‹ Jules LaurensChapitre 93 sur 230 · DERNIER SÉJOUR A FLORENCE · texte numérisé non relu

DERNIER SÉJOUR A FLORENCE

Il en fut tout autrement du dernier voyage qu'il fit deux ans plus tard pour consacrer un mois à Florence (mai 1891). Cette fois, c'était Henner qui s'était proposé de l'accompagner; mais, comme l'écrivait spirituellement M. Emile Durand, « il s'est joué à lui-même la comédie d'un prompt départ, absolument comme les enfants jouent au voyageur, en s'asseyant sur une chaise et en fouettant le tabouret qui représente les nombreux chevaux de l'attelage. Les enfants et lui, ajoutait-il, sont également convaincus et ils seraient également désolés si on avait l'air de croire qu'ils ne sont pas sérieux. Peu de gens entrent dans l'état d'esprit de notre grand ami et voilà pourquoi il y en a tant qui le considèrent comme une effroyable combinaison de Sixte-Quint, de Machiavel et de Talleyrand. »

Il faudrait tout citer des réflexions consignées par Jules Laurens dans ses notes et dans sa correspondance, pour donner une idée des impressions qu'il éprouva pendant ce temps. « Tout, écrivait-il, me paraît dix fois, cent fois plus beau, plus admirable, plus touchant et plus intéressant qu'aux précédentes visites ! » Il se désolait de ne pouvoir appliquer son attention aussi longuement qu'il l'aurait souhaité et il en arrivait, tant lui paraissait grande et précieuse la connaissance de ce monde d'art, « à partager les gens en deux catégories... ceux qui ont vu Florence et ceux qui ne l'ont pas vue ».

Pénétrons mieux dans l'intimité de sa pensée. « Je racle, le soir, les hautes murailles de la chapelle des Médicis à San Lorenzo; séparé seulement par elles du monde formidable de Michel-Ange, j'en éprouve comme une terreur et un écrasement d'émotion... Mais je m'amuse bien aussi à la mode des robes longues des bambini à la Van Dyck, aux muselières et harnais luxueux des chiens, au rouge dont sont peints charrettes et camions, à celui de la couverture des chevaux, rouge auquel le râpé ou la poussière ajoutent des gris gorge de pigeon. »

Sur l'architecture : « Est-ce bien la même personne, l'Architecture, qui, dans l'art de la Renaissance, est cette jeune fille si fine, si élégante, accorte et belle, aux chastes genoux de laquelle s'inspirent

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