PARTIE I, LETTRE XIII
dans mon sein. Je choisissais les lieux que nous défions parcourir ensemble; j*y marquais des asiles dignes de nous retenir ; nos cœurs s'épanchaient d'avance dans ces retraites délicieuses, elles ajoutaient au plaisir que nous goûtions d'être ensemble; elles recevaient à leur tour un nouveau prix du séjour de deux vrais amants, et je m'étonnais de n'y avoir point remarqué seule les beautés que j'y trouvais avec toi.
Paimi les bosquets naturels que forme ce lieu charmant, il en est un plus charmant que les autres, dans lequel je me plais davantage , et où, par celte raison , je destine une petite surprise à mon ami. Il ne sera pas dit qu'il aura toujours de la déférence , et moi jamais de générosité. Cest là que je veux lui faire sentir, malgré les préjugés vulgnires, combien ce que le cœur donne vaut mieux que ce qu'arrache l'importunité. Au reste, de peur que votre imagination vive ne se mette un peu trop en frais, je dois vous prévenir que nous n'irons point ensemble dans le bosquet sans Vinséparable cousine.
A propos d'elle, il est décidé, si cela ne vous fâche pas trop , que vous viendrez nous voir lundi. Ma mère enverra sa calèche a ma cousine; vous vous rendrez chez elle à dix heures: elle vous amènera : vous passerez la journée avec nous, et nous nous en retournerons tous ensemble le lendemain après le dîner.
J'en étais ici de ma lettre , quand j'ai réfléchi que je n'avais pas , pour vous la remettre , les mômes conunodilés qu'à la ville. J'avais d'abord pensé de vous renvoyer un de vos livres par Gustin , le fils du jardinier, et de mettre à ce livre une couverture de papier, dans laquelle j'aurais inséré ma lettre. Mais, outre qu'il n'est pas sûr que vous vous avisassiez de la chercher, ce serait une imprudence impardonnable d'exposer à de pareils hasards le destin de notre vie. Je vais donc me contenter de vous marquer simplement, par un billet, le rendez-vous de lundi , et je garderai la lettre pour vous la donner h vous-
64 LA NOUVELLE HÉLOlSE.
même. Aussi bieo j'aurais un peu de souci qu'il n'y eût trop de commentaires sur le mystère du bosquet.
Qu'as^tu fait, ah! qu'as4u fait, ma Julie? tu voulais me récompenser, et tu m'as perdu. Je suis ivre, ou plutôt insensé. Mes sens sont altérés, toutes mes facultés sont troublées par ce baiser mortel. Tu voulais soulager mes maux I Cruelle ! tu les aigris. C'est du poison que j'ai cueilli sur tes lèvres ; il fermente , il embrase mon sang ; il me tue, et ta pitié me fait mourir.
0 souvenir immortel de cet instant d'illusion , de délire et d'enchantement ! jamais, jamais tu ne t'effaceras de mon âme ; et tant que les charmes de Julie y seront gravés , tant que ce coeur agité me fournira des sentiments et des soupirs , tu feras le supplice et le bonheur de ma vie.
Hélas ! je jouissais d'une apparente tranquillité; soumis a tes volontés suprêmes, je ne murmurais plus d'un sort auquel tu daignais présider. J'avais dompté les fougueuses saillies d'une imagination téméraire; j'avais couvert mes regards d'un voile , et mis une entrave à mon cœur ; mes désirs n'osaient plus s'échapper qu'à* demi ; j'étais aussi content que je pouvais l'être. Je reçois ton billet, je vole ' chez ta cousine ; nous nous rendons à Clarens , je t'aperçois, et mon sein palpite; le doux son de ta voix y porte une agitation nouvelle; je t'aborde comme transporté, et j'avais grand besoin de la diversion de ta cousine pour cacher mon trouble à ta mère. On parcourt le jardin , l'on dîne tranquillement, tu me rends en secret ta lettre, que je n'ose lire devant ce redoutable témoin; le soleil commence à baisser, nous fuyons tous trois dans le bois le reste de ses rayons , et ma paisible simplicité n'imaginait pas même un état plus doux que le mien.
