‹ Julie (volume 2)Chapitre 108 sur 187 · LETTRE XI. — DE SAINT-PREUX A MILORD EDOUARD · texte numérisé non relu

LETTRE XI. — DE SAINT-PREUX A MILORD EDOUARD

Non, milord, je ne m'en dédis poiat, on ne voit rien dans cette maison qui n'associe l'agréable a l'utile; mais les occupations utiles ne se bornent pas aux soins qui donnent du profit, elles comprennent encore tout amusement innocent et simple qui nourrit le goût de la retraite , du travail , de la modération , et conserve à celui qui s'y livre une âme saine, un cœur libre du trouble des passions. Si l'indolente oisiveté n'engendre que la tristesse et l'ennui , le charme des doux loisirs est le fruit d'une vie laborieuse. On ne travaille que pour jouir; cette alterna* tive de peine et de jouissance est notre véritable vocation. Le repos qui sert de délassement aux travaux passés et d'encouragement à d'autres n'est pas moins nécessaire k l'homme que le travail môme.

/ Après avoir admiré l'effet de la vigilance et des soins de la plus respectable mère de famille dans l'ordre de sa maison , j'ai vu celui de ses récréations dans un lieu retiré dont elle fait sa promenade favorite et qu'elle appelle son Elysée.

Il y avait plusieurs jours que j'entendais parler de cet Elysée, dont on me faisait une espèce de mystère. Enfin, hier après dîner , l'extrême chaleur rendant le dehors et le dedans de la maison presque également insupportables, M. de Wolmar proposa à sa femme de se donner congé cet après-midi, et, au lieu de se retirer comme à l'ordinaire dans la chambre de ses enfants jusque vers le soir, de venir avec nous respirer dans le verger; elle y consentit, et nous nous y rendîmes ensemble.

Ce lieu , quoique tout proche de la maison, est tellement caché par l'allée couverte qui l'en sépare, qu^on ne l'aperçoit de nulle part. L'épais feuillage qui l'environne ne permet point à l'œil d'y pénétrer, et il est toujours'soi-

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