LIE
réprimait à grand'peinc?Oh! qu'il eût été bien moins puistant, s'il eût parlé de son amour! Elle essaya de balbutier [uelques paroles, mais sa voix s'éteignit dans les pleurs qui a gagnèrent doucement ; et comme en baissant la tète pour [es dérober aux regardsïe Montéclain, ses larmes tombèrent sur le front de l'enfant qui lui souriait, elle les essuya avec ses baisers, comme si elle eiît effacé la trace d'im aven. VIontéclain se détourna, il sentait faillir en lui la résoluion qu'il avait prise de ne pas crier à Julie, du plus promu! de son âme : « Madame, madame, je vous aime ! »
Il y eut un court instant de silence, et Montéclain reprit snfin :
— Madame, merci à Dieu, et à vous, de ce que mon espérance n'a pas été trompée, de ce qu'un moment de calme v pu rentier dans votre âme, et me permet de vous dire ce pie vous n'eussiez peut-être pu entendre sans cela. Vous voulez fuir, madame, vous ne le devez pas.
— Je ne le dois pas, dites-vous, et que puis-je faire ici ?
— Attendre votre justification.
— Pour attendre, monsieur, il faudrait, dit Julie avec un uner désespoir, il faudrait que j'eusse un asile où m' arrêter.
— Celui-ci peut suffire à cette journée, madame, et ce soir vous en aurez un digne de vous, ou bien je vous aurai placée sous une protection que personne ne peut refuser.
e soir, madame, vous rentrerez triomphante et vénérée dans la maison de monsieur de Montaleu, ou bien vous jerez sous l'égide de la loi.
— Je ne rentrerai pas dans la maison de monsieur de Monlaleu, lui répondit amèrement Julie.
— Il vaudrait pourtant mieux qu'il en fût ainsi.
— C'est vous qui me dites cela, vous, monsieur, après les menaces que vous lui avez faites?
— Oui, madame ! c'est moi qui vous le dis; car de ces menaces, j'en tiendrai quelques-unes, je le jure; mais il en est d'autres dont je voudrais que le repentir des coupables me déliât.
— Ah! lit Julie en regardant doucement Montéclain, \ouï pardonneriez donc à ceux qui n'ont été que faibles ou trompés?
— On ne vous approche pas impunément, madame; on apprend avec vous des sentiments que l'on ne connaissait pas. L'homme qui se croyait fort, parce qu'il avait été implacahle, celui qui mettait sa gloire à ne laisser aucune attaque sans réponse, aucune injure sans vengeance, aucune faute sans châtiment, sait depuis quelques jours où est la véritable force, la vraie gloire et la vraie grandeur... Oui, je pardonnerai, madame, à votre exemple et à celui de Dieu, je pardonnerai à tous ceux qui, d'ici à ce soir, viendront me témoigner de leur repentir.
— D'ici à ce soir?
— Le terme ne peut être reculé ; un crime a été commis, le sang d'un homme a été répandu, celui d'une femme aussi, peut-être ; les magistrats sont avertis, j'ai dû le faire; ce soir, un procureur du roi viendra dans le pays porter le flambeau de la justice dans ce ténébreux dédale de crimes et d'intrigues. Malheur à ceux qui le laisseront arriver avant de s'être mis à l'abri de ses perquisitions derrière votre pardon... car alors tout sera dit. Une fois en présence du juge, je ne- mentirai pour rien, ni pour personne, je mettrai au grand jour les fautes des uns et les crimes des autres, et si la loi n'en frappe que quelques-uns, la honte du moins les atteindra tous.
— Oh! ils se repentiront, je l'espère, dit Julie comme si elle priait.
— Ange du ciel !. . . murmura tout bas Montéclain, qui ne t'aimerait pas !
— Vous disiez... fit Julie qui n'avait pas saisi ces paroles à peine articulées par Montéclain.
11 se remit de la nouvelle émotion qu'il venait d'éprouver et reprit d'une voix qu'il s'efforça de rendre calme :
— Je dis, madame, qu'il faut que vous veniez ce soir au château de Montéclain.
— Moi! s'écria Julie en tressaillant.
— Vous, madame.
— Chez vous, monsieur?...
— Madame, vous y trouverez pour vous recevoir, ou des amis à qui vous pourrez vous confier, ou un magistrat qui sera prêt à vous entendre.