‹ JulieChapitre 58 sur 62 · DÉNOUAIENT · texte numérisé non relu

DÉNOUAIENT

Le magistrat qu'on avait annoncé chez Montéclain avait fait appeler près de lui tous les personnages de cette histoire qui se trouvaient au château. 11 prit place et se prépara à les interroger.

— Monsieur, dit-il à Montéclain, une lettre de vous est venue avertir les magistrats que monsieur le colonel Thomas Rien, peu d'heures après avoir quitté votre maison, avait été frappé d'un coup de feu; vous ajoutiez en même temps que, depuis quelques jours, une femme habitant ce pays avait tout à coup disparu. Vous avez appelé les investigations de la justice sur ces faits qui, si je dois en croire quelques expressions de votre lettre, ont entre eux une connexité que vous vous réservez de me révéler. Veuillez me dire tout ce qui peut m'éclairer à cet égard.

Montéclain allait répondre, lorsque le colonel prit aussitôt la parole :

— Pardon, monsieur, dit-il, j'ai déjà remercié, comme je le dois , monsieur de Montéclain de l'empressement qu'il a mis à faire rechercher l'auteur de la blessure que j'ai reçue. Son amitié pour moi, le vif chagrin qu'il a éprouvé de cet accident, l'ont per.-uadé un moment qu'il était le

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résultat d'un crime. Pour ma part, je suis convaincu qu'un misérable hasard a été seul cause de ma blessure.

Chacuuse regarda avec étonnement.

Muntéclain sourit à Julie et lui dit tout bas :

— Tout le monde se gâte à votre exemple, madame; il va aussi pardonner.

Julie ne répondit que par un signe, mais il disait l'intelligence de leurs âmes.

Le colonel continua :

— Je ne suis connu de personne dans ce pays ; je ne peux pas, je ne dois pas y avoir des ennemis. Ce crime ne serait donc que celui d'un misérable qui eût voulu me voler; on ne l'a pas fait.

— Mais comment, dit le procureur du roi, expliquez-vous alors ce coup de feu?...

— Je dois croire, et tout le monde ici doit croire comme moi, reprit le colonel, que quelque pauvre braconnier se sera imaginé abattre un cerf ou un sanglier, et qu'il aura tiré précipitamment; le hasard, plus que sa volonté et son adresse, aura fait que la balle m'a atteint... Mais quant à moi, ajouta-t-il, en regardant tout le monde d'une façon significative, je ne veux ni ne puis croire à l'intention d'un crime.

— Pensez-vous comme monsieur le colonel? dit le magistrat à Montéclain.

— Le colonel, répondit celui-ci en souriant, a rapporté de l'Afrique un dédain pour les balles qui lui a fait considérer ci mime un accident ce que, moi, j'ai regardé comme un crime. Je me suis trompé, j'en conviens, et l'on m'excusera d'avoir été trop vite alarmé, car ce sera toujours un bonheur pour moi que de reconnaître qu'en de telles affaires il n'y a de coupable que le hasard, et que la justice n'aura pas à inscrire un nouveau nom sur les listes fatales des condamnés.

— Pensez-vous ainsi, monsieur de Montaleu? dit le pro cureur du roi.

— Oui, répondit monsieur de Montaleu d'une voix mal assurée, je pense... je dois croire que le colonel qui sait la vérité... a raison de parler comme il l'a fait.

Puis, pendant que le magistrat prenait note de ces diverses réponses, le marquis de Montaleu dit tout bas à Thomas :

— Merci, mon fils, merci de votre générosité pour ce misérable.

— Il porte mon nom, mon père, fit de même le colonel.

— Je ne vois pas, dit le magistrat, que nous ayons à donner suite à cette affaire : il ne reste plus qu'à découvrir la malheureuse qui a disparu. Quelle est cette femme ?

— C'est, reprit Montéclain, la femme de l'un de mes fermiers.

— Je le sais; elle a quitté sa ferme il y a deux jours, et depuis on n'a plus entendu parler d'elle.

