Le couvent, les examens, le grand chagrin
4. De l'été 1845 à octobre 1846, dix-huit mois à Bayonne. Obéissance passionnée.
5. De décembre 1846 à novembre 1848. deux ans presque, à Vienne; agitation, flux, reflux du cœur.
tj. De novembre 1848 jusqu'en mai 1850, dix-sept mois [comme à Bayonne), dans une sorte de port.
Dans la tendresse passionnée d'un cœur qui l'environne de maternité et d'amour, sa vraie mère l'a épousée.
Cet état n'est pas sans quelque langueur; son enfant va l'en faire sortir, lui compléter son harmonie, lui donner un but, lui remplir ses jours.
Elle a aussi le spectacle, la participation de son enfantement continuel; elle me parait jouir du renouvellement incessant de ma pensée.
Nous avons encore un point de contact dans une de nos plus fortes tendances, la tendance religieuse. Nous nous rencontrons en Dieu.
4 juin. — Le dîner démocratique : les Guillon, Alfred et Adèle, Léon, Préault, Alexandre. Lejean, Pierre Dupont. Le cercle (Hait beau; toute partie de la France elaii représentée. .Ma femme tenaii d'une part, comme anglo-américaine-languedocienne, aux gens de l'Ouest: Alfred, Alexandre, Lejean el Amélie ; a ceux du Midi :
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■.'7', JULES Mtr.llKl.KT.
les Guillon el ma fille même, franc-comtoise espagnole par sa mère :
A ceux du Nord e1 du Centre: moi picard-ardennais parisien, mon oncle picard, Pierre Dupont lyonnais.
Elle me paru! faire, dans son équilibre de raison et d'innocence, le vrai milieu <lc celle table, où nous nous rattachions lous.
\1< rcrctlilt. — Le nialin.ee fui sur elle que je m'appuyai aussi, sur sa perfection morale, qui m'esl si sensible, pour trouver l'idée de ma nouvelle leçon sur la femme selon le cœur <le Dieu, augmentant en Dieu, par l'âge même, le veuvage et la perte des enfants.
Le 2 juillet naquit Yves-Jean-Lazare Michelet, noms symboliques dont son père nous apprend le sens.
Yves..., c'est elle en son père; Jean..., c'est elle en son éducation chrétienne, mêlée d'aspiration d'avenir; Lazare..., c'est elle en moi : l'histoire et la résurrection.
Que d'espérances il mit dans cet enfant, ce fils, « conçu de la grâce, et du moment du jury où j'ambitionnai de sauver un homme », en cette année 1850, marquée par trois choses : « un cours très pénible, de grande invention (éducation de la femmej ; un livre de combat intérieur où j'ai jugé le jugement de la Convention; enfin ma grande circonstance, mon fils !»
14 juillet. — Inquiet pour notre enfant, que je trouve faiblement nourri. — Lite passa la meilleure partie du jour à faire ses comptes, avec un soin, un amour extrême de l'ordre ; j'en fus touché, contrarié dans l'état de faiblesse où je la vois.
23 juillet. — Grande année, laborieuse, où j'ai dépassé de beaucoup mes forces. De la, la diminution que je sens en moi.
L'année 1849 s'était écoulée dans une continuité de vives émotions (le 12 mars, le 3 septembre, l'énorme tome IV.
vivant, palpitant s'il en fût, le 10 août, Jemmapes. mes deux cours; aimer, aimer, créer par l'éducation).
L'année 1850 a succédé, non moins ardente :
Un cours très pénible de grande invention (éducation de la femme) ;
Un livre de combat intérieur, où j'ai jugé le jugement de la convention ;
Enfin, ma grande circonstance, mon fils !
Mon fils, conçu de la grâce, et du moment, du jour ou j'ambitionnai de sauver un homme.
Progrès charmant de ma femme, toute rêveuse pendant sa grossesse, si touchante d'innocence, d'amour et.de sainteté. Elle m'aimait davantage, en se sentant souffrir par moi, sentant s'agiter dans son sein ce fruit brûlant de mon désir. Cette souffrance, si peu méritée, me la rendait chère, au delà de tout ce que je puis dire. Je tremblais, à l'approche de l'accouchement, de voir échapper de mes bras ce trésor de sanctification et de bonheur. Ces inquiétudes étaient d'autant plus pénibles que, dans ma grande solitude, je ne les confiais à personne.
