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LES DERMÈRES ANNÉES DE X'aRTISTE 125

éclater... et il faut revenir à ses poissons rouges... Gorgé, surfait d'art, de spectacles citadins, on voudrait courir se plonger, se recueillir dans un désert de montagnes ou de bois. Mais là bientôt», tout autour de la ville incomparable, « la nature nue déroule aussi les plus riches et plus absorbants tableaux; la solitude évoque et présente la foule des apparitions du rêve; le silence déclame, chante la plus haute poésie et [la plus sublime] éloquence».

Les derniers temps de son séjour furent mélancoliques : à l'âge où il était arrivé, il ne conservait plus guère l'espoir de recommencer de pareils pèlerinages, et c'était ;< comme les adieux d'un mourant » qu'il voulait adresser à ce monde d'art merveilleux. Son ambition était seulement de conserver jusqu'au dernier souffle de son agonie le souvenir et la vision de tout ce dont il venait de jouir. Quand il repartit de Florence, le 26 mai, ce fut « plus passionnément ému, attendri, reconnaissant que jamais », la tête et le cœur pleins. Que lui importait maintenant la vieillesse ? Elle ne pourrait jamais lui ravir un tel trésor d'impressions.

Ce fut en efïet son dernier grand voyage. Il avait encore dix années à vivre. L'année précédente (29 juin 1890), il avait perdu son frère Bonaventure, âgé de quatre-vingt-dix ans, et il gardait l'impression que luimême ne devait pas tarder à disparaître : « Passé la soixantaine, disait-il (et en 1891, il avait soixante-six ans), ce sont les fiançailles avec la mort. » Pourtant, il conservait et il conservera presque jusqu'à la fin toute son activité; il courra les monts de Vaucluse, « pleins de recoins bien caractérisés »; il fréquentera « intimement arbres, rochers, ravins, plateaux, ruines » du Comtat, le crayon et le pinceau aux doigts, sans que les souvenirs de l'Italie, de Florence surtout, soient altérés ou affaibhs; il retournera môme à Paris au moment du Salon, mais pour peu de temps; il préférera s'attarder le long de la route, à Viviers par exemple; là

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il sera séduit par l'aspect extérieur et intérieur de « cet acropole de l'histoire et de l'abandon », où il n'y a « plus rien qu'une grande et douce âme, l'âme d'un long passé de siècles «; il projettera même de vivre encore plusieurs semaines à Venise, Vérone et Padoue; mais il prendra surtout l'habitude de faire des séjours de plus en plus prolongés dans le village de Saint-Didier, situé non loin de Carpentras, au milieu de collines et de verdures que domine la cime du Ventoux; il y appréciera même tellement l'agrément de la société de deux amis artistes, MM. de Seynes et Cabane, qu'il se décidera, en 1896, à y acquérir une maison et à partager sa vie entre Saint-Didier et Carpentras.

Il continuait donc sans arrêt son existence de travail, dessinant sans relâche, peignant avec une affection toujours plus grande. Mais constamment il avait présente à l'esprit la pensée de la mort : « Le programme de mes travaux, notait-il en 1893, n'est plus désormais, si l'on peut dire, que testamentaire, posthume même. Tout ce que je fais, un tableau, une étude, un croquis, une visite à un site, une lecture... c'est avec le sentiment, à cœur serré, d'une dernière fois accompli. » Avec ordre et méthode, il y employait du mieux possible ses facultés, il y apportait ses soins les plus dévots, n'ambitionnant « en épilogue à toute [son] existence que quelques jours, quelques heures de liberté d'esprit et de corps, avant de tourner ce verso do la vie, la mort ».

Les tristesses de la vie politique pénétraient jusqu'à lui, mais sans porter atteinte à son optimisme devant la nature : « Actuellement (novembre 1892), écrivait-il sur un de ces carnets, je frottaille mes deux toiles pour le Salon de 1893, mais y aura-t-il un Salon alors, ni quoi que ce soit du vieux monde qui croule en Panama? Enfin!... quoi qu'il advienne, si des artistes peignant une étude sous bois ou sur montagne il ne reste qu'un seul, je serai celui-là. » Et il ajoutait, en parfait athée qu'il était : « Au sortir de cette vie, y ayant été assez heureux, je ne mendierai pas... ma part de paradis.»

Jusqu'à la fin donc, il voulut rester fidèle à l'art qui avait fait la joie de toute son existence. « Je reviens souvent, écrivait-il à Henner, le

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