ACCUSATION
Julie trouva le marquis de Montaleu assis dans un vaste fauteuil, la tête dans la paume de sa main, absorbé dans une pensée profonde et triste. Il entendit entrer Julie, mais il ne la vit pas. Il eût évidemment trop souffert de regarder en
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face, pour la voir trembler et rougir dans sa faute, cette femme qu'il avait aimée, comme un être exquis et particulier, charmant et précieux, pur et naïf. L'expression de cette douleur était si puissante qu'elle suspendit l'élan qui avait entraîné Julie, elle resta un moment silencieuse. Monsieur de Montaleu, pour qui cette entrevue était plus cruelle qu'il ne l'avait écrit, fut le premier qui rompit le silence.
— Que voulez-vous de moi, madame? lui dit-il avec une froideur affectée,
— Je viens vous demander l'explication de ce billet, monsieur, lui répondit Julie avec une égale froideur.
Cette réponse fit lever la tète et les yeux à monsieur de Montaleu et son regard indigné rencontra le regard calme et fier de Julie. Elle fut presque justifiée aux yeux de monsieur de Montaleu. Ce pur et saint visage tout rayonnant de beauté, de grâce et de conscience, fut pour lui comme une apparition lumineuse qui lui montra soudainement la vérité. Mais monsieur de Montaleu était un vieillard; il avait trop appris, dans une longue carrière, combien la duplicité est habile à prendre le masque de la vertu, et peut-être y avait-il au fond de son âme quelque souvenir personnel, douloureux et fatal, qui l'armait contre ces témoignages instinctifs de son cœur. 11 baissa les yeux pour ne plus voir cette clarté qui pouvait être trompeuse, rentra dans les fausses ténèbres que donne l'expérience, et ne voulut se ressouvenir que des apparences qui accablaient madame de Monrion.
— Ecoutez-moi, madame, répondit-il après un moment de silence, je ne veux pas vous accuser. Je suis heureux, je vous l'avoue, de ne pas en avoir le droit. Si la nature me l'avait donné, j'aurais trop à souffrir, non-seulement de ce que vous avez fait, mais encore de l'assurance avec laquelle vous vous présentez devant moi pour me demander l'explication d'un billet que vous avez mieux compris que vous ne voulez le dire.
— Monsieur de Montaleu, reprit amèrement Julie, un juge dit d'ordinaire à un accusé le crime pour lequel il le condamne.
— Je ne suis point votre juge et je ne vous condamne pas.
— Pourquoi donc me chasser de chez vous ?
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— Vous oubliez, madame, que vous avez voulu partir; je unis laisse faire.
— C'est me chasser, monsieur, répliqua Julie avec dignité, que de me laisser partir comme vous faites.
— N'êtes-vous pas libre et maîtresse de vous-même?
— Monsieur de Montaleu, dit Julie, avec quelque ironie, ne jouons pas sur les mots. Vous croyez que l'insulte que j'ai reçue hier a été méritée par moi; vous le croyez depuis la visite de monsieur de Rudesgens, de son gendre et de monsieur de Brias. Je viens donc vous demander loyalement quelle accusation on a portée contre moi.
— Si vous êtes capable de l'entendre, madame, je ne me sens pas, moi, le courage de vous la répéter en face.
— Mais c'est donc bien infâme ! s'écria Julie avec éclat... et dans votre lettre vous dites que c'est la vérité. Vous tenez (loue cette infamie, quelle qu'elle soit, pour une vérité? 11 faut que je le sache, monsieur.
— Prenez garde, Julie ! dit vivement monsieur de Montaleu d'un ton triste et menaçant.