Grâce à Dieu ! elle vit et vivra ! Elle a vu, sans en mourir, sortir d'elle ce doux fruit de vie.
Elle écrivait souvent, dans sa grossesse, aux heures lentes de solitude et de langueur. Toutes ces pages sont empreintes d'un charme extraordinaire ; elles sont molles parfois; la jeune femme maladive et souffrante y met ses soupirs. Cette mollesse est de la nature, nullement de la volonté. Celle-ci est toujours si raisonnable, si pure et si tendre, qu'on n'en peut rien lire, sans verser des larmes.
Jamais je ne la trouvai meilleure, plus visiblement supérieure à moi. Le métier et la fatigue, une production trop abondante, trop précipitée, m'absorbaient. J'étais comme un forgeron qui tout le jour bat le fer, et le soir, rêve, les yeux ouverts. La fatigue neutralise plusieurs des meilleurs côtés de ma nature.
Grand sujetde réfléchir ! de se défendre contre l'absorption de met ier. de la spécialité !
Au moment même où je finis le rude janvier 93, mon fils me nait. nie relevé aux hautes pensées !
J76 IULBS MICHELET.
Les archives me replongent au moyen âge; une nécessité providentielle m'oblige d'en renouer le nœud (1200 .•I Innocenl III. de ressaisir, à l'occasion du plus mince détail administratif, les plus vastes généralités, - la France, au total le monde...
Mon rapporl «lu lor juillet sur l'inventaire définitif, el le 20, le commencemenl d'un travail suivi d'archives, me mènenl à une vie harmonique où l'arl el le devoir s'associenl mieux l.
26 juillet. — Le mercredi 24, je croyais avoir fini, ei j'avais repris ma pensée intime, ma communication de cœur avec elle.
Il fallu! poutanl le jeudi refaire la dernière page; j'y fus plus juste pour les juges de Louis XVI : ils ont voulu consacrer le sanct um pomoerium de la France.
J'essayai, pourtant, de me refaire et me remettre, par deux choses, en m'étendant à la fois, et me concentrant :
Je chassai de ma bibliothèque tout ce qui n'allait pas directement à l'histoire de France;
Je lisais aux Archives uniquement des pièces d'archh es, le registre Albigenses, les registres capitulaires de Notre- Dame, Saint-Barthélémy, etc.
Je visitais aussi la solitaire bibliothèque des Archives, le Bullarium românum,le Recueil de Du Theil (Innocent III), et autres collections.
Aussi, j'harmonisais et je calmais l'extérieur de mon âme.
Mon regret est que l'intérieur profite si lentement.
Que j'en aurais besoin, et pour moi, et pour elle... qui cherche à s'appuyer sur moi ! Hier même, elle m'écrivait les choses les plus touchantes sur sa langueur religieuse.
Je crois toutefois qu'elle se trompe sur le vrai caractère de son état. Cette langueur ne vient pas directement d'insensibilité aux choses divines. Elle vient de l'uniformité d'une vie sans progrès, je veux dire, sans progrès
' M. Rocquain a lu, dans la séance solennelle des cinq académies, en 1904, une notice très intéressante sur les travaux de Michèle! aux Archives nationales.
ïVES-J i:\x-i.az.\ki: michelbt. 277
sensibles. Elle ne mesure pas le progrès très réel qui s'est l'ail en elle depuis deux ans, par voie d'infiltration, la multitude d'idées, de sentiments, qui sont relus en elle. Elle n'est plus à l'état de crises, qui fut longtemps le sien. Elle n'est pas. non plus, à l'état île progrès harmonique. C est dans ce dernier état qu'elle sentira Dieu, non éclater en elle, mais fleurir et grandir, comme une fleur, ou comme son enfant. Le sentiment dévot, par saccades et mouvements brusques, n'est point du tout le sentiment religieux. Celui-ci participe aux doux mouvements de la nature, qui parait immobile et semble rêver, alors même qu'elle avance le plus; concentrée, solitaire, elle n'a rien en face qui lui montre son progrès.
