‹ JulieChapitre 31 sur 62 · UNE VIEILLE HISTOIRE · texte numérisé non relu

UNE VIEILLE HISTOIRE

(Suite.)

Thomas avait écouté avec une attention mécontente la bizarre déclaration des principes de Montéclain , et son visage s'était encore plus assombri lorsqu'il lui avait si

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nettement dit sa haine pour Léona et ses projets contre elle.

— Je vous écoute, dit-il froidement à Montéelain.

— Voici donc ce qui arriva.

L'empereur nomma une commission pour examiner les comptes de monsieur Van Marken, et il fut glissé dans l'oreille du président de cette commission que s'il était fort nécessaire de voir dans les affaires du fournisseur, on devait être très-myope pour les officiers complices. 11 résulta de cette justice mixte que rien ne dut être examiné à fond, et que le président de ladite commission, le vertueux Montaient put marcher à son aise dans toutes ces fanges d'écus qu'il avait à remuer.

• — Pensez-vous qu'il en profita ?

— Personnellement, non; mais il en fit profiter la vieille amitié qu'il avait retrouvée à Cologne. Monseigneur Annibal de Rudesgens, amoureux de la fille Arthémise Van Marken, voyait avec désespoir la ruine de ses amours dans la ruine du fournisseur. Le marquis ruiné voulait redevenir riche; la fille riche voulait devenir marquise. Montaleu, qui était le président de cette commission nommée pour purger Van Marken de ses trésors, s'ingénia si bien, qu'il trouva des contrats de mariage inconnus, des apports imaginaires venant de l'épouse décédée de Van Marken, et constituant à la fille une fortune indépendante des richesses volées par monsieur sou père, de façon que le fournisseur, dépouillé jusqu'aux os, disparut dans un terrier des prisons de Cologne, tandis que la belle Arthémise demeurait à la surface du sol toute rayonnante de ses millions volés et légitimés à la fois. L'empereur eut bien quelque idée de cette transaction, mais monsieur le marquis de Rudesgens épousait, il reconnaissait l'empire, il prêtait serment à la majesté illégitime. On persuada à l'empereur que cet Annibal valait cela : l'aigle abaissa ses paupières sur la foudre de son regard, et ce fut une affaire conclue. Saviez-vous tout cela, colonel ?

— Ce n'est pas cela qui m'intéresse dans cette affaire, vous devez le savoir. L'origine de la fortune de monsieur de Rudesgens importe peu à ce qui me concerne.

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— Erreur énorme! colonel, erreur que vous reconnaîtrez tout à Tlieure, et qui vous pousserait à faire fausse route, si je ne vous éclairais sur les défilés très-compliqués de cette très-simple histoire.

— Je vous écoute, reprit le colonel.

— Remarquez bien , dit Montéclain en goûtant du bout des lèvres une tasse de thé , que je raconte dans ce moment l'extérieur des choses, je vous montre la façade du monument, nous y pénétrerons plus tard. Or, pendant que L'honorable monsieur de Montaleu accommodait un si riche mariage à son ami Rudesgens, il cultivait, pour son propre compte, une passion amoureuse de premier ordre. Il avait rencontré, de l'autre côté du Rhin, une jeune belle tille, fort enthousiaste, très-rêveuse...

— Prenez garde, dit Thomas d'un ton ferme et grave, prenez garde, vous parlez de ma mère!

— J'attendais cette observation, repartit Montéclain avec un sourire ironique, et je l'accepte; seulement, colonel, ne l'oubliez pas, à la fin de notre conversation. Dans toute explication, j'accepte les limites qu'on me propose, comme dans tout duel les armes qu'il plaît à mon adversaire de choisir. En m'avertissant d'être circonspect envers vous, vous vous obligez à l'être envers moi. Ne l'oubliez pas...

— A quoi tend cette recommandation?

— Vous le venez, dit Montéclain ; je vous l'ai dit, vous ne pourrez sortir de chez moi que comme un frère ou un ennemi.

Thomas parut surpris et répéta encore une fois :

— Je vous écoute.