— 11 le faut, reprit madame de Monrion avec une amertume cruelle, car à la manière dont je vois accueillir la calomnie qui m'attaque, je commence à croire qu'il faut que je demeure pour me défendre, car je ne veux pas, je vous en préviens, laisser derrière moi ses aises au mensonge, comme on les lui laisserait sans doute.
monsieur de Montaleu ne connaissait du caractère de Julie <pie sa grâce d'enfant, sa rieuse bonhomie, sa mélancolie rêveuse; il n'en avait jamais soupçonné la fermeté ni la passion. Cette révélation soudaine l'étonna. Le marquis de Montaleu était assurément un homme juste, mais il était en droit de se dire que Julie, se montrant à lui sous un nouveau jour, avait su dissimuler avec un grand art le
f I de son caractère. D'un autre côté, madame de Mon-
rion venait de -blesser cruellement la vanité du vieillard, en lui taisant comprendre qu'elle suffirait à se protéger, ce qu'il n'avait pas su faire.
— Madame, lui dit-il en se levant, ces mots de calomnie et de mensonge sont souvent dans la bouche des coupables...
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— Bien souvent aussi dans celle des innocents que l'on condamne.
— Vous oubliez à qui vous parlez, madame...
— Et vous, monsieur, ajouta Julie avec une énergie désespérée, vous oubliez que je suis venue vous demander de quoi l'on m'accuse. Mais, monsieur, vous ne chasseriez pas un laquais de votre maison sans lui en dire le motif; ai-je moins de droit à vos yeux?
— Madame, madame, dit monsieur de Montaleu, votre colère vous égare.
— Non pas ma colère, monsieur, mais mon désespoir... Car enfin, monsieur, reprit Julie la voix altérée, le visage éperdu, je suis seule en ce monde, je n'ai ni mère ni père pour me protéger et me consoler; mon frère est loin de moi; et vous, monsieur, à qui je ne demande rien que l'aumône d'une parole, non point pour me défendre, mais pour m'éclairer; vous, il faut bien le dire, qui m'avez ouvert les portes de ce monde que je ne cherchais pas, et dans lequel je devais, selon vous, trouver le bonheur et la considération ; vous qui m'avez vu insulter, vous qui savez pomquoi, vous tenez dans votre main fermée cette accusation sans daigner me la dire!... Qui suis-je donc et qu'est-ce donc?... Monsieur, monsieur, vous qui avez été si sévère pour l'homme dont je porte le nom, vous devez savoir qu'il n'est permis à personne de jouer avec la vie et la considération d'une femme!... Eh bien ! ma considération, vous l'avez laissé attaquer; ma vie... oh! ma vie! vous me donneriez envie de la jeter en pâture à mes ennemis !
Cette fois enfin le cri de cette fière indignation arriva jusqu'au cœur de monsieur de Montaleu, il douta de la faute, et ne douta plus du droit qu'avait Julie à obtenir l'explication qu'elle demandait; mais, avec ce sentiment, une crainte entra dans l'esprit de monsieur de Montaleu. Comment, si Julie était innocente, oser lui dire l'infâme accusation portée contre elle? Elle s'appelait, il est vrai, madame la comtesse de Monrion; mais si Julie n'était pas le cœur le plus dépravé, l'esprit le plus pervers et le plus dissimulé, elle avait dû rester l'âme la plus ignorante et la
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plus candide. Monsieur de Montaleu hésita, essaya de parler, s'arrêta; mais sollicité par le regard ardent et éploré de Julie, il lui dit :
— Où ètes-vous allée, dites-moi, pendant que Je recevais la visite de monsieur de Rudesgens et de ceux qui raccompagnaient?
dette question était si loin de tout ce qu'attendait Julie, qu'elle en resta toute stupéfaite ; elle rougit et parut éprouver un cruel embarras. Tout ce qu'avait espéré monsieur de Montaleu s'évanouit à l'aspect de ce trouble soudain. Cependant Julie se remit et repartit avec une légère ironie:
— Est-ce ma présence et mes visites au village de Saint- Faron qu'on me reproche?
Elle était encore à mille lieues de l'accusation qu'on avait portée contre elle. A son tour, monsieur de Montaleu fut très-surpris de cette tranquille assurance. Si ce n'était celle de l'innocence, c'eût été le dernier terme de l'audace et de l'impudeur.
— Vous savez sans doute, lui dit- il en l'examinant, quel est l'enfant que vous allez y visiter?
