‹ JulieChapitre 43 sur 62 · JUL1L · texte numérisé non relu

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seul; si les autres vous en demandent une, c'est à moi de juger si tous devez la leur donner.

Champmortain, Brias et monsieur de Rudesgens se regarde] ont encore comme pour se demander ce que signifiaient l'emportement de monsieur de Montaleu et la justification d'Hector. Julie resta immobile, sans sa\ oir comment le malheur pouvait lui venir, sans deviner un seul des perfides calculs de Léona. Elle comprit seulement qu'un coup terrible la menaçait; elle attacha un regard ardent sur Hector ; mais il ne baissa pas les yeux, il ne se troubla pas cette fois : son front comme son cœur s'étaient bronzés aux leçons de Léona.

— Dites-moi, messieurs, fit tout à coup monsieur de Montaleu en souriant amèrement, dites-moi ce que vous étiez venus faire dans cette maison"? Parlez, je vous prie.

— Nous étions venus, répondit monsieur de Rudesgens d'un ton sec, nous étions venus porter à madame de Monrion le témoignage de nos regrets, de notre estime et de notre respect.

— Et en vertu de quoi, messieurs, .avez-vous fait cette solennelle ovation à madame de Monrion?

— En vertu d'une lettre que j'ai vue de mes propres yeux, dit Brias avec fermeté; que Champmortain a vue comme moi, et qui a été remise devant nous au colonel Thomas Rien.

= Vraiment, repartit monsieur de Montaleu avec le même ton plein de sarcasme, et par qui était écrite cette lettre ?

— Par celle a qui appartient l'enfant recueilli à Saint- Faron, par la malheureuse femme du fermier Bricord.

— En vérité? reprit encore monsieur de Montaleu, et connaissez-vous l'écriture de cette malheureuse ?

Brias et Champmortain se regardèrent, et Brias fut obligé de répondre :

— Il est vrai que nous ne connaissons pas cette écriture, mais Montéclain nous a affirmé...

— Ah ! dit monsieur de Montaleu avec dédain, Montéclain vous a affirmé... et sur l'affirmation de monsieur de Montéclain, de cet homme qui s'est fait toute sa vie un jeu

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de l'honneur des femmes, de cet homme qui n'a jamais mis de frein à ses passions, de cet homme dont j'ai dénoncé la vie à tous ses concitoyens, de cet homme qui m'a menacé (levant vous de se venger de la justice que j'avais faite de lui ; sur l'affirmation de cet homme vous avez cru à la véracité de celte lettre!

— Quoi ! s'écria Brias, devez-vous supposer que c'est une invention?

— Je l'affirme et je le jure, dit Hector de Montaleu d'une voix ternie et claire.

Cet homme n'avait plus ni trouble ni hésitation; il avait été, pour ainsi dire, passé et trempé au feu de l'enfer.

— Ainsi, fit monsieur de Rudesgens, cette lettre serait fausse !

— .Mais quel intérêt Montéelain avait-il à perdre cette misérable femme? dit Champmortain.

— Ce n'es! pas elle qu'il (allait perdre, reprit monsieur de Montaleu; c'était le vicomte de .Montaleu, c'était mon neveu, c'était l'héritier de mon nom, c'était lui qu'il fallait déshonorer à défaut de moi, c'était lui que Montéelain voulait frapper, dans sou impuissance à m'atteindre.

— Mais à qui appartiendrait donc cet enfant? dit monsieur de Hiu levons.

— Demandez, repartit monsieur de Montaleu en jetant un regard plein d'indignation et de mépris du côté de Julie, demandez à celle qui l'a caché dans le hameau de Saint-Faron, à celle# qui seule a été le voir, à celle que nous j avons rencontrée, à celle qui y retournait encore ce matin.

Ct les yeux se tournèrent vers Julie. Elle était immobile, muette; elle regardait et elle écoutait comme si tout ce qui se disait devant elle n'eût pas été sa condamnation. 11 n'y avait pas de désespoir dans ce silence, il n'"j avait qu'un étonpemenl inouï. A ce moment, Julie se demandait certainement si elle n'était pas en proie à un rêve abominable, ou si elle n'avait pas perdu tout d'un coup la mémoire et la raison.

— Mais, reprit monsieur de Rudesgens avec le ton d'un homme qui recule devant une conviction qui le domine

et qui le blesse, mais quel serait donc le père de cet enfant ?

— Allez le demander, repartit monsieur de Montaleu d'une voix stridente, à celui qui allait le visiter en secret, à celui que nous y avons rencontré, à celui qui, dans le moment où je vous parle, le cache dans son château. Allez le demander au défenseur généreux de madame de Monrion, allez le demander à Montéclain.

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