Ce qui eût été très-facile à expliquer, si l'on eut voulu tout révéler, devenait fort embarrassant du moment que l'on voulait épargner à Hector, c'est-à-dire au nom de Montaleu, le scandale d'une accusation infamante.

— Voyons, reprit le procureur du roi, sur qui portent vos soupçons ? est-ce un enlèvement, une fuite, une séquestration, un assassinat?

— Ce n'est rien de tout cela, dit Champmortain. Il n'y a pas trois heures que j'ai rencontré, dans la forêt, madame Bricord, très-tranquille et très-bien portante, et se dirigeant du côté de la ferme.

A cette réponse de Champmortain, Montéclain se leva avec inquiétude :

— Léda ! ... à la ferme ! . . . s'écria-t-il. Il appela.

— Où est Bricord?... demanda-t-il.

— Il n'est pas revenu au château, répondit-on.

— Quoi ! dit Montéclain à Julie, il ne vous a pas accompagnée?

— Il n'était plus avec moi quand je suis descendue de voiture.

— Et Aly-Muley?

— Il n'y était pas non plus.

— Oh ! les fous ! les insensés î s'écria Montéclain avec chagrin, ils auront fait quelque malheur...

Montéclain avait à peine prononcé ces paroles, qu'un

grand bruit éclata tout à coup, des voix tumultueuses retentissaient dans la cour du château ; on entendit s'ouvrir brusquement les portes du vestibule; des pas précipites traversèrent les premiers salons, et l'on vit enfin entrer Ah - .Mule y, pâle, bouleversé, les cheveux en désordre, l'œil égaré ; il se laissa tomber tout haletant sur un siège ; il avait du sang sur le visage et sur les mains.

— Tu es blessé? lui dit vivement le colonel.

— Oui... non, répondit-il brusquement, c'est mon sang... ou... c'est le sang des autres.

— Le sang de qui ? demandèrent à la fois le magistrat et Montéclain...

— Je vais vous le dire, fit Aly-Muley, dont les dents claquaient et dont tout le corps frémissait d'un tremblement convulsil'.

Tout le monde se pencha pour l'écouter. Aly continua d'une voix sourde :

— Nous venions de repêcher la pauvre femme...

— Quelle femme? dit Montéclain...

— Eh bien ! elle, la femme de Bricord... reprit Aly. C'est que vous ne savez pas. A peine avions-nous quitté la ferme pour suivre la voiture de madame la comtesse, que voilà Bricord qui s'esquive. Je m'imagine qu'il a oublié quelque chose chez lui, et je continue à suivre... Mais arrivé à vingt pas d'ici, je m'aperçois qu'il n'est pas revenu... Il n'y avait plus de danger pour la bonne dame que voilà... On était à la porte du château... Je m'inquiète de Bricord... et je retourne à la ferme. Je longeais la rivière, vous savez, audessous du moulin, dans l'allée des grands saules... Tout à coup. .. voilà quelque chose de blanc et de léger comme une ombre qui traverse la route à vingt pas devant moi... et puis... voilà que j'entends que ça tombe dans la rivière... Je cours du côté où j'ai vu passer l'ombre et où j'ai entendu le bruit... Bien... C'était uni comme une glace... Je n'étais pas là depuis une demi-minute que voilà Bricord qui arrive... 11 criait après sa femme... 11 criait après Léda... «Elle est là,» lui dis-je en lui montrant la rivière... Le pauvre Bricord s'y jette, va, revient, replonge, s'en va tout à fait; enfin je l'en relire, et puis après... elle aussi...

— Léda ! s'écrie-t-on de tous côtés.

— Oui; mais morte... finie... perdue... Elle était folle, à ce qu'il parait; mais elle avait vu son enfant... ça l'avait éveillée... alors elle s'était trouvée en face de Bricord... Alors... oh! elle ne le connaissait pas, la pauvre femme,, elle s'était imaginé que parce que c'était un soldat , un paysan qui ne savait ni lire ni écrire, il n'y avait pas làdessous un cœur... d'or. Oui... oui... fit Muley, brave comme un lion... bon comme tout ce qu'il y a de bon... Pauvre Bricord !...

