‹ Julie (volume 2)Chapitre 12 sur 187 · PARTIE 1, LETTRE X&I. 7i · texte numérisé non relu

PARTIE 1, LETTRE X&I. 7i

ràmille dont vous faites rornemenl ; une ville entière fière de vous avoir vue naître, tout occupe et partage votre sensibilité ; et ce qu'il en resté à l'amour n'est que la moindre partie de ce que lui ravissent le& droits dii sang et de l'amitié. Mais moi, Julie, hélas! errant, sans famille, et presque sans patrie , je n'ai que vous sur la terre , et l'amour seul me tient lieu de tout. Ne soyez donc pas surprise si, bien que Votre âme soit la plus sertsible, la mienne sait le mieut aimer; et si, vous cédant eii tant de choses , j'emporte au moins le prix êe ramônr.

Ne craigneï pouvant pus que je vous importune encore de mes indiscrètes plaintes. Non, je respecterai vos plaisirs , et pour éùx-mômes qui sont si pttrs , et pour Vous qui les rfessenlfei. Je hi'en formerai dans l'e^prtt le touchant spectacle, je les partagerai de loin; et, ne pouvant être heureux de tna propre félicité , je le serai de la vôtre. Quelles que soient les raisons qui me tiennent éloigné de vous , je les respecte : et que me servirait de les connaître, si, quand je devrais les désapprouver , H n'eii faudrait pas moins obéir à la volonté qu'elles vous inspirent? M'en coûtera-t-il plus de garder le silence qu'il ne m'en coûta de vous quitter? Souvenôz-vouâ toujours, ô Julie, que votre âme a deux corps a gouverner, et que celui qu'elle anime par son choix lui sera toujours le plus fidèle :

Nodo ptù forte , Fabricato da noi, non daUa sorte I.

Je me tais donc; et, jusqu'à ce qu'il vous plaise de terminer mon exil , je vais lâcher d'en tempérer l'ennui en parcourant les montagnes du Valais tandis qu'elles sont encore praticables. Je m'aperçois que ce pays ignoré mérite les regards des hommes , et qu'il ne lui manque, pour être admiré , que des spectateurs qui le sachent voir. Je lâcherai d'en tirer quelques observations dignes de vous

' Le plu» fort des n<eud!i , notre ouvrage , et non celui du sort.

plaire. Pour amuser une jolie femme, il faudrait peindre un peuple aimable et galant : mais toi , ma Julie , ah ! je le sais bien , le tableau d'un peuple heureux et simple est celui qu'il faut à ton cœur.

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