— Je le sais, répondit Julie avec calme.
— Vous savez à qui il appartient?
Julie hésita; décidée à proléger le secret de Léda, elle ne voulut pas qu'on put en découvrir la moindre trace dans ce qu'elle allait dire, et repartit :
— Permettez-moi de ne pas répondre à cette question ; je me suis, faite la protectrice de cet enfant, je serai une mère pour lui; je ne puis ni n'en veux dire davantage.
— Mais vous ne savez donc pas, Julie, repartit monsieur de Montaleu, à quoi ce silence peut vous exposer?
— A d'indignes calomnies, sans doute, je le sais, monsieur, reprit Julie avec un profond dédain; à me voir repousser de votre monde comme une femme qui a prêté les mains à quelque coupable intrigue, et qui s'y associe en la protégeant.
Monsieur de Montaleu se rapprocha de Julie, les yeux attachés sur les siens, et comme pour lire sa pensée à côté de sa parole. Elle continua :
— Si c'est pour cela que l'austère morale de madame de
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Champmortain l'a poussée à m'insulter chez elle, ce que je ne crois pas, je dois vous avouer que je l'exposerais à recommencer, car je n'abandonnerai pas cette innocente créature.
Le marquis étendit les bras vers Julie et s'écria avec une profonde émotion :
— Julie, Julie, oh ! merci, car maintenant il me sera facile de vous justifier.
— Me justifier, de quoi? d'une action que je suis prête à avouer devant tous.
— Mais c'est que vous ne savez pas, malheureuse enfant, que cette faute...
Monsieur de Montaleu s'arrêta cette fois, il recula sincèrement devant les paroles qu'il allait prononcer, il fut épouvanté du coup terrible qu'il allait porter à celte jeune âme innocente... et il se prit à murmurer d'une voix terrible et sourde :
— Oh ! les monstres ! les monstres !
— iNe les maudissez pas si violemment, monsieur; la rectitude religieuse et sincère de madame de Champmortain a dû s'alarmer, je le conçois, d'une conduite qui atteste plus de liberté qu'il ne convient d'en avoir à mon âge et dans ma position. Peut-être, cà ma place, n'eût-elle pas fait comme moi, peut-être eût-elle eu raison selon ses idées ; je crois avoir bien fait selon les miennes.
M. de Montaleu se promenait avec agitation. Pour lui, l'innocence de Julie était certaine, complète ; mais il fallait lui apprendre quel sens on avait donné à sa généreuse pitié. 11 était incertain, troublé. Enfin, il crut avoir trouvé un moyen de sauver à cette noble enfant l'horreur d'entendre la calomnie dont on l'avait flétrie.
— Julie, lui dit-il, écoutez-moi et répondez-moi, je vous en supplie, je vous le demande en grâce, je vous le demande à genoux... dites-moi à qui appartient cet enfant.
— Je ne le puis pas.
— Julie, je vous le demande pour moi qui ai besoin de le savoir; c'est pour moi, entendez-vous?
— J'ai juré devant Dieu de ne pas le dire : il y va de l'honneur et de la vie d'une autre.
— Mais, pauvre enfant, il y va aussi de ton honneur.
— De mon honneur!
— Car enfin, Julie, mon enfant, ma fille, ma fille innocente, j'en suis sûr, dit monsieur de Montaleu en l'entourant de ses bras, il ne faut pas, en te dévouant à cacher la faute d'une autre, faire qu'on puisse te l'imputer.
— Monsieur! s'écria Julie en se reculant de monsieur de Montaleu.
— Car je veux pouvoir te justifier, moi...
— Monsieur!... reprit Julie en reculant encore, comme devant un spectre menaçant.
— Car tu es innocente, j'en suis sur...
A ces derniers mots, Julie leva les yeux au ciel d'un air égaré; des sanglots confus lui montèrent à la gorge; des sons inarticulés, s'en échappèrent. Elle se mit à marcher, tout éperdue, dans l'appartement, en levant les bras au ciel et les laissant tomber à chaque pas, comme si elle se sentait étouffée.