— Continue, mais continue donc, s'écria le colonel.

— Enfin elle était repêchée, nous l'avions apportée dans la ferme. Alors Bricord se prit à la regarder d'un air si tranquille, que ça me fit venir froid. Nous étions tous là sans savoir où il voulait en venir, lorsqu'il me dit tout à coup de prendre son sabre et le mien. J'ai fait ce qu'il m'a dit. J'ai peut-être eu tort. Mais, voyez-vous, à ce moment je ne sais pas ce qu'il m'eût demandé que j'eusse pu lui refuser, tant je tremblais de le contrarier. Enfin, c'est comme ça. Tant il y a, qu'à peine je tenais les deux sabres, que le voilà qui prend le corps de sa femme, comme celui d'un enfant endormi, et qui me dit comme lorsque nous marchions au feu : « Suis-moi ! » Dame! je l'ai suivi.

Un sentiment de terreur passa dans le cœur de tous ceux qui écoutaient Aly-Muley.

— Eh bien ? eh bien ? fit vivement Montéclain.

— Nous allions, reprit Aly-Muley, ou plutôt Bricord allait, et je le suivais... c'était terrible à voir... 11 portait la pauvre femme dans ses bras, sa tète était penchée sur l'épaule et allait deçà et delà, les bras tombaient le long du dos de Bricord, ballants à droite et à gauche ; je ne pouvais en détacher mes regards, et avec mes deux sabres sous le bras, j'avais peur en face de ce cadavre ; il m'attirait; il m'emmenait... je l'aurais suivi au bout du monde sans dire un mot... Tout à coup...

Aly-Mulev s'arrêta. On s'approcha avec plus d'anxiété.

— Eh bien ?

— Ce n'est rien, dit-il; mais j'ai failli me trouver mal... ça m'a glacé... Tout à coup Bricord s'arrête... je marchais

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sur ses talons; je ne savais pas qu'il allait s'arrêter, et je vais me heurter la tète contre la tète de la morte, ses lèvres sur ma bouche. Ah ! j'ai eu peur.

— Achève donc, dit le colonel.

— Oui... oui... m'y voilà, reprit Aly-Muley ; Bricord s'était arrêté, parce qu'il avait entendu des voix... Ça me tira du froid que j'avais : c'étaient les voix de monsieur Hector de Montaleu et de madame Amab.

Tout le monde tressaillit, pressentant aussitôt quelque affreuse rencontre.

— C était Hector! fit monsieur de Montaleu d'une voix tremblante, et qu'est-il arrivé?

— Vous allez voir, répondit Aly-Muley; d'abord Bricord resta un moment immobile, puis il se remit à avancer, mais à pas de loup. Nous arrivâmes ainsi au coin d'un carrefour; les deux complices se disputaient. Lui était à pied, elle dans sa voiture.

— Où allez-vous? disait monsieur Hector à la Lionne.

— Que vous importe ?

— Ah! reprit alors le vicomte, vous m'avez poussé dans le crime,. et maintenant vous m'abandonnez...

— Quoi! fit monsieur de Montaleu, en interrompant le soldat.

— Continuez, dit sévèrement le procureur du roi, continuez.

Aly reprit :

— Vous êtes un lâche, lui répondait-elle, vous deviez demander raison à Montéclain de sa conduite envers vous.

— Mais vous ne savez donc pas, lui disait l'autre, que j'ai fait demander à Brias et à Champmortain de se charger d'aller porter une provocation, et que tous deux s'y sont refusés !

— Parce que vous avez manqué de courage, lui répondit la Lionne.

Le cocher fouetta les chevaux, mais monsieur Hector les prit aux guides. La voiture recula, les chevaux se cabraient, tout allait se briser...

— Mais que voulez-vous? s'écria madame Amab.