— .Monsieur de Montaleu rencontra donc mademoiselle Sophie Muller, belle, pauvre, et assez peu protégée par un père plongé dans la plus honteuse débauche. Monsieur de Montaleu séduisit mademoiselle Sophie Muller, et...

— En lui promettant de l'épouser, reprit le colonel d'une \ci\ tremblante de colère, car sans cette parole à laquelle il a manqué, l'infâme, jamais ma mère, ma pauvre et noble mère, n'eût cédé à ce misérable! Mais continuez, monsieur, continuez!

— Non, non, dit Montéclain. achevez l'histoire, vous

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la savez d'une autre façon que moi... c'est à vous à m'éclairer.

— Oseriez-vous nier que monsieur de Montaleu eût promis à ma mère de l'épouser?

— Je ne dis pas cela... vous le savez. Je ne conteste rien...

— Mais enfin pourquoi ce silence maintenant?

— Parce que vous n'êtes pas calme, colonel, parce que si nous discutons encore cinq minutes sur ce ton, il faudra nous couper la gorge dans quelques heures. .. parce que je ne veux pas livrer, moi, ajouta-t-il en accentuant ses paroles, ce qui peut me compromettre dans ce secret à un homme que je m vois pas disposé à faire une légitime compensation de tous les torts de chacun.

— Vous faites-vous le défenseur de monsieur de Montaleu ?

— Dieu m'en garde; mais qui sait si tout à l'heure je n'aurai pas à vous parler de quelqu'un qui peut-être aussi a eu des tort graves dans cette affaire et à qui je ne permettrai pas qu'on applique les épithètes d'infâme et de misérable?

— Parlez donc, monsieur, dit le colonel, je serai calme.

— Il e.-t probable, comme vous le dites, que monsieur de Montaleu employa dans la séduction cette banale promesse de mariage que celles qui l'éeoutent acceptent trop souvent comme une excuse à leur propre faiblesse, plutôt que comme une espérance sérieuse. — Ne frémissez pas d'impatience, colonel; il faut, pour que justice soit faite, que toutes choses soient mises à leur véritable place.

— Continuez donc, dit Thomas, et ne vous arrêtez plus. S'il faut que je boive le calice jusqu'à la lie, ne me le distillez pas goutte à goûte dans le cœur.

— Soit et finissons-en avec les faits. Au bout de quelques mois, Sophie Muller portait la peine de sa confiance dans monsieur de Montaleu , et elle allait apprendre à son séducteur qu'elle était destinée à devenir mère, lorsque celui-ci l'abandonna brusquement sans daigner lui apprendre autre chose que ceci : c'est-à-dire qu'il savait l'indignité^ de sa conduite, et qu'il ne voulait pas des faveurs qu'on

avait prodiguées à d'autres, et qu'on partageait encore entre plusieurs.

— Oui, c'est vrai, reprit le colonel avec une sourde colère, il lui écrivit cela, le misérable, et il abandonna ma mère.

— 11 fit plus, il quitta le pays ; l'empereur venait de l'appeler au conseil d'Etat, et il partit.

— Laissant derrière lui une pauvre femme dans la misère et le déshonneur.

— Tout cela est très-vrai, colonel ; mais vous savez quelle fut la cause de cet abandon.

— Oui, je le sais. Un jour, avant qu'elle connût monsieur de Montaleu, un jour où l'inconduite du père de ma pauvre mère l'avait réduite à la dernière extrémité, à un moment où cet homme lui prenait le fruit du travail de ses jours et de ses nuits pour le dévorer en débauches honteuses, un homme inconnu se présenta chez elle et lui proposa, ce qu'elle devait considérer comme une fortune, dix mille francs, si elle voulait se prêter au salut d'une autre femme cruellement compromise. Ma mère accepta ; elle fut conduite dans une maison obscure où se trouvait une femme qui venait de mettre au jour un enfant, une fille. Lu récompense proposée ne devait lui appartenir qu'à la condition qu'elle prendrait cette tille, et que pour écarter toute espèce de soupçon, elle la présenterait au magistrat comme née d'elle-même et d'un valet appelé Joseph Miras.

