VOYAGE ET SÉJOUR A NAPLES
déplorable surcroît de fumigation pour les peintures de Michel-Ange ». Il devenait en outre imprudent de courir les champs et même les rues de Rome; il fallait donc dire adieu à cette belle existence. Après une dernière course à Fumicino et à Ostie, il reprit enfin le chemin de Carpentras, le 10 juillet 1883, mais ce ne fut pas sans espérer revenir et sans noter sur son carnet : « Cœur gros... Peuple pittoresque, pays splendide, luxuriant et grandiose! » Cinq jours après, il avait retrouvé sa chère maison de la promenade des Platanes.
Quelque désir qu'il eût de hâter son retour en Itahe, il ne l'effectua pas avant l'année 1889. La menace (le mot n'est pas trop fort) d'être entraîné à l'Exposition universelle, le poussa de nouveau avec Madame Jules Laurens sur cette terre aimée où il aurait voulu passer sa vie entière. M. Jules Salles, de Nimes, qui était venu le rejoindre à Rome en 1883, aurait bien désiré l'accompagner, «dire un dernier adieu à la belle Itahe»; n'avait-il pas, lui aussi, la conviction « qu'il vaut mieux un croûton de pain mangé au Pausihppe en face du Vésuve, que le meilleur déjeuner du monde n'importe à quel étage de la tour Eiffel »? Il ne put donner suite à son projet.
Les voyageurs se dirigèrent droit sur Naples, où ils arrivèrent le 5 février. Ils devaient y rester près de deux mois et demi. IMalgré Pompéï et Pestum, Naples offrait un moindre intérêt à la curiosité passionnée de l'artiste; quoiqu'il fût accueilli cordialement par le plus illustre des peintres napohtains, Domenico MorelH, la ville, d'un caractère tout diffèrent de Rome et de Florence, avait moins d'attraits. Il n'exécuta que peu de grands dessins et son attention se détacha plus vite que ce que l'on aurait cru. En définitive, ce séjour ne marqua pas d'une façon appréciable dans son existence et dans ses idées. Heureusement, un arrêt de deux semaines environ à Rome vint raviver des émotions toujours vivaces.