Eu approchant du bosquet j'aperçus, non sans une émotion secrète, vos signes d'intelligence, vos sourires mu-
PABTIE I , LETTRE XIV. 66
tuels , et le coloris de tes joues prendre un nouvel éclat. En y entrant je vis avec surprise ta cousine s'approcher de moi, et , d'un air plaisamment suppliant , me demander un baiser. Sans rien comprendre a ce mystère , j'embrassai cette charmante amie; et, tout aimable, toute piquante qu'elle est , je ne connus jamais mieux que les sensations ne sont rien que ce que le cœur les fait être. Mais que devins-je un moment après quand je sentis... la main me tremble... un doux frémissement... ta bouche de roses... la bouche de Julie... se poser, se presser sur la mienne, et mon corps serré dans tes bras ! Non , le feu du ciel n'est pas plus vif ni plus prompt que celui qui vint à l'instant m'embraser. Toutes les parties de moi-même se rassemblèrent sous ce toucher délleieui. Le feu s'exhalait avec nos soupirs de nos lèvres brûlantes, et mon cœur se mourait sous le poids de la volupté... quand tout a coup je te vis pâlir, fermer tes beaux yeux, t'appuyer sur ta cousine, et tomber en défaillance. Ainsi la frayeur éteignit le plaisir, et mon bonheur ne fut qu'un éclair.
A peine saisrje ce qui m'est arrivé depuis ce fatal moment. L'impression profonde que j'ai reçue ne peut plu& s'effacer. Une faveur I.... c'est un tourment horrible.... Non , garde tes baisers , je ne les saurais supporter... ils sont trop acres , trop pénétrants ; ils percent; ils brûlent^ jusqu'à la moelle... ils me rendraient furieux. Un seul , un seul m'a jeté dans un égarement dont je ne puis plus revenir. Je ne suis plus le même , et ne te vois plus la même. Je ne te vois plus comme autrefois réprimante et sévère ; mais je te sens et te touche sans cesse unie k mon sein conmie tu fus un instant. O Julie ! quelque sort que m^annonce un transport dont je ne suis plus maître, quelque traitement que ta rigueur me destine , je ne puis plus vivre dans l'état où je suis , et je sens qu'il faut enfin que j'expire à tes pieds... ou dans tes bras.
66 LA NOUVELLE HÉLOÎSE.
Il est important , mon ami, que nous nous séparions pour quelque temps , et c'est ici la première épreuve de Tobéissance que vous m'avez promise. Si je l'exige en cette occasion, croyez que j'en ai des raisons très-fortes ; il faut bien , et vous le savez trop, que j'en aie pour m'y résoudre : quant a vous, vous n'en avez pas besoin d'autre que ma volonté.
Il y a longtemps que vous avez un voyage a faire en Valais. Je voudrais que vous pussiez l'entreprendre a présent qu'il ne fait pas encore froid. Quoique l'automne soit encore agréable ici , vous voyez déjà blanchir la pointe de la Dent-de-Jamant *, et dans six semaines je ne vous laisserais pas faire ce voyage dans un pays si rude. Tâchez donc de partir dès demain : vous m'écrirez a l'adresse que je vous envoie , et vous m'enverrez la vôtre quand vous serez arrivé à Sion.
Vous n'avez jamais voulu me parler de l'état de vos affaires ; mais vous n'êtes pas dans votre patrie : je sais que vous y avez peu de fortune et que vous ne faites que la déranger ici , où vous ne resteriez pas sans moi. Je puis donc supposer qu'une partie de votre bourse est dans la mienne, et je vous envoie un léger a-compte dans celle que renferme cette boîte, qu'il ne faut pas ouvrir devant le porteur. Je n'ai garde d'aller au-devant des difficultés, je vous estime trop pour vous croire capable d'en faire.
Je vous défends non-seulement de retourner sans mon ordre, mais de venir nous dire adieu. Vous pouvez écrire à ma mère ou à moi , simplement pour nous avertir que vous êtes forcé de partir sur-le-champ pour une affaire imprévue , et me donner,- si vous voulez, quelques avis sur mes lectures jusqu'à votre retour. Tout cela doit être fait
' Haute monlagnc du p»ys de Vuud.