— C'est bien cela, colonel, vous êtes bien informé, et l'acte de naissance de celte fille, nommée Gertrude, porte bien qu'elle est née de Sophie Muller et de Joseph Miras. Toutes les précautions furent prises pour assurer l'authenticité de cet acte.

— Ce fut la misère, monsieur, la misère la plus affreuse qui poussa ma mère à celte action désespérée où elle vendait son honneur pour un morceau de pain.

— Je n'accuse ni ne blâme, colonel, dit Montéclain avec une certaine émotion; je vous l'appelle les faits, attendu qu'ils doivent être parfaitement établis entre nous avant que nous discutions ce que nous devons être l'un pour l'autre.

— Je crois que nous n'avons plus rien à nous apprendre.

— Pardon, colonel, plus que vous ne le pensez. Monsieur de Montaleu fut, à ce que vous dites, bien coupable vis-àvis de votre mère ; mais il est juste de reconnaître qu'il était difficile de ne pas croire à de pareilles preuves, à de tels témoignages de culpabilité.

— Ma mère était innocente, monsieur, fit le colonel.

— Oui, colonel, elle était plus qu'innocente; car elle exécutait fidèlement le pacte pour lequel on l'avait achetée. Elle faisait élever cette Gertrude, et cette prétendue mère rencontrait souvent chez la nourrice, où elle l'avait déposée, le prétendu père de cette orpheline. Maintenant, comprenez-vous que monsieur de Montaleu ayant connu cet acte de naissance, ayant appris les assiduités de mademoiselle Muller chez la nourrice, ses rencontres fréquentes avec l'homme dont elle avait attesté et signé les titres à son intimité, n'eût pas lieu de croire qu'il avait été trompé par une habile intrigante, et ne se crût pas autorisé à rejeter sur un premier amant la paternité nouvelle qu'on lui attribuait ?

— Mais ma mère lui a écrit tout cela, monsieur, il le sait.

— L'auriez-vous cru à sa place ? Et si à l'heure où nous sommes, vous ne saviez pas la faute de Léda, la complicité d'Hector de Montaleu; si vous ne saviez pas surtout quelle main implacable, perfide, acharnée, a dirigé l'accusation portée contre madame de Honrion ; si vous aviez été épris d'elle; si elle n'était pas protégée par sa vertu passée, par sa position, par sa liberté même; si enfin, en vous cédant, elle vous eût donne le droit de croire qu'elle n'était pas au-dessus d'une faiblesse, dites-moi, ne l'auriez-vous pas crue coupable et ne vous fussiez-vous pas détourné d'elle avec mépris.

— Mais ma mère s'est justifiée, monsieur.

— Sans preuves, en disant ce qui était vrai et ce qui n'était pas croyable... Mais il y a une autre chose qui aujourd'hui est de toutes la plus importante. Lorsque mademoiselle Muller vous eut donné le jour, le véritable père de l'enfant qui lui avait été confiée, craignant qu'elle ne l'abandonnât

pour ne penser qu'à son fils, voulut constituer une fortune à cette enfant; un acte fut dressé à cet effet; une somme de cinquante mille francs fut destinée à lui servir de dot le jour où elle serait mariable. C'est avec le produitde cette somme que vous fûtes élevé, ainsi que celle qui s'appelait alors Gertrude, jusqu'au jour où commençait pour vous et pour elle, une carrière nouvelle.

Montéclain s'arrêta, et regardant le colonel, il lui dit :

— Eh bien, colonel, suis-je parfaitement informé? y a-t-il quelque circonstance que j'ignore?

Thomas, qui, tout en écoutant, avait eu le temps de contenir ses émotions, de maîtriser ses impatiences, de préparer ses réponses, se détourna du regard inquisiteur de Montéclain, et lui dit :

— Tout ce que vous venez de raconter est exact, il me reste à savoir quel intérêt vous a poussé à découvrir de pareil- secrets, et pourquoi vous paraissez disposé à vous en servir contre quelques-uns de ceu\ qu'ils concernent.

