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Cependani le grand artiste, complel alors en tout sens, jouissant complètement de ce bonheur superficiel, extérieur), atteint sa plus haute harmonie de coloriste. Il fait son Grand jugement dernier (n° 263-735), si beau comme gamme de couleurs, comme guirlande de figures suaves doucement enlacées, s'aidanl à monter au ciel, mais si voluptueusement pressées l'une par l'autre qu'elles pourraient bien oublier le ciel en chemin. Dans les bienheureuses, Hélène Forman, mains croisées sur la poitrine, un peu humiliée d'être là, mais enfin sauvée par la grâce du génie. A gauche, pour instruction, pour menace, un diable horrible, qui traîne et tord deux belles femmes. Hélène, prends garde à toi !
La douce et voluptueuse montée vers le ciel, l'aide amicale, amoureuse, que se prêtent les âmes, sont peintes, avec un détail charmant, dans l'esquisse toute rose (n° :{2j-8u4, cabinet XII), qui visiblement fut peinte pour charmer une femme.
Cependant l'âge avance, le désir subsiste, augmente même, pouvant moins se satisfaire; la jouissance imparfaite devient capricieuse, curieuse [Chaste Suzanne surpi ise au bain n" 2S4-745), furie de vieillard. La passion tyrannique, qui n'a d'obstacle qu'en soi, en la nature affaiblie, aime à se figurer que l'obstacle est dans l'objet désiré; elle met durement la main dessus; elle lui dit: «Tu es .1 moi. » C est ce qu'exprime d'une manière assez crue le berger déjà vieux, fatigué, qui passe familièrement la jambe sur les genoux de la bergère qui refuse. Celle-ci est encore Hélène Forman; je crains que le vieux berger ne soit le pauvre Rubens (ivj 21)2-759).
Elle refuse... c'est qu'elle aime ailleurs; c'est qu'elle trahit, 6 femmes perfides! Samson s'élançant du lit de Dalila, n° 260-74i. Samson vieux, contre la Bible, dune le Samson est Rubens] ; puis elle se plaint qu'on se plaigne. Pauvre Rubens, p luvre Job n 309 805 des cabinets) I
Eh! bien, vieux ou non, malheureux ou non. pendant qu'on verse son sang, ii continuera d'enseigner son art, d'éclairer le monde. On peul lui ouvrir les veines, comme à Sénèque, il y a en lui de la vie pour tous (n° 2132-724).
Vieux! mais il estjeuneel toujours fort! Quel es! de
Ions ces beaux jeunes gens, celui qui manierait ainsi le pinceau? Vieux! qui pourrail coinine lui combattre les lions, ou comme ce sanglier terrible, défier la meute dévorante, la meule» d'envieux, d'ennemis ?...
Vous ferez justice, Seigneur... Ces envieux, ces superbes qui méconnaissent le génie, celle tourbe d'hommes charnels qui n'onl jamais pu le comprendre, vous les pré-> cipiterez... El l'amour trahi (s'il y avait vraiment trahison), quelle torture sérail assez atroce pour lui ? Dans le Petit jugement dernier (n° 297-738, cabine! XII), il en a imaginé une qui dépasse Dante «le bien loin : la femme du premier plan, qui semble violée par un démon satyre.
Mais si cela n'effraie pas assez un cœur corrompu. le peintre peut imaginer des chutes effroyables, creuser des abîmes de l'eu, dr^ perspectives infinies dans les llammes éternelles... Les uns vont tomber sur les reins, les autres juste dans la gueule du dragon. L'un est chevauché par un Diable, deux autres sont traînés ensemble par les cheveux, comme ils étaient au moment où la mort les surprit dans leur péché; au bas, des animaux hideux, informes, s'acharnant sur des animaux (le chattigre, aux yeux flamboyants, sur une carcasse de cheval); ceux-ci sont peut-être des damnés transformés. Cet enfer atroce, où les coupables sont torturés par des agents plus coupables encore, où les ministres de la justice doivent dépraver encore les damnés en les torlurant, est une condamnation de la manière dont le moyenâge a envisagé les peines éternelles.
Au centre de ces horreurs, le peintre a suspendu une ('■norme femme qui tombe, mordue au ventre et aux fesses. et qui si je ne me trompe est la caricature d'Hélène Forman.
Ces conjectures sont singulièrement appuyées par la suite des portraits authentiques d'Hélène : 1° belle, jeune, grasse, sans pensée; 2° riche et magnifique, jouissant de l'opulence de son mari; 3° un portrait, que j'avais oublié d'abord, la représente coquette, agaçante, yeux fripons sous un chapeau noir (n° 328-796, cabinet XII); 4° mère.
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dix ans de mariage. L'air fin et doux, déjà une femme de Van Dyck.
