‹ JulieChapitre 47 sur 62 · III ME · texte numérisé non relu

III ME

— Chez vous? répéta Julie.

— Chez moi, madame, et jamais cette demeure, où sont appendues à mes vieux murs les images de mes ancêtres, cette demeure où plus d'une reine de France a accepté l'hospitalité de mes aïeux, jamais cette demeure n'aura été plus honorée qu'elle le sera par votre présence.

Julie ne répondit pas; toute son âme tressaillait et la poussait à obéir en aveugle à cet homme dont la parole la charmait. Cependant elle s'épouvantait en pensant à ce que la calomnie avait fait de ses plus chastes et de ses plus innocentes actions; mais presque aussitôt elle s'indignait de ne plus oser avoir cette généreuse confiance qui ne lui eût pas permis d'hésiter quelques jours auparavant; elle tremblait aussi de faire injure à celui qui, sans la connaître, s'était dévoué à sa cause et à la cause duquel elle était désormais attachée. Elle restait devant Montéclain, la tête basse, la rougeur au front, la poitrine haletante. 11 comprit son hésitation.

— Faut-il que je vous dise plus? s'écria vivement Montéclain ; faut-il que je vous jure sur mon honneur de gentilhomme?...

— Non, dit-elle en se levant soudainement, j'irai.

— Oh! que Dieu vous remercie pour moi, madame, reprit Montéclain.

— Je ne vous ferai pas l'injure de vous dire, fit Julie en l'interrompant, que je suis une pauvre femme seule au monde, que je suis un pauvre cœur éperdu et qui ne sait (tins où est le bien et le mal; je ne vous dirai pas qu'il est facile de m'entrainer dans un piége où peut s'achever la perte de mon honneur... non, monsieur, je ne vous dirai pas cela... Je vous crois un honnête homme.

Montéclain mit un genou à terre devant elle.

— Merci, madame, merci, lui dit-il d'une voix exaltée et profonde.

Julie le regarda ainsi sans en paraître surprise ni alarmée, et continua ;

— Mais je vous dirai : Je suis à bout de forces, je ne supporterais plus, sans perdre la raison ou la vie, d'aussi poignantes émotions que celles que j'ai souffertes depuis quelques jours. Je ne voudrais pas recommencer la lutte

que je subis à cette heure même; épargnez-moi, monsieur, et quel que soit l'accueil qui m'attende chez vous... que ce soient des amis ou un magistrat qui doivent m'y recevoir, faites que j'en puisse sortir délivrée de l'horreur de toutes ces accusations.

— Je vous le jure, madame.

— Et maintenant, monsieur, j'irai... à mon tour, je vous le jure, j'irai.

— Merci, madame, merci encore, dit Montéclain en attachant sur elle un regard éperdu; je vais vous attendre... Oh ! reprit-il en se levant avec un mouvement fier et joyeux, ce n'est pas vous qui serez réhabilitée aujourd'hui, c'est moi, moi en qui vous aurez eu confiance , moi dont vous sanctifierez la demeure, moi que vous avez accepté pour défenseur, moi que vous avez élevé jusqu'à vous... Merci, madame, merci... je vous attends.

Il s'éloigna.

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