— Colonel, dit Montéclain, nous ne jouons pas de la même manière, je vous montre tout ce que j'ai en main ou h peu pies; vous ne m'avez pas encore dit un mot de ce que vous savez ou de ce que vous comptez faire.

— Monsieur de Montéclain, repartit le colonel avec hauteur, puisque vous en savez tant, vous devez comprendre que je viens ici pour venger l'honneur de ma mère, et que j'ai le droit de le faire.

— Sans doute, mais je vous demande, moi, comment vous prétendez le faire?

— C'est mon secret.

Un mouvement de colère brilla dans les yeux de Montéclain.

• — Regardez bien ce salon, colonel, lui dit il, et sachez une cho.,e : c'est qu'à cette même place , entre ces quatre murs qui entendent la confidence que je viens de vous taire, je suis homme à vous déclarer en face que j'ignore parfaitement qui \<ms êtes, que je suis homme à détruire d'un mot les preuves de l'innocence de votre mère, preuves que vous êtes venu chercher dans ce pays.

— Est-ce bien monsieur de Montéclain qui me parle ainsi?

— Lui-même qui parle ainsi à l'homme qui lui a laissé dire tous ses secrets et qui garde si soigneusement les siens.

Le colonel rougit; mais il répliqua aussitôt :

— Notre position esl-elle pareille, monsieur?

— Quand votre confiance aura été pareille à la mienne, je répondrai à cette question.

— Puisque vous savez tant de choses, vous savez aussi sans doute sur quoi se fonde mon espérance?

— Eh bien, oui, colonel, je le sais. L'acte qui constituait une fortune à cette Gertrude renfermait un papier scellé qui devait lui être remis le jour de son mariage ou de sa majorité. Ce papier, quoiqu'il ne fut pas destiné à cela , renferme la justification complète de votre mère. Vous voyez que je sais tout.

— C'est vrai , monsieur, et vous savez par conséquent, je le suppose, que cette Gertrude...

— N'est autre que Léona... qui, possédant cette déclaration depuis plus de dix ans , ne vous a averti de son existence que depuis quelques mois.

— En vérité , monsieur, dit Thomas , ceci me passe ; comment se fait-il que vous puissiez être si instruit?

— C'est mon secret... Mais ce papier, vous, monsieur, le connaissez-vous? l'avez-vous vu?

— Jamais...

— Savez-vous ce qu'il contient ?

— Non.

— Savez-vous comment et par qui il peut être expliqué?

— Ce sont là des renseignements que j'attends de Léona et qu'elle seule peut me donner, sans doute.

— Peut-être, colonel... Mais vous saviez quelque chose qu'elle ignorait et que vous ne me dites pas. * Le colonel se mit à marcher avec impatience dans lei salon, puis, après un moment de réflexion, il revint à Mon-i téclain :

— Sommes-nous amis ou ennemis, monsieur? lui dit-il en lui tendant la main.

— Je vous ai dit, colonel, que c'est là une question qud

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nous ne pourrions décider l'un et l'autre que lorsque nous innis serions tout dit. J'ai commencé; j'attends que vous imitiez mon exemple.

— 'Que désirez-vous dune savoir?

— En vous le demandant, colonel, ce serait vous ôterle mérite de votre franchise.

— Eh bien donc, reprit Thomas, j'ignore ce qu'il en arrivera, mais je vous préviens que si vous êtes homme à nier ce que vous m'avez dit, je ne suis pas homme à laisser la vie à celui qui aurait surpris un secret pour en abuser.

— En vous demandant, il y a quelques jours, un service qui vous acquittait envers moi de celui que je vous avais rendu à Constantine, j'ai prévenu vos voeux... j'ai voulu vous rendre libre envers moi comme je le suis envers nous... Parlez donc.

Le colonel avait pris haleine comme quelqu'un qui xa avancer une énormité, et il dit en regardant Montéclain d'un air inquiet :

— Je soupçonne madame de Rudesgens de ne pas être étrangère à la naissance de Léona.

