‹ JulieChapitre 44 sur 62 · TERRIBLES PAROLES · texte numérisé non relu

TERRIBLES PAROLES

Ainsi se développait le système que Léona avait enseigné à Hector et que celui-ci, tout inspiré des leçons perfides de celte femme, avait à son tour persuadé à monsieur de Montaleu. Déjà l'incertitude avait pénétré dans l'esprit de Champmortain, de monsieur de Rudesgens et de Brias. Julie ne sortait pas de son silence et de son immobilité, son regard demeurait invinciblement attaché sur Hector. Brias se tourna vers elle :

— Madame, lui dit-il, vous avez entendu?... Julie ne lui répondit pas.

— Madame, reprit Champmortain, tout cela n'est pas vrai, n'est-ce pas?

— Laissez... laissez continuer monsieur de Montaleu, répondit-elle d'une voix brève et sifflante.

— Je pense en avoir assez dit, reprit celui-ci, pour que vous compreniez...

— Non, dit Julie avec un sourire effrayant, vous ne m'avez pas encore expliqué pourquoi Léda a disparu...

— Ceux qui l'ont si souvent fait demander à la ferme pourraient nous expliquer cela mieux que ceux qui ne se sont pas occupés d'elle, repartit monsieur de Montaleu.

— Ah ! fit Julie, bien ; et comment expliquerez-vous l'assassinat du colonel Thomas Rien ?

— Celui qui lui avait remis une lettre supposée devait vouloir la lui arracher à tout prix.

— Et il l'aurait fait par un assassinat? s'écria Brias.

— C'est lui, dit Hector, ou c'est moi... choisissez ! Pour la première fois Julie détonnri ses veux d'Hector pnnr

regarder l'un après l'autre monsieur de Rudesgens, Brias et Champmortaia ; mais toustrois hésitèrent devant celte audace incroyable. Peut-être leur conviction était-elle encore incertaine; mais combien peu d'hommes eussent ose prendre la responsabilité du terrible choix qui leur étail offert, surtout dans nue affaire où ils n'avaient ni les uns ni les autres un intérêt direct !

Julie leur laissa le temps de repondre. Puis, lorsqu'elle les vit se renfermer dans leur silence, elle se leva, alla droit à monsieur de.Montaleu, et lui dit d'une voix solennelle :

— Adieu, monsieur; la malédiction du ciel est sur votre maison... Et vous, messieurs, ajouta-belle en se tournant fers les antres, n'accusez que vous-mêmes des malheurs inévitables qui vous frapperont, vous et les vôtres*.-. Adieu!

— Des menaces! s'éeria monsieur de Montaleu avec colère.

Julie s'arrêta ; la force surhumaine qui l'avait soutenue jusque-là parut prête à tléclur. Elle crut un moment pouvoir entrer dans la discussion des mille circonstances fatales qu'on venait d'accumuler contre elle; mais elle comprit qu'elle y perdrait l'énergie désespérée qui l'avait empêchée de se tordre en cris, en larmes, en sanglots; elle ne voulut pas donner encore une fois à monsieur de Montaleu le >pectacle de celle douleur qui l'avait déjà justifiée, et elle allait sortir de l'appartement, lorsqu'un domestique annonça monsieur le marquis de .Montéclain.

— Montéclain! répétèrent ensemble tous ceux qui étaient présents.

— Lui! s'écria Julie en l'apercevant. C'est bien, mou Dieu, c'est bien! ajouta-t-ellè en reculant jusqu'au fond de sa chambre.

Pendant ce temps, Montéclain s'avançait pâle, l'œil étin- < elant, mais calme et maitre de lui. Julie tomba sur un i reprit son immobilité. On eût dit que, spectatrice insensible de ces terribles scènes, elle reprenait tranquillement sa place pour le- voir se développer devant elle. A ce

moment, une seule et fatale pensée occupait cet esprit désolé. Quelque chose de cruel s'était glissé dans cette àme si naïve et si pure, un sentiment inconnu avait fait tressaillir ce cœur; la méchanceté humaine avait inspiré à cet être tout formé par le ciel de honte et de candeur de se dire en elle-même : « Moi aussi, je serai implacable; moi aussi, je me vengerai. »

Ainsi la calomnie, qui perd les faibles en les écrasant sous la honte qu'elle leur jette, perd aussi quelquefois les forts et les justes en leur inspirant la colère et la vengeance.

