‹ Jules LaurensChapitre 97 sur 230 · MÉLA.NCOLIE DE SURVIVRE AUX AFFECTIONS BRISÉES · texte numérisé non relu

MÉLA.NCOLIE DE SURVIVRE AUX AFFECTIONS BRISÉES

prie de croire que je serais heureux d'en recevoir de vous de temps en temps comme cela; ce serait pour moi comme un beau et bon rayon de soleil. » Le même lui répondait encore ce billet charmant, le 27 mars 1897 : « Je ne mérite pas le quart du bien que vous dîtes du peu que j'ai fait dans ma vie. Et vous, vous êtes beaucoup trop modeste pour tout ce que vous avez fait dans la vôtre. Croyez bien que, faisant la part des exagérations commises par votre enthousiaste amitié, ce m'est une très douce jouissance de me sentir aimé par un ami tel que vous, compris et apprécié par un artiste de votre talent. »

C'était, avec cette correspondance une façon de revivre le passé, de réveiller des souvenirs communs : « Quel rajeunissement pour mon amitié que tes lettres, lui écrivait M. Georges d'Albenas, le 22 février 1894, quelles gâteries de ton crayon pour ma philesthétique. Je t'en remercie cordialement et suis heureux de constater, d'après les dessins contenus dans le pli que Madame Laurens m'a remis hier, que ton humour, ta fermeté de main, ton sentiment si profond et si pittoresque de la nature n'ont rien perdu avec l'âge de leur vivacité, de leur maîtrise et de leur visuelle réalité... »

Mais hélas! Ces amis d'autrefois se faisaient de plus en plus rares : « Un parent, un ami qui meurent, écrivait-il, font un écroulement en nous et désormais un ébranlement d'une partie de l'édifice entier de notre existence faite de nos affections, de nos habitudes mutuelles... A tous les souvenirs, à tous les noms que j'évoque, à toutes mes pensées et tous mes sentiments, je n'ai plus d'apparition et de réponse que du fond du tombeau... Pour nous qui vieillissons, il vient une fin d'existence comme désemparée, bien triste en ceci que notre corps continue à vivre à part de notre esprit, emporté avec ceux que nous avons perdus. Notre âme se heurte et se débat dans le vide qu'ils nous ont laissé. Plus personne avec qui parler la même pensée... »

C'était toujours cependant avec ceux qui le fréquentaient le brillant causeur, aimable, gai, rempli de souvenirs, conteur d'anecdotes. Car ses préoccupations de la fin prochaine il se gardait bien de les trop^exprimer

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