— J'ai aussi cette pensée, repartit Montéclain en souriant. .Mais, dites-moi, comment vous est-elle venue?

— D'un mot jeté dans une conversation, d'une de ces histoires qu'on répète dans le inonde, et qui y passent durant dix ans sans éveillei l'attention de personne, jusqu'au jour où quelqu'un devine sous des paroles frivoles le terrible secret qu'elles enfermentjg

— Voyons, dit Montéclain.

— Je vais vous répéter la chose comme elle s'est passée, el vous comprendrez aisément que cette anecdote soit devenue pour moi le commencement d'un soupçon, que le trouble de madame de Hudesgcns a changé aujourd'hui ci: certitude. C'était, il \ a peu de temps, en Afrique; je dînais avec quelques officiers et Brias...

— Bien, dit Montéclain; je ne connais pas d'envieux et de méchants qui aient jamais fait tant de mal avec les calculs les plus habiles que ce garçon avec son indiscrétion.

— On causait comme d'habitude, et la conversation courait sur mille de ces aventures sans nom dont la plupart

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arrivent à la célébrité, arrangées et embellies par l'esprit du conteur, lorsque Brias nous en annonça une toute neuve, toute récente et d'une vérité toute naïve : «Je dînais, nous dit-il, chez Cbampmortain avec le nonce du pape, l'ambassadeur de Prusse, celui d'Espagne et quelques autres. Nous avions pour convive le cardinal de Lampierri, l'un des hommes les plus éminents de Rome, que l'empereur avait particulièrement distingué, et auquel, quoique tout jeune alors, il avait donné en 1811 une cure à Cologne. Malgré la présence des deux Eminences, on racontait, comme aujourd'hui, beaucoup de scandales secrets, lorsque Champmortain se prit à dire :

« — Je suis sûr que malgré toute notre prétendue science du cœur, des choses, des hommes et de la société, ces messieurs (il parlait du nonce et du cardinal) doivent sourire de pitié. Que de secrets, que de fautes, que de crimes même dont eux seuls ont reçu la confidence dans le confessionnal! Le cardinal sourit.

» — Mais, m'écriai-je (c'est toujours Brias qui parle), comment faites-vous pour vivre avec cette funeste et désolante connaissance du monde et de l'homme? Il y a de quoi désoler le cœur le plus ferme.

» — Nous oublions beaucoup, me répondit le cardinal, et de toutes les confidences que j'ai reçues durant un long ministère, c'est à peine si je pourrais en dire quelquesunes, si toutefois raconter nous était permis. Une seule, ajouta-t-il, m'a laissé dans l^mémoire un souvenir ineffaçable, parce que d'abord c'était la première fois que je m'asseyais au tribunal de la pénitence et qu'elle surprit étrangement ma jeunesse et cette ignorance où j'étais des crimes et des fautes que i enferme le monde sous ses brillantes apparences.

» — Qu'était-ce donc? reprit toute la table.

» — Ah ! mon Dieu, fit le cardinal avec une certaine négligence, un aveu qui m'a tant de fois été répété que maintenant je le trouve fort ordinaire... C'était tout simplement une jeune fille qui, sur le point de se marier, m'avoua qu'elle n'avait plus le droit de porter à l'autel le bandeau virginal si cher à son futur, et qu'elle avait su cacher, avec

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une habileté qui m'épouvanta, le fruit d'une faiblesse coupable.

» Cette révélation fort insignifiante, dit Brias, fut bien vite oubliée, et certes ce n'est pas là qu'est le piquant de l'aventure. »

— Cette révélation racontée par Brias, reprit le colonel, en interrompant le récit qu'il faisait de celui de Brias, cette révélation, dis-je, m'avait frappé, moi. Le cardinal Lampierri avait été curé à Cologne sous l'Empire, et vous devez comprendre quel intérêt prenait pour moi une anecdote où je croyais déjà entrevoir quelque ressemblance avec celle qui m'avait fait une si misérable position. Je suppliai Brias de poursuivre, et il continua ainsi :

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