Elle va, comme on va dans une barque, quand on ne regarde pas le rivage; on croit qu'on ne bouge pas. Je lui voudrais deux choses pour lui faire mesurer son progrès et s'y intéresser : une communication habituelle avec son enfant, puis un art, le seul art par lequel on influe déjà sur le jeune être, même avant toute communication de langue articulée (la musique).
Elle m'avait demandé , au jour des Morts : « Que lire ? •>
Et, à l'àques, elle me demanda : « Gomment prier .' »
Que lire, au jour des Morts1?
Ce qui meurt, et qui pleure.
Les psaumes... non seulement ceux îles Juifs, mais ceux des peuples qui meurent et qui pleurent, Pologne, Irlande, tant d'autres, aujourd'hui, dont nous n'entendons pas les voix encore; Ions ceux qui disent : « Seigneur, j'attends ma transformation (Expecto, donec reniai immutatio mea). »
Kl pourquoi ne pas lire aussi les paroles des âmes fortes qui meurent sans pleurer, qui acceptèrent la mort, comme toute autre chose de Dieu (Marc-Aurèle, Epictète) ? «La mort, la vie, dit Michel-Ange, se valent l'une l'autre, el sont pièces du même Maître, et «le la même main.»
Rien ne m'a plus vivifié aussi (à I encontre du sentiment de la mort i. que les choses qui sont, empreintes de la
-27S JULES MICIIKLET.
grande vie du genre lui ma in, par exemple, les vieux chants juridiques ou sacrés, les symboles de l'Église ou du Droit, sur les actes de la vie humaine. Là, ce n'est point l'attendrissement des psaumes et des (liants de douleur, ce n'est point la force voulue des hpielete et des Mare- Aurele; c'est le grand cours de la nature; indifférent1? mm, mais majestueux, roulant, comme un grand fleuve, de la vie à la mort, de la mort a la vie., coulianl dans sa perpétuité el le renouvellement de vivification. Jamais la vive verdure des fontaines solitaires, jamais la fraîche ondée qui envoie au loin la cataracte dans sa chute éternelle, n'ont communiqué à mon âme une telle impression de vie jeune el toujours renaissante.
Pourquoi, au reste, chercher des sources.' — Toi, tu es une source. Fouille-toi, sonde-toi. — « Je suis sèche...» — Oui, à la surface; — mais, perce la surface, l'eau vive est au-dessous. -- « Et comment percer la surface? — En appuyant dessus, par sa réflexion, examinant, creusant sa situation, demandant à son cœur, sur chaque point, ce qu'il en pense...
Ou bien encore, instinctivement, en se livrant au rêve de l'art : telle harmonie de sons ou de couleurs fait souvent jaillir la source morale... Au fond d'une mélodie, au calice d'une fleur, vous rêviez la nature, et vous rencontrez Dieu!
20 juillet. — Je passai le milieu du jour à trier les lettres de ma femme, les ranger, etc. Cela m'intéressa fort; même sans lire tous ces papiers, j'y sentais la trace chaude des tristesse passionnées de la jeune fille. L'éducation catholique avance infiniment les femmes, les développe, dès l'enfance, de la manière la plus dangereuse, a la faveur de l'équivoque d'amour... paternel. Les vers langoureux et sacrés de l'abbé Calvignac 1 me firent faire cette réflexion; ils ont dû servir auprès de bien des filles; il ne les donnait pas, mais se les laissait dérober. J'étais fort touché de voir comment ce jeune cœur (gardé d'un corps très maladif) avait si raisonnablement cheminé à travers ce monde divers... chaste et sage, et née
1 Directeur de Mlle Mialaret dans sa jeunesse.
très pure seulement ayant, ce semble, besoin de direction. An momenl même où elle vint à Paris, ce besoin était le même. Pour moi. si j'avais une influence, ce serait de la rendre moins dépendante que jamais elle ne bit, de l'enhardir dans l'opinion de sa raison, de la faire marcher [non soutenue, mais la main dans la main) aux larges (I simples voies de Dieu.