Cependant monsieur de Montaleu s'était écrié à l'aspect de Montéclain :«

— Vous ici, chez moi, monsieur! qu'y venez- vous faire"?

— Il y a dans ma maison, répondit Montéclain d'une voix parfaitement calme et sereine, il y a chez moi un homme qui touche à ses derniers moments, et qui a besoin de vous parler, monsieur de Montaleu. Cet homme m'a chargé de venir vous demander cet entretien. Voilà pourquoi je suis

— Quel est cet homme ? dit monsieur de Montaleu.

— C'est le fils de Sophie Muller, répondit Montéclain.

— Le fils de Sophie Muller ! répéta le vieillard ; je ne veux pas le voir.

— C'est bien, reprit Montéclain, j'ai accompli la mission dont je m'étais chargé. Vous entendez tous, messieurs, que monsieur de Montaleu refuse l'entretien que lui demande à l'heure de mourir l'homme qui m'envoie ici...

— Il suffit, monsieur, repartit le marquis en faisant un geste qui ordonnait à Montéclain de se retirer.

— Pardon, monsieur, dit froidement Montéclain; mais dans cette chambre je suis chez madame de Monrion plutôt que chez vous, et j'attendrai ses ordres pour la quitter.

— Vous vous trompez, monsieur, lui dit Julie, je ne suis pas chez moi.

— Ah! fit Montéclain en souriant dédaigneusement, le crime est donc accompli...

— .Monsieur, dit monsieur de Montaleu qui frémissait de colère, vous oubliez que vous êtes chez moi!

— Non, monsieur le marquis, répondit Montéclain en s'inclinant, c'est pour cela que je vous demande la |>ci mission d'adresser une seule question à monsieur de Brias et à monsieur de Champmortain.

— Hàlez-vous donc, dit monsieur de Montaleu, et ne rue donnez pas le temps de me souvenir que vous avez insolemment (liasse mon neveu de chez vous.

Montéclain s'inclina de nouveau, et se tournant ensuite vers Brias et Champmortain, il leur dit :

— M'avez-vous tenu la parole que vous m'avez donnée hier, messieurs?

— .Nous sommes venus pour cela, repartit Brias d'un ton triste et embarrassé ; mais monsieur le marquis de Montaleu vient de nous révéler de si singulières circonstances...

— Vraiment! dit Montéclain en regardant Brias d'un air à la fois railleur et terrible ; et ces circonstances, elles vous ont fait hésiter, elles vous ont laissé un doute dans l'esprit?...

— .Mais... lit Brias.

— Dites-les à monsieur de Montéclain, s'écria vivement Julie en sortant enfin de cette résignation résolue où elle s'enfermait.

— C'est inutile, madame, reprit Montéclain, je les sais toutes. Je sors de chez madame de Rudesgens, où madame Léona Amab les avait racontées comme monsieur Hector de Montaleu les a racontées ici.

— Et vous avez osé entier dans ma maison ! dit monsieur de Montaleu.

— <>ui, répondit Montéclain, parce que je savais que vous étiez tous ici. et que j'ai à tous une promesse à vous faire. A vous d'abord, Brias, dit-il avec un accent qui lit tressaillir tous ceux qui l'écoutaient, à vous que j'ai voulu sauver, je vous promets la ruine. — A vous, monsieur de Rudesgens, le ridicule et le désespoir aussi. — A vous, Champmortain, le déshonneur et la mort peut-être. — A VOUS, monsieur de Montaleu, la honte (le votre passé, le remords de votre égoïsme. — Et à vous, vicomte Hector de Montaleu, je vous promets le bagne ou l'échafaud!

