I.i: CHATEAU ni: MONTÉCLAIN
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Etait-ce une prévention? était-ce un charme particulier attaché à Montéclain? ou plutôt n'était-ce pas ce sens exquis du coeur qui l'avertit de la sincérité des sentiments? Quoi que ce fût, des que Montéclain était devant elle, Julie se sentail comme entourée de respect, de bienveillance, de justice. Elle s'assit tenant l'enfant sur ses genoux, pareille
en ce moment, par sa beauté, par sa candeur, à la Vierge sainte à laquelle Aly-Muley l'avait comparée. Montéclain eut quelque peine à ne pas lui dire quil l'aimait et à ne pas l'adorer ; mais il n'était pas temps pour lui : il fit taire la vive émotion qui le troublait, et il reprit, les yeux baissés, tant il craignait de la voir si charmante et si belle :
— Je vous ai envoyé cet enfant, parce que sa vue seule pouvait vous rappeler tout ce que vous avez fait, et vous avertir de tout ce qui vous reste à faire. En effet, le cri de cette innocente créature a été plus éloquent sur votre cœur que ne l'eussent été mes raisonnements, mes protestations et mes prières. Me trompé-je, madame, en disant que je vous ai laissée perdue dans votre désespoir, doutant de tout en ce monde, et que je vous retrouve forte, résignée et résolue à combattre pour votre cause?
Julie rougit ; cet homme qui pénétrait si bien le seci'et de ses sentiments l'étonnait et lui faisait peur.
— Oui, monsieur, c'est vrai, lui dit-elle, je suis plus forte depuis que j'ai revu cet enfant, car je l'avais oublié, et vous m'avez rappelé que j'avais encore un devoir à remplir.
— Et je savais que vous l'accepteriez, ajouta Montéclain, et que vous l'accepteriez avec courage et orgueil.
— Je vous remercie, dit Julie confuse et tremblante.
— Mais croyez-moi, madame, reprit Montéclain, il n'y a pas une autre femme dans le monde à qui j'eusse osé envoyer pour consolation et pour espérance l'être qui a été pour elle l'occasion de tant de douleurs. Mille autres à votre place, innocente comme vous, calomniées comme vous, l'eussent maudit et repoussé. Mais vous, madame, vous l'avez pris dans vos bras, vous le tenez sur vos genoux, vous le pressez sur- ce cœur tout saignant encore des blessures qu'il vous a values; vous n'êtes pas seulement innocente et bonne, madame ; vous êtes grande et vous êtes sainte !
Julie frémissait sous la parole de Montéclain; ce langage, si flatteur qu'il fût, elle croyait à sa sincérité. La voix de Montéclain ne tremblait-elle pas? l'adoration ne brillaitelle pas dans ses yeux de l'éclat humide des larmes qu'il