‹ Julie (volume 2)Chapitre 11 sur 187 · PARTIE T, LETTHE XXI · texte numérisé non relu

PARTIE T, LETTHE XXI

jeudi au soir ; et je n'ai songé qu'a lui ' depuis cet heureux moment. O toi que j'aime le mieux au monde après les auteurs de mes jours , pourquoi tes lettres , tes querelles , Tiennentrelles contrister mon âme , et troubler les premiers plaisirs d'une famille réunie ? Tu voudrais que mon cœur s'occupât de toi sans cesse: mais, dis-moi , le tien pourrait-il aimer une fille dénaturée à qui les feux de l'amour feraient oublier les droits du sang , et que les plaintes d'un amant rendraient insensible aux caresses d'un père ? Non , mon digne ami , n'empoisonne point par d'injustes reproches Tinnocente joie que m'inspire un si 4oax sentiment. Toi dont l'âme est si tendre et si sensible , ne conçois-tu point quel charme c'est de sentir, dans ces purs et sacrés embrassements, le sein d'un père palpiter d'aise contre celui de sa fille? Ahl crois-tu qu'alors le «œar puisse un miH&ent^ partager, et rien dérober à la «laUire?

Sol che son figlla to mi rannneiito adeMo '.

Ne pensez pas pourtant que je vous oublie. Oublia-t-on jamais ce qu'on a une fois aimé? Non, les impressions plus vives, qu'on suit quelques instants, n'effacent pas pour cela les autres. Ce n'est point sans chagrin que je vous ai vu partir , ce n'est point sans plaisir que je vous verrais de retour. Mais... prenez patience ainsi que moi, puisqu'il le faut, sans en demander davantage. Soyez sûr que je vous rappellerai le plus tôt qu'il me sera possible , et pensez que souventAel qui se plaint bien haut de l'absence n'est pas celui qui en souffre le plusA

LETTBfi XXI. — À JULIE.

Que j'ai souffert en la recevant, cette lettre souhaitée avec tant d'ardeur I J'attendais le courrier h la poste. A peine le paquet était-il ouvert que je me nomme; je me

> L.*art|cle qal précède prouve qu'elle ment.

3 Tout ce dont }e me aouTiemi en ce noiaent , c'est (|«ie fc suht sa ùlth.

74 LÀ NOUVELLE H£LO'lSB.

rends importuo : oti mo dit qu'il y a une lettre, je tressaille ; je la demande , agité d'une mortelle impatience , je la reçois eniin. Julie, j'aperçois les trait9 de ta main adorée! La mienne tremble en s'avançant pour recevoir ce précieux dépôt. Je voudrais batiser mille fois ces sacrés caractères : ô circonspection d'un amour eraïntif ! je n'ose porter la lettre à ma bouche, ni l'ouvrir devani tant de témoins. Je me dérobe à \e^ hâte, Mes genoux tremblaient sous moi ; mon émotion croissante me laisse a peine apercevoir mon chemin. J'ouvre la lettre m premier détour; je la parcours , je la dévore; et à peine suis-je à ces lignes où tu peins si bien les plaisirs de ton cœur en embrassant ce respectable père , que je fonds en larmes ; On me rer garde; j'entre d^QS une allée pour échapper aux spectateurs ; la je partage ton attendrissement; j'embrasse avec transport cet heureui^ père que je connais^ à peine; ei, la voix de la nature me rappelant au mien, je donne de nouveaux pleurs à sa mémoire honorée.

Et que vouliez-vous apprendre, incomparable fllle, dans mon vain et triste savoir? Ah î c'est de vous qu^il faut apprendre tout ce qui peut entrer de bon , d'honnête , dans une âme humaine , et surtout ce divin accord de la vertu , de l'amour et de la natnre, qui ne se trouva jamais qu'en vous. Non, il n'y a point d'affection saine qui n'ait sa place dans votre cœur, qui ne s'y distingue par la sensibilité qui vous est propre; et, pour savoir moi-môme régler le mien , comme j'ai soumis toutes mes actions à vos volontés, je vois bien qu'il faut soumettre encore tous mes sentiments aux TÔtres.

Quelle différence pourtant de votre état au mien 1 daignez le remarquer. Je ne parle point du rang et de la fortune, Thonneur et Tamour doivent en cela suppléer à tout : mais vous êtes environnée de gens que vous chérissez et qui vous adorent : les soins d'une tendre mère , d'un père dont vous êtes l'unique espoir ; l'amitié d'une cousioe qui semble ne res^pirer que par vous; tonte une

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