— Julie, Julie, disait monsieur de Montaleu en essayant de l'arrêter...
Mais Julie ne l'entendait pas; et sa douleur, rompant enfin celte strangulation qui faisait siffler son haleine et arrêtait sa voir, elle se prit à crier :
— Ma mère! mon père !... Mon père! ma mère!... où sont-ils?... Mon père! ma mère, ma mère!...
Elle continuait ainsi d'une voix haletante et dans un délire effrayant pendant que monsieur de Montaleu la retenait.
— Julie, lui dit-il, je te servirai de père, je te protégerai es nme il l'eût fait; je te consolerai comme eût fait ta mère, ta sainte mère.
— Ah ! s'écria Julie, à qui les larmes revinrent heureusement avec la conscience de la vérité, ils ne sont plus, ils m'ont quittée, ils m'ont laissée seule ici-bas. 0 mon Dieu! mon Dieu! ajoutait-elle en se laissant tomber sur ses genoux et en tendant au ciel ses mains jointes comme pour la prière, pourquoi ne m'avez-vous pas fait mourir avec eux!
Puis elle cacha sa tète dans ses mains et laissa éclater ses
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sanglots et ses larmes où se mêlaient de douloureuses exclamations. Que de douleurs, que de tristesse, que d'horribles angoisses parlaient dans ce transport désolé ! Ce cœur d'enfant était broyé, cette âme immaculée était saignante, cet esprit délicat et serein était taché. La calomnie avait fait plus que salir cette pure créature aux yeux du monde, elle l'avait flétrie à ses propres yeux; elle ne se sentait plus la sainte assurance de sa pureté ; on venait de lui arracher la virginité de la pensée; on venait de lui apprendre le vrai sens de ces mots de crime, de vice et de déshonneur qu'elle ne savait pas encore.
Monsieur de Montaleu laissa à ce désespoir le temps de jeter tout ce qu'il avait de larmes, de cris et de paroles incohérentes. Puis, lorsqu'il crut que le cœur et l'esprit étaient plus calmes, parce que le corps, épuisé, n'avait plus que de rares sanglots et des murmures étouflés, il releva doucement la pauvre enfant dont l'âme n'y voyait plus à travers ses douleurs, comme ses yeux à travers leurs larmes, et lui dit doucement, en l'asseyant sur ses genoux :
— Allons, Julie, ma fille, console-toi, personne au monde ne croira à cette calomnie.
Comme si cette parole eût dessillé à la fois le cœur et les yeux de Julie, elle le regarda fixement et lui dit d'une voix brève et arjde :
— Vous y avez bien cru, vous.
— Ma douleur m'a égaré, j'en conviens, comme elle fa égarée tout à l'heure ; mais il m'a suffi d'un mot de toi pour croire à ton innocence.
Le souvenir de tout ce qui s'était passé entre elle et monsieur de Montaleu revenait peu à peu à la mémoire de Julie, un nouveau sentiment se mêlait à ses douleurs : c'était l'indignation. Elle s'écarta doucement de monsieur de Montaleu, et lui répondit d'un ton saccadé qui montrait l'effort qu'elle faisait pour ne pas éclater de nouveau :
— Je vous remercie, monsieur; mais cette justification, que vous avez bien voulu accueillir, je ne puis la donner à tout le monde. Je ne puis aller établir à tous les yeux l'horreur et le désespoir qui m'ont saisie.
— Non, Julie, non, dit monsieur de Montaleu, c'est moi
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qui vous justifierai, c'est moi que ce soin regarde, et si la tendresse d'un homme qui veut être ton père ne t'est pas indifférente, tu me diras la vérité.
— La vérité! reprit Julie étonnée.
— Tu me donneras les preuves avec lesquelles je confondrai les calomniateurs.
— Les preuves? lit Julie en le regardant encore d'un air soupçonneux; des preuves, répéta-t-elle, il vous faut des preuves...
— Pas pour moi...