A cette terrible allocution, toutes les bouches s'ouvrirent pour la menace, toutes les mains semblèrent se lever pour

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écraser l'imprudent qui venait braver tous ces hommes... Mais Montéclain resta calme, fier, superbe; et soit que son regard intimidât les plus résolus, soit que la position fausse où chacun de ces hommes se trouvait les avertit que Montéclain pouvait tenir ces menaçantes promesses, tous s'arrêtèrent pendant qu'il s'avançait vers madame de Monrion et qu'il lui disait :

— Et à vous, madame, je vous promets la pitié, le respect et l'admiration du monde.

— J'ai besoin de plus que cela, lui dit Julie en se levant et en lui tendant la main.

— Ah ! lui dit Montéclain doucement, vous n'avez pas besoin de vengeance, vous.

— Non, monsieur, lui répondit-elle en rougissant ; mais j'ai besoin d'un asile.

— Venez donc, madame, repartit Montéclain, et celui que je vous ouvrirai, si modeste qu'il soit, sera plus sacré que ce château où l'on vous a deux fois laissé insulter.

Aussitôt il prit la main de Julie et passa avec elle entre tous ces hommes qu'il venait d'insulter. Chacun lui dit en passant le mot provocateur qu'exigeait l'outrage qu'il avait reçu ; mais Montéclain dédaigna de répondre jusqu'au moment où, arrivé près du seuil, il se retourna et leur dit :

— Messieurs, celte journée vous appartient encore. Réfléchissez... J'attendrai vos excuses jusqu'à ce soir... mais demain...

— Demain, dit Hector avec fureur, vous aurez à me rendre compte de vos outrages.

— Demain, repartit Montéclain, je laisserai faire la jus-1 tice; demain, il sera trop tard pour vous tous. Adieu*

LE CHATEAU DE MOiSTl'U.AIN

Le colonel Thomas était couché dans une vaste chambre du château de Montéclain, Bricord était assis au chevet dd son litj au pied duquel se tenait Aly-Muley.

Le fermier et le soldat se regardaient tous deux, comme s'ils se fussent communiqué, de cette façon, des pensées qu'ils ne pouvaient se dire tout haut. Montéclain, soucieux, agité, se promenait dans cette chambre. Une croisée, voilée d'épais rideaux verts, éclairait à peine cette immense pièce, toute tendue d'étoffes sombres, et un silence profond régnait entre ces quatre hommes. Tout à coup Bricord et Aly-Muley se lovèrent par un mouvement simultané, comme si dans le muet langage de leurs regards, ils eussent délibéré et arrêté un projet commun. Ils liront quelques pas pour sortir; Montéclain les arrêta.

— Où allez-vous? leur dit-il.

— Où je devrais être allé depuis longtemps, répondit Bricord. chez monsieur le vicomte de Montaleu.

— Et qu'iras-tu faire ?

— Ce que j'irai faire , maintenant que vous m'avez avoué la vérité, vous ne le savez pas?... j'irai lui demander raison...

— De quoi? dit froidement Montéclain.

— De quoi? s'écria Bricord; est-ce que vous voulez vous moquer de moi, monsieur le marquis, de me faire une pareille question?... Ce misérable n'a-t-il pas séduit ma femme ! ma femme, entendez-vous !

— Tu oublies que, dans le système que Léona a inventé, cette séduction est un mensonge inventé par moi et madame de Monrion ; tu oublies qu'il s'est donné de cette façon le droit de refuser.

— Ah ! qu'il ne me refuse pas, reprit Bricord, ou, sur mon âme, je le tuerai comme un chien...

— Des menaces, fit Montéclain, pour qu'on puisse dire que c'est moi qui t'ai poussé à les faire... Des violences que, dans la position qu'il s'est faite, il a le droit de repousser par tous Les moyens de défense... car, lorsque tu iras l'accuser d'être l'amant de ta femme, il te répondra que ce n'esl pas vrai.

— Mais je lui dirai...

— Que moi et le colonel nous t'avons affirmé l'existence de celte lettre où ta femme fait l'aveu de sa faute? mais

cette lettre,, ils la déclarent supposée... cette lettre, d'ailleurs, ne le nomme pas.