PÀBTIE I, LfiTTAE XVII. 67
naturellemeot et sans aucune apparence dé mystère. Adieu, mon ami ; n'oubliez pas que vous emportez le cœur et le repos de Julie.
LETTBE XVI. — BBPONSE.
Je relis votre terrible lettre, et je frissonne a chaque ligne. J'obéirai pourtant , je Tai promis , je le dois ; j'obéirai. Mais vous ne savez pas, non, barbare, vous ne saurez jamais ce qu'un tel sacrifice coûte à mon cœur. Ah I vous n'aviez pas besoin de l'épreuve du bosquet pour me le rendre sensible : c'est un raffinement de cruauté perdu pour votre âme impitoyable, et je puis au moins vous défier de me rendre plus malheureux.
Vous recevrez votre boîte dans le même état où vous l'avez envoyée. C'est trop d'ajouter l'opprobre a la cruauté; si je vous ai laissée maîtresse de mon sort, je ne vous ai point laissée l'arbitre de mon honneur. C'est un dépôt sacré ( l'unique , hélas! qui me reste) dont jusqu'à la fin de ma vie nul ne sera chargé que moi seul.
LETTBE XVII.— BÉPLIQUE,
Votre lettre me fait pitié ; c'est la seule chose sans esprit que vous ayez jamais écrite.
J'offense donc votre honneur, pour lequel je donnerais mille fois ma vie ? J'offense donc ton honneur, ingrat ! qui m'as vue prête à t'abandonner le mien? Où est-il donc cet honneur que j'offense? Dis-le-moi, cœur rampant, âme sans délicatesse. Ah ! que tu es méprisable si tu n'as qu'un honneur que Julie ne connaisse pas ! Quoi ! ceux qui veulent partager leur sort n'oseraient partager leurs biens , et celui qui fait profession d'être k moi se tient outragé de mes dons ! Et depuis quand est-il vil de recevoir de ce qu'on aime? depuis quand ce que le cœur donne déshonore- t-il le cœur qui l'accepte? Mais on me-
68 LA T«OUV£Ll£ HÉLOÏS£.
prise UQ homme «|ui reçoit d'un autre : on méprise celui dont les besoins passent la fortune. Et qui le méprise ? Des âmes abjectes qui mettent l'honneur dans la richesse, et pèsent les vertus au poids de Tor. Est-ce dans ces basses maximes qu'un homme de bien met son honneur? et le préjugé même de la raison n'est-il pas en faveur du plus pauvre ? '
Sans doute , il est des dons vils qu'un honnête homme ne peut accepter ; mais apprenez qu'ils ne déshonorent pas moins la main qui les offre , et qu'un don honnête à faire est toujours honnête a recevoir ; or, sûrement mon cœur ne me reproche pas celui-ci, il s'en glorifie ^ Je ne sache rien de plus méprisable qu'un homme dont on achète le cœur et les soins, si ce n'est la femme qui les paye; mais entre deux cœurs uniç^la communauté des biens est une justice et un devoir ; et si je me trouve encore en arrière de ce qui me reste de plus qu'a vous , j'accepte sans scrupule ce que je réserve, et je vous dois ce que je ne vous ai pas donné. Ah ! si les dons de l'amour sont à charge , quel coeur jamais peut être reconnaissant ?
Supposeriez-vous que je refuse à mes besoins ce que je destine a pourvoir aux vôtres ? Je vais vous donner du contraire une preuve sans réplique. C'est que la bourse que je vous envoie contient le double de ce qu'elle contenait la première fois , et qu'il ne tiendrait qu'à moi de la doubler encore. Mon père me donne pour mon entretien une pension, modique à la vérité , mais a laquelle je n'ai jamais besoin de toucher, tant ma mère est attentive à pourvoir a tout, sans compter que ma broderie et ma dentelle suffisent pour m'entretenir de l'une et de l'autre. Il est vrai que je n'étais pas toujours aussi riche ; les soucis d'une passion fatale m'ont fait depuis longtemps négliger certains soins auxquels j'employais mon superflu; c'est
I Elle a raison. Sar le motif secret de ce voyage , on voit que Jamais argent ne fut plus honnêtement employé. C'est grand dommage que ret emploi n'ait pas fait un meilleur profir.