— Pour qui donc? dit Julie fièrement, pour celle qui m'a insultée; à celle-là, monsieur, je lui laisse sa conscience pour juge... pour celle qui l'y a poussée, peut-être, oh! la véritable ignominie serait de se justifier devant elle.
— Julie, soyez plus calme, il faut que je vous venge maintenant.
— Je ne sais ce que vous voulez faire maintenant, monsieur, reprit Julie en serrant les dents, tant elle sentait murmurer en elle de paroles cruelles; mais si quelqu'un était venu me dire, à moi, qu'on vous avait vu, vous, faire un acte déloyal, quel qu'eût été l'accusateur, je lui eusse répondu en face qu'il en avait menti.
— Julie ! fit monsieur de Montaleu.
— .Mais j'avoue, reprit-elle d'un ton sardonique, que je trouverais la tâche plus difficile, si j'avais accueilli d'abord l'accusation que je voudrais détruire ensuite.
— Julie, je conçois votre colère; mais le monde a ses exigences, ses tyrannies; il veut qu'on le respecte, même dans ses injustices. Vous ne le connaissez pas !
— Je le connais assez, repartit Julie, pour le mépriser.
— Julie, reprit monsieur de Montaleu avec une légère impatience, soyez plus calme... Ces expressions.
— Ah ! tenez, dit madame de Monrion à qui revenait sa douleur, pardonnez-moi, monsieur; l'éducation que j'ai reçue ne m'a peut-être pas assez appris à donner un nom poli aux sentiments que j'éprouve; ce monde qui m'accuse, je ne le connais pas, vous avez raison ; mais dans celui où j'ai vécu, dans ce monde de bourgeois obscurs que le vôtre a sans doute raison de dédaigner, si une insulte pareille à
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celle qu'on m'a faite hier m'eût été adressée... oui, monsieur, à défaut de mon père mort, à défaut de ma mère morte avec lui, à défaut de mon frère absent, il se fût trouvé quelqu'un, un ami, un étranger, un père de famille, un jeune homme, qui sais-je ? qui fût venu à moi, et qui m'eût prise sous sa protection... Mais dans ce noble salon tout rempli de noms illustres, d'hommes renommés pour leur courage... il ne s'en est pas trouvé un qui se soit ému à l'aspect de ma douleur, pas un qui me soit venu tendre la main, et qui m'ait dit tout haut : « Venez reprendre votre place, madame. »
Comme Julie prononçait ces paroles, la porte du cabinet s'ouvrit, et une voix grave et rude lui répondit :
— Il y en aura un, du moins, madame, qui vous défendra contre la calomnie.
C'était Hector de Montaleu qui avait repoussé les protestations des valets qui lui disaient que son oncle n'était pas visible, et qui, arrivé à la porte de l'appartement où se trouvaient monsieur de Montaleu et Julie, avait entendu les dernières paroles de celle-ci. Julie se retourna en poussant un cri de surprise et de honte, et monsieur de Montaleu se leva pour prévenir l'entrée de son neveu. Mais celui-ci était déjà dans le salon, et referma la porte après lui.
— Je sais tout ce qui s'est passé, mon oncle, lui dit Hector. Je sais tout ce qui vous a été rapporté, et si je ne suis pas venu ce matin, c'est que je n'ai pas voulu sanctionner de pareilles calomnies par ma présence.
— Tu sais donc, toi, qu'elle est innocente? s'écria monsieur de Montaleu avec joie.
Hector hésita et porta les yeux sur Julie, qui l'examinait d'un œil curieux; puis il fit un grand effort de courage et il répondit :
— Je ne le sais pas, mon oncle, mais j'en suis sûr. Je ne demande à ma cousine ni explication de sa conduite, ni preuves de son innocence... J'ai foi en sa vertu... Je crois en elle, et la meilleure preuve que je puisse vous en donner, c'est qu'après tout ce qu'on a dit contre elle, je viens à vous, mon oncle, qui lui servez de père, je viens vous demander une seconde fois sa main.