Bricord se frappa la tête avec désespoir et se laissa retomber sur son siège.

— Monsieur de Montéclain a raison, reprit le colonel, il n'est pas encore temps.

— Ah çà! s'écria Aly-Muley, il sera donc dit que les gueux, les voleurs, les canailles de toute espèce, auront le droit de marcher la tète haute, de taire toutes les infamies du monde, et que les honnêtes gens devront rester là tranquilles, la tête basse... sans souffler mot !... Non, sapredieu ! non ! Je comprends que vous disiez à Bricord qu'il n'est pas encore temps, mais, de par tous les diables ! personne au monde ne m'empêchera d'aller chez ce grand marquis, chez cette vieille cravate blanche, qui sait que son fils est ici avec une balle clans la poitrine, et oui le laisse là en disant : «Va, meurs, souffre, je ne m'en soucie guère...» Oh ! non, non ! j'irai lui dire son fait ! Une momie à qui le bon Dieu a fait cadeau d'un fils qui rendrait fier le roi de France et des Français, et qui le renie, et qui... Ah ! je vais lui en tailler une bavette !

— Reste, fit le colonel, reste. Ce n'est plus ainsi que jeveux me venger. Montéclain, vous me tiendrez votre parole; vous réparerez le mal qu'a fait votre père.

— Oui, dit Montéclain, et je vous remercie de ne pas l'avoir maudit.

— A l'heure où je suis, repartit Thomas, on ne maudit plus; on a trop besoin du pardon de Dieu pour ne pas songer à pardonner aux autres.

— Est-ce que vous soutirez davantage? s'écria Aly-Muley en se précipitant vers le lit.

— J'ai contrevenu aux ordonnances du docteur, dit Montéclain, en vous racontant tout ce qui s'était passé chez monsieur de Montaleu ; mais, à mon sens, il valait mieux vous porter ce coup que de vous laisser dans l'affreuse incertitude où vous étiez.

— Mais que prétendez-vous donc faire? reprit Aly-Muley.

— Le procureur du roi sera ici ce soir à neuf heures ; si ceux à qui je vais écrire ne me répondent pas comme je le

eux, sa mission sera terrible j s'ils obéissent encore à la voix de l'honneur, elle se bornera à punir ceux pour lesquels la justice humaine n'a pas de pardon. Et maintenant, veillez près du colonel. 11 est temps de prendre un parti.

Montéelain quitta la chambre après avoir serré la main au colonel, qui lui sourit avec confiance. Il rentra chez lui, et, quelques instants après, deux domestiques partirent à. cheval pour aller porter diverses lettres qu'il venait de leur remettre. Lui-même, il prit la direction de la ferme de Bricord.

Durant la scène qui s'était passée chez monsieur de Montaleu, Julie avait été soutenue par ce sentiment énergique que le malheur inspire aux innocents, et qui leur fait contempler avec un courage, désespéré tout ce que la méchanceté humaine a de plus affreux. Dans de pareils moments, l'âme arrive à un degré d'exaltation qui lui fait éprouver une sorte de joie insensée à voir s'accumuler toutes les accusations, tous les mensonges... C'est comme une soif insatiable de douleurs qui en appelle sans cesse de plus cruelles; le cœur rempli de désespoir semble crier : « Encore! encore! » et il arrive un instant où l'innoceut, frappé de tous côtés , vient volontiers en aide aux agresseurs et leur montre l'endroit qu'ils ont épargné. Mais quand ce violent éréthisme est passé , quand cet ardent besoin de mesurer dans toute leur horreur la bassesse et l'infamie des autres est apaisé, alors un abattement profond, un désespoir absolu succèdent à celle énergie d'un moment. Telle était la situation de Julie au moment où Montéelain l'avait conduite à la ferme en quittant le château de monsieur de Montaleu.

— Veuillez m'altendre là , lui avait-il dit, et bientôt je vous aurai donné, je l'espère, un asile digne de voxis.