7 août. — Jamais je ne sentis mieux le trésor que 1 ai en elle. Elle supportait à merveille par la lecture et le travail sa vie enfermée et triste. Je ne lisais rien avec elle (sauf l'Henri IV de Shakespeare) ; j'aimais mieux causer. Les livres de moins en moins répondent à mes pensées. J'aime mieux feuilleter mon cœur, feuilleter mon grand livre d'amour, lire et relire sans cesse dans mon charmant jeune livre, inépuisable de grâce et de raison. La communication de toute chose est si douce avec cet autre moi-même, si différent de moi-même. C*est moi et ce n'est pas moi; je jouis de la ressemblance ; je jouis de la différence. Je ne me lasse pas d'entrer dans sa jeune âme, d'y chercher sans cesse avec une tendre curiosité. Et elle, elle ne se lasse pas de se dévoiler à moi. Elle apprend beaucoup par nos entretiens. Elle en retient le meilleur.
1 1 août. — Très renfermés cette année. Nous voyons passer une à une les fleurs, toutes les productions. L'autre jour, je m'aperçus que la campagne avait jauni de maturité, depuis le dernier regard que j'y avais jeté, en allant chez Mickiewicz.
Solitaires, et heureux. Nous le serions du moins, si la santé de ma chère mie s'affermissait. Le samedi 10 août, l'intérêt ardent qu'elle a pris à la première nourriture de son fils lui a fait mal encore. Ardeur bien excusable. C'était peut-être pour l'enfant une question de vie et de mort.
Quel malheur serait-ce si ce cher fruit du sein d'une femme accomplie, qui apporte un tel germe au monde, un enfant qui sort d'elle, béni de sa vertu et doué de sa grâce, venait a nous manquer! Ce serait un deuil, non seulemenl pour nous, mais pour ceux qui espèrent dans ce nom de Lazare. Sacré du nom de résurrection, il encoura-
280 il LES MICHELE! .
géra, en vivant, ces cœurs malades. Sa mort les découragerait.
Cette an nri\ à défaut de voyage, j'en ai l'ail un immense a travers le temps, .l'ai repris les sources de notre liistoire populaire. Pauvres sources, sous quelles masses effroyables de mensonges, d'erreurs, de fausse H vaine histoire, elles se trouvent ensevelies.... Elles subsistent pourtant, elles couvent soùs terre, elles vivent, salutaires cl fécondes! et elles donnent la vie! Combien j'en ai besoin, — pour ce peuple, abandonné de tous, ignorant de lui-même, dénué de tout souvenir, — pour moi qui vais, donnant toujours, qui ai besoin d'autant plus de refaire et nourrir mon cœur, — enfin, pourcef autre moi-même, ce jeune cœur qui s'ouvre à moi sans cesse, me demande secours, et, dans ses souffrances morales et physiques, me serre, m'appelle comme si j'avais en moi le trésor do la vie. .le ne suis pas un dieu, enfant, je suis un homme. La vie que j'ai en moi n'est pas la mienne, c'est la source commune du monde et de l'histoire, qui est venue de Dieu, et qui en vient sans cesse; c'est celle du genre humain, eelle de l'action et de la passion universelles, le grand fleuve de la vie, du travail, des douleurs. Quel remède demanderai-je aux tiennes, à tes langueurs -de jeune malade, de femme, à ta mélancolie de solitaire ? .le te donnerai la douleur de tes pères, leurs mâles douleurs, virilement supportées, leurs travaux courageux, leur marche dans le progrès de la justice, leurs efforts pour préparer, à nous leurs enfants, un monde plus juste et plus heureux. Et comme tu as un grand cœur, tu prendras, pour adoucissement de ce que tu souffres, la souffrance perpétuelle du monde, l'effort, les chagrins personnels, à travers lesquels chaque âme accomplit la vie, l'enrichissant toutefois d'une trace nouvelle, d'un élément nouveau qui profite à ceux qui viennent derrière.
Et toi aussi, tu as beaucoup a faire.
Tu fais un homme, tu crées ton enfant, un enfant dont le nom est déjà une espérance ; que ta résurrection soit en lui !
Et tu refais un homme, chaque jour. Celui que tu as
adopté le 2 décembre '. pour qui tu as dit que tu ferais ce que tu iif ferais pour personne, celui-là sedonne chaque matin au monde, et chaque soir retrouve dans ta jeune vie tout ce qu'il a donné. Garde-lui, je t'en prie, la coupe pleine, ne la laisse pas diminuer.