Nul doute ([ne celle-ci n'ait bien tourmenté Kubens. C'est à elle, ce semble, que le Christ pardonne (connue Milton à sa femme, sous le nom d'Adam, au Paradis perdu), dans un beau tableau où il a réuni, avec la Madeleine, deux grands pécheurs : David, le bon larron. La Madeleine n'a pas les traits d'Hélène, non plus que sa Dalila c'eût été trop révéler); mais elle a sa chevelure, sa carnation, etc. Le Christ est d'un bon sens sublime, admirablement simple et judicieux, selon nos idées modernes; il semble dire : «Insensés, était-ce la peine? Vous n'avez pas eu le bonheur dans votre péché. »
L'Ange d'Elie, au Musée de Paris, me semble aussi une traduction masculine et colossale d'Hélène Forman; elle donne au pauvre Élie, desséché par la chaleur du jour, par le travail et la lutte, le pain, le vin de la vie. Moins vieux que cet Elie, mais bien fatigué, bien jaune et souffrant, est l'homme admirable qui, dans le grand jugement dernier de Munich (n° 263-735), se trouve tout au bas, un pied dans la terre... Ah ! qu'il a du chemin à faire pour arriver en haut de la gloire, où l'homme sera l'Ilomme- Dieu ! Tout a côté de cet homme, au-dessus, se trouve accroupie la jeune rose rouge. Hélène Forman. si vivante, et si bien portante près de cet homme si malade; < Voyez madame, comparez, telle vous êtes et tel je suis. Compatissez, fleur d'amour; j'ai besoin au moins de compassion. »
N'est-ce pas encore la même idée, au Musée de Paris, dans le tableau où la jeune Thomiris force cette noble tell- de Cyrus déboire son propre sang...
La jeune femme devait moins apprécier Pubens, à mesure que commençait avec Van Dyck le mouvement de la grâce, après celui de la force, le jeune ei charmant Van Dyck. C'est peut-être pour montrer aussi que la grâce ne lui (dait pas interdite, que le fort des forts lil le gracieux tableau ou Hélène tient sur ses genoux son jeune (ils tout nu. coiffé d'un chaperon (n° ~:i:'> TUT). Enfin pour répondre aux peintres en petil qui faisaienl fureur, aux Téniers, aux Gérard Dow. il lit la Kermesse de Paris, et a Munich.
les Amazones ei la Déroute de Sennachérib. Combien tout ceci m'explique le Saint-Georges de la chapelle funéraire d'Anvers, Saint-Georges victorieux! mais le lion craque bous le poids du temps.
Van Dyck
8 juillet
Plusieurs Van Dyck admirables, une Sainte Famille surtout, d'un ton chaud et doux que je n'avais pas vu à ce maître, et qui explique sans doute pourquoi le monde dul passer dans la peinture des tyrannies de la force aux douceurs de la grâce.
L'un de ces Van Dyck, qui n'est pas le plus suave, n'en est pas moins le plus touchant (n° 337-849). C'esl la femme de Van Dyck, fille de Mylord Kuthven (n'y a-t-il pas un roman tragique sur ce nom?) La grande dame, qui voulut être femme d'un peintre, n'eut pas à s'en repentir. 11 a bien fallu en effet prendre le costume, la coiffure serrée d'une bourgeoise flamande... La fière Anglaise, toute changée qu'elle est, domptée à sa condition, jette de côté la tète... et qui sait si elle ne sortirait pas de ce fauteuil, de cette maison;., mais elle s'y est liée, rivée par une chaîne de diamants, par une force plus forte que toutes les forces du monde, et quelle? le bras de son enfant, d'une fille de cinq ans qui a tant besoin de sa mère et qui, se mettant obliquement au passage, enlace de son petit bras le bras maternel et par-dessous prend le fauteuil, de sorte que la mère ne pourrait se lever sans casser le bras de l'enfant. Elle restera, soyez-en sûre.
Celle-ci a descendu de sa condition. L'amour l'a placée dans cette maison, dans cet atelier de peintre, dans ce fauteuil si simple. A peine son costume sec et noir de bourgeoise a-t-i! par devant quelques lacets d'or, comme pour rappeler amèrement le luxe de la maison paternelle. Eh! bien, avec tout cela, elle pourrait être plus malheureuse. Voyez, à côté, sous un rideau de pourpre, près d'une colonne, cette grande et belle femme pâle, dont la joue est déjà si creuse. Celle-ci a peut-être monté, tandis que la fille du lord descendait. Mais qu'elle a payé cher
ces colonnes, cette pourpre, cette robe de brocard d'or, Elle les a payés de son bonheur, de sa santé, de sa vie bientôt, bien plus encore s'il est possible. Dans sa lutte ingrate contre le sort où elle a vécu, son intelligence a faibli à la longue, son esprit a baissé. Elle est maintenant au-dessous de ce que promettait le noble front, les formes grandioses de cette tète pâlie, effacée. Au contraire, la grande femme, jolie, vulgaire, du bourgmestre, n'est ni au-dessus, ni au-dessous de sa condition; elle est au niveau.