les gens et choses d'autrefois, y compris la campagne, n'ont nullement changé. »
Le monde du passé et de l'art lui suffisait amplement et il n'éprouvait que rarement le besoin de se trouver avec des personnes autres que ses très proches. A peine s'il consentit à aller trouver l'ambassadeur de France, M. Decrais, avec qui il avait eu, jadis, de très fréquentes relations familières; à peine voulut-il accompagner Madame Laurens chez les Pasteur, où ils étaient accueillis avec la plus grande cordiahté ; à peine fréquenta-t-il les artistes de la villa Médicis, dont il aurait pu gêner la jeunesse et l'exubérance; il se priva même de visiter le directeur, M, Cabat, qui pourtant aurait été dans son isolement touché de cette marque de sympathie. Mais c'est qu'il était venu à Rome, non pour la société qui s'y trouvait, mais pour les siècles d'art et d'histoire qu'elle représentait.
Il eut la douleur d'y apprendre, par un article de journal, la mort de son grand ami Gustave Doré. Sur son carnet, il nota l'extrait du journal qui avait donné cette nouvelle et le fit suivre de ces quatre mots, qui, dans leur laconisme, en disent beaucoup sur sa peine et ses regrets : « Gustavo Doré è morto! » « Que de pensées me venaient à ce sujet, écrivit-il quelques jours plus tard, dans toute la journée du 24 [janvier] que j'ai passée seul, le long des aqueducs de la campagne romaine, s'étendant sous mes yeux avec son incomparable solennité! »
L'été s'avançait rapidement et les compagnons de Jules Laurens à Rome avaient déjà regagné la France, que lui-même ne se décidait pas à partir. Les théâtres étaient fermés, même celui de Pulcinella; plus de « représentations ordinaires et extraordinaires » du Vatican, dont les cérémonies avaient lieu dans la chapelle Sixtine, « ce qui constitue un