‹ Jules LaurensChapitre 96 sur 230 · RELATIONS MAINTENUES AVEC LES AMIS · texte numérisé non relu

RELATIONS MAINTENUES AVEC LES AMIS

10 juin 1894, à votre question de jadis pendant que je posais pour mon portrait : « Pensez-vous quelquefois à la mort? La craignez-vous? — « Non. — Pourquoi? — Parce que je me porte bien, que je suis jeune, etc. » Or, maintenant, me portant toujours bien, mais n'étant plus jeune et approchant du terme inéluctable, je suis assailli, au milieu de tant de disparitions précédant de peu la mienne, par des impressions et pensées aussi graves que naturelles. Mais n'en parlons pas autrement et faisons de l'art ou aimons-le comme les suprêmes prérogative et consolation de notre âme. »

C'est peut-être pour s'attacher davantage à ceux de ses amis qui survivaient que Jules Laurens, malgré la discrétion qu'il mettait dans ses rapports avec autrui, multiplia sa correspondance. Et puis, il était loin d'eux, il vivait dans la retraite et il lui aurait été très dur de se laisser oublier. Il avait beau écrire : « Il vient un âge où naturellement toutes les choses, pour ne pas dire tous les gens... prennent congé de nous, nous quittent, sans mépris ni désaffection de leur part, comme sans amertume de la nôtre. Peut-être en se retirant dans un cercle de plus en plus restreint, dans le giron de nos affinités et de nos intimités propres, vaut-il mieux donner ce congé que le recevoir, en prévenant ainsi le mom.ent où vous pourriez craindre le monde ingrat et où vous pourriez en être humilié. » Il se reprenait aussitôt et affirmait : « Lorsque, en vieilHssant, diminue l'action de la vie extérieure, tandis que s'élargit et se concentre à la fois l'horizon de notre vie morale, l'échange de la correspondance écrite entre vieux et intéressants amis comporte nos meilleures et plus nécessaires satisfactions. »

Il restait donc en relations directes et continuelles avec des amis comme Paul Flandrin, Georges Brillouin, J.-J. Henner, Emile Durand (celui-ci, en écrivant une notice sur son frère Bonaventure, l'avait profondément touché), Georges d'Albenas, Jules Salles et bien d'autres, dont il collectionnait soigneusement les réponses pour les déposer en la Bibliothèque de Carpentras. « Vous vous excusez de m'écrire une longue lettre, lui disait Paul Flandrin, le 28 janvier 1891. Je ne m'en plains pas; je vous

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