Julie n'avait pas répondu; tout ce qu'elle avait de force pour ne point succomber en présence de ses ennemis l'avait abandonnée quand elle s'était trouvée seule avec celui qui la protégeait. Un reste de dignité l'avait empêchée de laisser éclater en sa présence ses larmes et ses cris. Elle ne voulait pas montrer à Montéelain toute la faiblesse de

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son àrae. Une secrète pudeur avertit les femmes qu'il est trop dangereux de dire à celui qu'elles aiment les douleurs auxquelles même ils sont étrangers. Presque jamais l'amant d'une femme n'est son confident. Mais dès que Montéclain se fut éloigné , dès que Julie resta seule avec sa douleur, elle put compter avec elle-même. C'était là un de ces terribles moments de la vie où les cœurs les plus nobles , les esprits les plus droits subissent de terribles atteintes. Le doute leur apparaît , et quelquefois ils crient comme le vaincu de Pbarsale : « La vertu n'est qu'un mot ! » D'autres fois , et ce danger est le plus grand de tous , avec le doute, la lassitude et le dégoût pénètrent dans ces âmes désolées. Après s'être dit : « A quoi bon la vertu ? » elles se disent : « A quoi bon la vie? » Bientôt Julie, épuisée de larmes, épuisée d'espérance, voulut s'arracher à la pensée de mourir qui s'était emparée d'elle.

L'infortunée rassembla tout ce qui lui restait de forces pour donner les ordres nécessaires à son départ. Elle venait d'envoyer chez monsieur de Montaleu, et avait fait demander sa voiture et ses chevaux pour partir à l'instant même ; elle voulait fuir à la fois ses ennemis et son protecteur, et celui-ci l'épouvantait peut-être plus que tous les autres. Mais ce n'était pas là un projet raisonné et formé dans un but déterminé. Elle fuyait instinctivement, comme l'enfant qui a pénétré dans une caverne, et qui, surpris par des murmures qui l'épouvantent, s'échappe précipitamment et ne s'arrête que lorsqu'il est assez éloigné de cet antre effrayant pour oser en regarder l'entrée et réfléchir à ce qui a pu lui faire peur. De même, Julie voulait se mettre à distance de tous ceux qui lui avaient fait du mal, quitte à s'arrêter ensuite, pour réfléchir et prendre un parti. La pensée de fuir la pressait et dominait toutes les autres; elle se sentait incapable de s'occuper d'elle-même tant qu'elle serait dans le pays où elle avait tant souffert. Elle attendait dans une impatience folle, lorsqu'elle vil entrer dans sa chambre la nourrice de Saint-Faron et l'enfant qui avait été pour elle l'occasion de tant de douleurs. Julie, à l'aspect de cette femme et de cet enfant, fut saisie d'un terrible effroi.

— nue venez-vous l'aire ici, malheureuse ? dit-elle à la nourrice.

— Je viens, lui répondit la pauvre femme, vous présenter, pour que vous le bénissiez, reniant dont vous avez eu pitié.

— Pour que je le bénisse, murmura Julie, moi! moi !...

Elle regarda un moment l'enfant. Arrachée soudainement par son aspect au désordre de ses terreurs, ramenée à la pensée du devoir qu'elle s'était imposé et qu'elle allait oublier, raffermie tout à coup dans la cause qu'elle était prête à déserter, elle prit l'enfant dans ses bras, et s'écria :

— Eh bien ! non, je ne l'abandonnerai pas !

A ce moment, elle était grande, elle était flère, elle était sublime.

— Qui donc vous a envoyée ici ? dit-elle à la nourrice.

— Moi, madame, fit Montéclain en entrant.

Julie poussa un cri et serra l'enfant sur son cœur, comme s'il eûl dû être un bouclier contre le trouble que lui apportait la présence do Montéclain; elle s'abritait derrière sa noble action pour résister à l'empire de celui qui en avait été le complice.

— Vous, monsieur, s'écria-t-elle, vous m'avez envoyé cet enfant ! et pourquoi?

— Je vais vous le dire, madame, répondit Montéclain en s'inclinanl devant elle.

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