‹ Jules MicheletChapitre 3 sur 20 · LES OEUVRES POSTHUMES DE M. ET M1"'' MICHELET · texte numérisé non relu

LES OEUVRES POSTHUMES DE M. ET M1"'' MICHELET

Mme Michelel s'était cru permis de collaborer à ces œuvres posthumes de son mari. Des critiques impertinents ont même insinué que la part de Michelet y était si faible que Mme Michelet en était non seulement la collaboratrice, mais Fauteur. Je crois utile, au point de vue de l'histoire littéraire, comme clans l'intérêt de la mémoire de M. et Mme Michelet, de dire exactement la vérité sur cette question.

Oui, Mme Michelet se croyait les droits les plus éten- ] dus sur l'héritage littéraire de son mari. Elle avait vécu avec lui dans une telle intimité; elle avait tellement travaillé avec lui et pour lui, s'était tellement pénétrée de son esprit ; elle lui avait si constamment servi de secrétaire, si souvent écrit, dans ses longues soirées solitaires, ce qu'elle lui avait entendu raconter le jour, qu'elle se croyait autorisée (et ne letait-elle pas dans une certaine mesure ?) à donner comme du vrai Michelet le Michelet recueilli, conservé, transmué par elle. 11 lui a légué tous ses papiers, lui avait donné sur eux i\c* droits absolus. Il lui avait permis d'en faire l'usage quelle jugerait bon. Elle usa de ces droits. Et voici dans quelle mesure.

Les Soldats de la Révolution avaient été préparés (U'<, 1850-1851. Ils avaient été entièrement écrits par Michelet. y compris le dernier chapitre sur Mameli. Mme Michelet n'a été ici qu'un éditeur scrupuleux.

Li' Banquet avait été composé pendant le séjour que M cl Mine Michelet firent en Italie dans l'hiver de 1853- 1854, à Nervi, à Turin et aux bains d'Acqui. C'est une transformation et une mise en œuvre du journal de voyage. L'ouvrage avait été très avancé, mais non absolument terminé. Mme Michelet l'a achevé en se servant des notes du journal. Sa part de collaboration

G IULBS MICHELET.

dans ce beau livre a été faible, car nous voyons par le journal de Michèle! qu'il travailla constamment au Banquet pendanl trois mois, que plusieurs chapitres furent écrits à doux ou trois reprises, par exemple : Fourvières, le juge (\^ Nervi, Virgile. Nous ne pouvons fixer exactement quelles parties avaient pu rester ina* chevées, car le manuscrit i\v Michelet n'a été que partiellement conservé; mais, quand on sait avec quelle rapidité travaillait Michelet, on doit regarder le Banquet comme son œuvre à peu près exclusive.

Ma jeunesse est au contraire en grande partie l'œuvre do MmeMichelet,el d'ailleurs elle a dît très sincèrement dans la préface que son travail a été « un travail de fourmi, ramassant grain à grain, je veux dire page à page, phrase à phrase, ligne à ligne, les éléments qui pourraient servir à constituer des Mémoires », — qu'elle a fait, «avec des documents épars, une œuvre homogène ». Mme Michelet acomposé Ma? jeunesse avec un fragment d'autobiographie, écrit par Michelet en 18214822, qui s'étend jusqu'à 1815, et qu'elle a presque intégralement reproduit; avec la préface du Peuple; avec les correspondances des personnes de la famille de Michelet et avec les souvenirs de ses conversations. Elle a écrit ainsi un livre admirable, d'un intérêt et d'un charme extrêmes. S'il n'est pas tout entier de Michelet, Michelet du moins y est tout entier.

Mon Journal ne contient presque rien de Mme Michelet. J'ai vu le manuscrit, avant, qu'il no fût livré à l'imprimeur. Il était de la main de Michelet — sauf quelques corrections insignifiantes et quelques raccords. Mme Michelet avait cru devoir supprimer tout ce qu'elle estimait être des répétitions. Malheureusement le manuscrit n'a pas été conservé.

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