PABTIE I, LETTRE XVIII. 69
une raison de plus d'en disposer comme je fais : il faut vous humilier pour le mal dont vous êtes cause, et que l'amour expie les fautes qu'il fait commettre.
Venons à l'essentiel. Vous dites que Thonneur vous défend d'accepter mes dons. Si cela est, je n'ai plus rien k dire, et je conviens avec vous qu'il ne vous est pas permis d'aliéner un pareil soin. Si donc vous pouvez me prouver cda, faites-le clairement, incontestablement, et sans vaine subtilité; car vous savez que je hais les sophismes. Alors vous pouvez me rendre la bourse, je la reprends sans me plaindre, et il n'en sera plus parlé.
Mais comme je n'aime ni les gens pointilleux ni le faux point d'honneur, si vous me renvoyez encore une fois la boîte sans justification , ou que votre justification soit mauvaise , il faudra ne nous plus voir. Adieu ; pensez-y.
LETTRE XVni. — A JULIE.
J'ai reçu vos dons, je suis parti sans vous voir, me voici bien loin de vous : étes-vous contente de vos tyrannies, et vous ai-je assez obéi?
Je ne puis vous parler de mon voyage ; a peine sais-je canuneiit il s'est fait. J'ai mis trois jours à faire vingt lieties; chaque pas qui m^éloignait de vous séparait mon corps de mon âme , et me donnait un sentiment anticipé de la mort. Je voulais vous décrire ce que je verrais. Vain projet! Je n'ai rien vu que vous, et ne puis vous peindre que Julie. Les puissantes émotions que je viens d'éprouver coup sur coup m'ont jeté dans des distractions continuelles; je me sentais toujours où je n'étais point : à peine avais-je assez de présence d'esprit pour suivre et demander mon chemin , et je suis arrivé a. Sion sans être parti de Vevay.
C'est ainsi que j'ai trouvé le secret d'éluder votre rigueur et de vous voir sans vous désobéir. Oui , cruelle , quoi que vous ayez su faire, vous n'avez pu me séparer
de VOUS tout entier. Je n'ai traîné dans mon exil que la moindre partie de moi-même : tout ce qu'il y a de vivant en moi demeure auprès de vous sans cesse. Il erre impunément sur vos yeux, sur vos lèvres, sur votre sein, sur tous vos'charmes; il pénètre partout comme une vapeur subtile; et je suis plus heureux en dépit de vous que je ne fus jamais de votre gré.
J'ai ici quelques personnes k voir, quelques affaires k traiter ; voila ce qui me désole. Je ne suis point à plaindre dans la solitude où je puis m'occuper de vous et me transporter aux lieux où vous êtes. La vie active qui me rappelle a moi tout entier m'est seule insupportable. Je vais faire mal et vite, pour être promptement libre, et pouvoir m'égarer a mon aise dans les lieux sauvages qui forment à mes yeux les charmes de ce pays. Il faut tout fuir et vivre seul au monde, quand on n'y peut vivre avec vous.
LETTBE XIX. — A JULIE.
Rien ne m'arrête plus ici que vos ordres; cinq jours que j'y ai passés ont suffi au delà pour mes affaires, si toutefois on peut appeler des affaires celles où le cœur n'a point de part. Enfin vous n'avez plus de prétexte , et ne pouvez me retenir loin de vous qu'afin de me tourmenter.
Je commence à être fort inquiet du sort de ma première lettre; elle fut écrite et mise a la poste en arrivant; l'adresse en est fidèlement copiée sur celle que vous m'envoyâtes; je vous ai envoyé la mienne avec le même soin , et si vous aviez fait exactement réponse, elle aurait déjà dû me parvenir. Cette réponse pourtant ne vient point , et il n'y a nulle cause possible et funeste de son retard que mon esprit troublé ne se figure. O ma JulLe I que d'imprévues catastrophes peuvent en huit jours rompre k jamais les plus doux liens du monde ! Je frémis de^onger qu'il n'y a pour moi qu'un seul moyen d'être heureux , et des mil-
PABTIË I, LETT&E XIX. v 71
jjons d'être misérable*. Julie, m'auriez-vous oublié? Ah! c'est la plus affreuse de mes craintes I Je puis préparer ma constance aux autres malheurs, mais toutes l#s forces de mon âme défaillent au seul soupçon de cetui-là.
