‹ Julie (volume 2)Chapitre 126 sur 187 · PARTIE V, LBTTaE I · texte numérisé non relu

PARTIE V, LBTTaE I

est Fouvrage de votre faiblesse. Savez-vous ce qui vous a fait aimer toujours la vertu? Elle a pris à vos yeux la figure de cette femme adorable qui la représente si bien , et il serait difûcile qu'une si chère image vous en laissât perdre le goût. Mais ne Taimerez-vous jamais pour elle seule, et n'irez-vous point au bien par vos propres forces , comme Julie a fait par les siennes? Enthousiaste oisif de ses vertus , vous bornerez-yous saifâ cesse à» les admirer sans les imiter jamais ? Vous parlez avec chaleur de la manière dont elle remplit ses devoirs d'épouse et de mère ; mais vous , quand remplirez-vous vos devoirs d'homme et d'ami h, son exemple? Une femme a triomphé d'elle-même, et un philosophe a peine à se vaincre 1 Voulez-vous donc n'être toujours qu'un discoureur comme les autres,, et vous borner à faire de bons livres au , lieu de bonnes actions *? Prenez-y garde, mon cher; il règne encore dans

I Non , ee siècle de la philosophie ne panerai point saïui avol^ produit on vrai philosophe. J'en connais un» un seol. J'en conviens; mais c'est beaucoup encore; et, pour comble de bonheur, c'est dans Inaonpays qu'il existe. L'oserat-je nommer ici, lui dont la véritable gloire est d'avoir su rester peu connu? Savant et modeste. Abauiit *• «lue votre sublime sinpUcitd pardonne à mon cœur un zèle qui n'a point votre ^om pour objet. Non , cç n'est< pas vous que Je veux faire connaître à ce siècle indigne de vous admirer; c'est Genève que Je veux illustrer de votre séjour ; ce sont mes concitoyens que Je veux honorer de l'honoeor qu'ils vous rendent. Heureux le pays où le mérite qui se caehe est d'autant^plus: estimé! heureux, le peuple où la jeunesse altière vient abaisser son ton dogmatique et rougir de son vain savoir devant la docte. Ignorance du sage ! Vénérable et vertueux vieillard , vous n'aurez point été prôné par les beaux esprits , leurs bruyantes académies n'auront point retenti de vos éloges; au lieu de déposer comme, eux votre sagesse dans des livres , vous l'aurez tnise dans votre vie, pour l'exemple de la patrie que vous avez daigné vous choisir, que vous aimez, et qui vous respecte. Vous avez vécu comme Socrate : mais II mourut par la main de ses concitoyens, et vous êtes chéri des vôtres ".

* Il était Français de naissance , et fut dés son bas âge envoyé à Genève par suite de la révocation de l'édit de Nantes. Il est mort en 1707, âgé de quatre-vingt-sept ans.

** Ce n'est peut-être qu'à cet éloge, d'ailleurs si touchant et si bien senti . qu'Abauzit doit sa célébrité dans le uionde littéraire. Sans la note qu'on vient de lire, son nom eût pu rester obscur, ou du moins sa réputation ne pas s'é-

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VOS lettres un ton de mollesse et de langueur qui me déplaît, et qui est bien plus un reste de votre passion qu'un effet de votre caractère. Je hais partout la faiblesse , et n'en veux point dans mon ami. Il n'y a point de vertu sans force, et le chemin du vice est la lâcheté. Osez-vous bien compter sur vous avec un cœur sans courage? Malheureux I si Julie était faible, tu succomberais demain et ne serais qu'un vil adultère. Mais te voilà resté seul avec elle : apprends à la connaître , et rougis de toi.

J'espère pouvoir bientôt vous aller joindre. Vous sayez à quoi ce voyage est destiné. Douze ans d^erreurs et de troubles me rendent suspect a moi-même : pour résister j'ai pu me suffire; pour choisir il me faut les yeux d'un ami ; et je me fais un plaisir de rendre tout commun entre nous , la reconnaissance aussi bien que l'attachement. Cependant, ne vous y trompez pas, avant de vous accorder ma confiance, j'examinerai si vous en êtes digne, et si vous méritez de me rendre les soins que j'ai pris de vous. Je connais votre cœur, j'en suis content : ce n'est pas assez, c'est de votre jugement que j'ai besoin dans un choix où doit présider la raison seule, et où la mienne peut m'abuser. Je ne crains pas les passions qui, nous faisant une guerre ouverte, nous avertissent de nous mettre en défense, nous laissent, quoi qu'elles fassent, la conscience de toutes nos fautes, et auxquelles on ne cède qu'autant qu'on leur veut céder. Je crains leur illusion qui trompe

tendre an delà de l'enceinte de sa patrie adoptive; et c'est un trait de plus en l'honnear d'an liomme qnl fut aussi reoommandable par ses vastes connaissances et ses talents que par ses modestes et douces vertus. Des détails sur sa Tle et ses onvrages nous entraîneraient trop loin ; ceux des lecteurs qnl voudront s'en instruire les trouveront dans Sennebier ( Hitt. littéraire de Genève , tom. m , p. es et suiv. ) , ou dans l'article que MilUn a consacré à Abauzit dans la Biographie universelle. — Quant à l'éloge de Rousseau , la remarque faite plus d'une fois que c'est le seul qu'il ait adressé à un homme vivant, n'est rien moins qu'exacte, puisque indépendamment d'un hommage semblable que nous l'avons vu précédemment ( troisième partie , lettre xxi ) rendre à Parisot , chirurgien de Lyon , un autre non moins digne d'attention existe dans l'épltre dédicatoire du Devin du village à Duclos. Voltaire enfin » dans le temps même où son rival de gloire avait le plus à s'en plaindre , n'a-t-il pas reçu de lui plusieurs fois des hommages publics, toujours aussi sincères qu'indignement récompensés?

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