Tu es jeune : harmonise-toi à la sagesse du jeune monde, à son progrès immense, aux sciences qui sont d'hier, aux études de la nature, à mesure que tu le pourras à la musique, l'art propre à notre temps. Le monde, sombre et muet pendant dix mille ans, a pris une voix de nos jours, et la terre a chanté. Unis-toi à ce grand concert : ne reste pas muette, chante aussi, et loue Dieu. Enseigne aux tiens à le louer.
13 août. — Mon volume (janvier 93) terminé, j'essayai de me rafraîchir dans le moyen âge (Irminon, AJbigenses Mathieu Paris, etc.). Et ee matin, je parcourus les papiers de 1848.
Le meilleur moment de 48, c'est le 11-12 avril, où j'esquissai une Histoire de la Fraternité, vrai Bible du peuple.
En avançant dans cette année, mon cours me saisit, me spécialisa .Histoire des religions) . La polémique me saisit, quand je vis les vaincus bénir l'arbre des vainqueurs.
blessé du 15 mai! Brisé du 24 juin ! je cherchai remède à ma blessure, à celle du monde, dans mes esquisses dé livres populaires [juillet 48); mais je ne savais pas assez ce qui fait la base même de ces livres, la Révolution. Je m'y replongeai (troisième volume).
Ma chère femme (et trois fois chère) me donna, en novembre 48, la plus douce diversion, un délicieux alibi, qui me ravit du monde au ciel. Vraie mère de Lazare, qui d'abord a ressuscité son mai i
Ma vie des lors Ires harmonique : d'une main, j'écrivais mon coins (l'amour, la famille et l'éducation); de l'autre, j'écrivais mon livre (la Fraternité, la Révolution, In Franci .
1 Voir la lettre de Mlle A. Mialarel du 2 décembre 1847, dans les Lettres inédites, par laquelle elle accepte de devenir la femme de .1. Michelet.
282 JULES MICHKLET.
Ce (|ni manquait à l'harmonie, L'augmentait dans un autre sens. L'amour me rendait très productif. Refoulé par la nature envieuse (par la Providence peut-être), je continuais l'amour dans le champ de la pensée. Seulement, une chose manquait à ce flot non interrompu de fécondité. Est-ce la l'an le de ma nature, ou de la situation*?
• le qui manquait, ce n'était ni la force, ni la chaleur, ni la vie (témoin mon Danton) : c'était la suavité, la détente
• 'I la grâce, cette rosée de Dieu qui seule peut-être rend les livres \ raimenl populaires.
Tel quel, dépourvu (je le sens) de ce don suprême, je reviens cependant à l'exécution du livre nécessaire entre tous; la sil ual ion m'y ramené. Il faut une Bible du peuple 'sons un titre national, par exemple : Histoire de France), qui soit, dans la réalité, l'histoire du double mouvement de l'homme, progrèsde ['individualité, p 'ogres de la fraternité: être soi de pins en plus, être frères de plus en pins.
Alternative qui s'accomplit principalement par celle des religions : religions mâles, héroïques, qui organisent ['individualité; religions femelles, qui organisent lu sociabilité, préparent la fraternité.
Les religions mâles organisent l'individualité par le droit;
Les religions femelles préparent la fraternité par la grâce.
Ainsi l'histoire, comme toutes les sciences de la vie, est dominée par le loi générale des sexes.
La division du livre serait donc très simple :
1° Introduction. Du monde; spécialement, dernier âge du monde antique, en son génie mâle, Rome et le droit; son génie femme, le christianisme et la Grâce.
2U Comment, dans une nationalité, la France, se sont débattues la loi et la grâce, l'individualité, la sociabilité (sans que la fraternité s'en dégage encore).
3° Comment, depuis un siècle, la Révolution travaille â réconcilier la loi et la grâce dans un vrai mariage des deux principes qui ont alterné, combattu jusqu'ici.
Lazare Michelet ne devait pas vivre. L'état de santé de sa mère obligea à lui donner une nourrice, dès le 4 août, à la changer le 16. Le 24 août il expirait.