Je vois le peu de fondement de mes alarmes, et ne saurais les calmer. Le sentiment de mes maux s'aigrit sans cesse loin de vous; et, conune si je n'en avais pas assez pour m'abattrcjje m'en forge encore d'incertains pour irriter tous les autres. D'abord mes inquiétudes étaient moins vives. Le trouble d'un départ subit, l'agitation du voyage , donnaient le change a mes ennuis ; ils se raniment dans la tranquille solitude. Hélas! je combattais; un fer mortel a percé mon sein , et la douleur ne s'est fait sentir que longtemps après la blessure.
Cent fois, en lisant des romans, j'ai ri des froides plaintes des amants sur Tabsence. Ah ! je ne savais pas alors a quel point la vôtre un jour me serait insupportable. Je sens aujourd'hui combien une âme paisible est peu propre a juger des passions , et combiei^il est insensé de rire des sentiments qu'on n'a point éprouvés^Vous le dirai-je pourtant? je né sais quelle idée confiante et douce tempère en moi l'amertume de votre éloignement, en songeant qu'il s'est fait par votre ordre. Les maux qui me viennent de vous me sont moins cruels que s'ils m'étaient envoyés par la fortune ; s'ils servent à vous contenter, je ne voudrais pas ne les point sentir; ils sont les garants de leur dédommagement, et je connais trop bien votre àme pour vous croire barbare à pure perle.
Si vous voulez m'éprouver, je n'en murmure plus; il est juste que vous sachiez si je suis constant , patient, do-
t On me dira que c'est le devoir d'an éditeur de corriger les fautes de langue. Oui bien pour les éditeurs qui font cas de celte correction; oui bien pour les ouvrages dont on peut corriger le style sans le refondre et le gAter : oui bien quand on est assez sûr de sa plume pour ne pas substituer ses propres fautes à celles de l'auteur. Et avec tout cela, qu'aura-l-on gagné & faire parler un Suisse comme un académicien ?
72 L/i NOUVELLE HÉLOfSE.
cile, digoe en un mot des biens que vous me. réservez. Dieux I si c'était là votre idée , je me plaindrais de trop peu souffrir. Ah 1 non , pour nourrir dans mon coeur une si douce attente , inventez , s'il se pcfiit , des maux mieux proportionnés à leur prix.
Je reçois à la fois vos deux lettres, et je vois, par Tinquiétude que vous marquez dans la seconde sur le sort de Tautre, que, Quand l'imagination prend les devants, la raison ne se hâte pas comme elle, et souvent la laisse aller seule^Pensâtes-vous , en arrivant a Sion , qu'un courrier tout prêt n'attendait pour partir que votre lettre , que cette lettre me serait remise en arrivant ici , et que les occasions ne favoriseraient pas moins ma réponse? Il n'en va pas ainsi, mon bel ami. Vos deux lettres me sont parvenues à la fois, parce que le courrier, qui nepasse qu'une fois la semaine ^ , n'est parti qu'avec la seconde. Il faut un certain temps pour distribuer les lettres ; il en faut à mon commissionnaire pour me rendre la mienne en secret , et le courrier ne retourne pas d'ici le lendemain du jour qu'il est arrivé. Ainsi , tout bien calculé, il nous faut huit jours, quand celui du courrier est bien choisi, pour recevoir réponse l'un de l'autre; ce que je vous explique afin de calmer une fois pour toutes votre impatiente vivacité. Tandis que vous déclamez contre la fortune et ma négligence , vous voyez que je m'informe adroitement de tout ce qui peut assurer notre correspondance et prévenir vos perplexités. Je vous laisse à décider de quel côté sont les plus tendres soins. * ♦
Ne parlons plus de peines, mon bon ami : ah! respectez et partagez plutôt le plaisir que j'éprouve, après huit mois d'absence, de revoir le meilleur des pères I II arriva
> n passe à présent deux fois.