— Je veux que vous restiez... car je vais être poursuivi,

moi, parce que j'ai écouté vos perfides conseils, parce que vous m'avez poussé à assassiner le colonel...

— Est-ce moi, lui repartit madame Amab, qui vous ai fait assassiner la malheureuse Léda?... Laissez-moi partir.. .

— Léda? disait Hector, Léda est folle, et je ne la crains pas.

— Léda est morte, cria tout à coup Bricord, et la voici...

— Et en disant ça, reprit Aly, Bricord sortit de la ramée et s'élança au milieu du carrefour. Le vicomte s'était retourné à sa voix, le poing levé prêt à frapper ; mais il se trouva face à face avec le cadavre de Léda, que Bricord lui présenta.

— Regarde... regarde, lui criait Bricord pendant que l'autre reculait, elle est morte... c'est ton tour.

— C'était terrible, fit Aly d'une voix sourde... j'en avais le frisson... Bricord avançait toujours... l'autre reculait. Enfin Bricord... ah! mon Dieu! la pauvre femme !... Bricord... il fallait qu'il fût Lien malheureux!... Bricord la jeta contre monsieur Hector de Montaleu en lui disant :

— Est-ce que tu n'oses plus l'embrasser?

Elle tomba sur le gazon entre eux deux. C'était pitié de la voir ainsi.

Aly-Muley s'arrêta, et Montéclain lui dit d'une voix inquiète :

— Et Léona?... Léona?...

— Oh ! reprit Aly d'un ton brusque et amer, madame Amab ne perdit pas la tête, elle voulut fuir; le cocher fouetta encore les chevaux. Je vous le jure, j'aurais laissé aller la voiture.. . moi... car enfin... je ne sais pas!... mais la roue allait passer sur le corps de la pauvre morte... mille tonnerres! je ne fis qu'un mouvement. Je flanque un revers de mon sabre sur le nez des chevaux... qui hurlent, qui dansent, qui reculent, et qui culbutent la voiture dans un

fossé où tout se brise, pendant que Bricord, qui tenait l'autre sabre, disait toujours au vicomte :

— Défends- toi!

L'infâme barguignait, il disait qu'il ne voulait pas.

— Regarde donc, lui répétait Bricord, la voilà par terre, celle que tu as perdue... et tuée... Elle est punie, elle... c'est ton tour.

Il faut vous dire, reprit Aly, qu'on nous avait suivis pelit à petit, si bien qu'à ce moment, nous étions plus de vingt personnes dans le carrefour, et quelques-unes avaient des torches.

— Veux-tu te battre? criait toujours Bricord.

— Non, disait-on de tous côtés, il faut l'arrêter... Il y a un procureur du roi d'arrivé.

Ça le décida.

— Donne-lui ton sabre, me cria Bricord.

Je le lui donnai. Alors... alors... Ah! miséricorde!... j'en ai vu des gens qui se battaient, et vous aussi, colonel; mais rien de pareil... Ils n'ont pas dit un mot... on n'entendait que leur respiration... c'était comme un râle... Et puis des coups terribles, sans se presser... et, à chaque coup, un plus gros soupir... et le râle qui revenait plus furieux... car ils ne se battaient pas, ils se tuaient; ils avaient la tête fendue, les bras hachés, la poitrine ouverte ; ils frappaient toujours. Enfin, Bricord se trouva tout à coup arrêté par le cadavre de Léda... il trébucha, et pendant qu'il se remettait, le géant... tonnerre du ciel !... le géant lui poussa un coup de pointe... ce fut le dernier; mon pauvre Pierre chancela et tomba juste sur le corps de sa femme.

— Mort... firent toutes les voix de ceux qui écoutaient le spahi, dans un douloureux effroi.

— Bien mort, répéta Aly-Muley. Je ne voyais plus, je n'entendais plus. Je m'étais jeté sur Bricord lorsque tout à c< >up j'entends pousser un cri... C'était Hector, qui, tout couvert de blessures, s'était trainé jusqu'à la voiture... Cet homme était bâti de fer et de pierre... et tout blessé qu'il était, il en tira sa complice, qui se débattait au fond, comme

si c'eût été un enfant; il la traîna jusqu'auprès des deux cadavres.

— Tiens, vois-tu ton ouvrage? dit-il à la misérable.

Et en parlant ainsi il leva le sabre sur elle ; mais à l'instant même, un coup de pistolet retentit... Le géant recula en rugissant comme un lion touché, mais manqué, puis il s'abattit d'un coup.

— Le malheureux! dit monsieur de Montaleu... Personne ne répondit à cette exclamation.

— Mais Léona? s'écria Montéclain.

— Ah! reprit Aly-Muley... elle... voilà la chose... Vous n'allez pas le croire... c'est affreux... ce n'est pas possible, mais c'est comme ça... A peine le vicomte était-il tombé, qu'elle présenta aux autres la gueule de son autre pistolet en disant :

— Place... place... où je brise la tête à qui bouge.

Je croyais le vicomte achevé... mais le voilà qui se redresse et qui se met à crier :

— C'est elle qui m'a fait assassiner le colonel...

A ce mot-là, je m'élance sur elle, je l'attrape, et je lui dis que je l'arrête. Elle ne veut pas et m'envoie une balle dans les côtes... çam'écorche... ça glisse... je la retiens tout de même, mais enfin c'était une femme, on ne peut pas frapper dessus comme sur un homme... Je lui empoigne une main... mais elle avait pris un petit couteau de l'autre. Je veux la saisir, elle me le plante dans la poitrine... Ce n'était rien... plus de rage que de force... une égratignure... Alors je lui dis... ça, je le jure devant Dieu que je le lui ai dit... d'ailleurs il y avait des témoins... Je lui dis...

— Voulez -vous vous rendre? je ne vous ferai pas de mal....

Elle se sauve, je cours après, je l'attrape... elle veut me frapper... je lui prends les deux mains...

— En voilà assez, lui dis-je... c'est fini de faire du mal aux honnêtes gens.

Elle ne répond rien, mais il me semble entendre craquer ses dents, et puis un cri... pas un cri., un sifflement... comme si sa gorge se déchirait... Je lui dis :

— Suivez-moi !

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Elle tombe sur ses genoux... Je veux la relever... elle tombe tout à fait... Je la secoue... je l'appelle, je la soulève... rien!... Je prends une torche, je la regarde : elle avait les yeux ouverts, elle était blanche comme un marbre, et ses lèvres toutes bordées d'une écume de sang... Je la secoue... rien!... Elle était morte...

Tout le monde resta foudroyé.

— Alors, fit Aly d'une voix épuisée, je me suis sauvé... me voilà...

— Messieurs, dit le magistrat, le récit de cet homme vient de me prouver qu'il s'est commis ici des crimes que vous avez voulu soustraire à la justice des hommes.

— La justice de Dieu s'est chargée de leur punition, dit Montéclain... Cela vaut mieux, croyez-moi.

— Tout n'est pas fini, reprit le magistrat; il faut que je sois assuré que tout ce qu'a dit cet homme est vrai.

— 11 y a ici tous les paysans qui m'accompagnaient qui sont prêts à témoigner que je n'ai pas menti d'un mot.

On les fit entrer; mais ce fut avec un profond étonnement qu'on vit Amab s'avancer au milieu d'eux.

— Vous ici? dit Montéclain.

— Oui, pour affirmer que le récit de ce soldat est exact. Il n'a point frappé la misérable femme qui est morte.

— Mais elle est morte, cependant; qui l'a tuée? fit le magistrat.

— La main de Dieu, son crime, sa rage, repartit Amab. Ce cœur féroce s'est brisé dans sa poitrine et l'a étouffée.

Amab avait raison, Léona n'avait pas une blessure sur son corps, pas même la trace d'une meurtrissure. Elle était morte de la pensée de son impuissance.

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