‹ Julie (volume 2)Chapitre 143 sur 187 · PARTIE YI) LBTTBE II · texte numérisé non relu

PARTIE YI) LBTTBE II

Âli ça I revenons à présent à nos voyageurs. Mais j'ai déjà tant parlé de Fun que je n'ose plus parler de l'autre, de peur que la différence du style ne se fit un peu trop sentir, et que Tamitié mâme que j'ai pour TAnglais ne dit trop en faveur du Suisse. Et puis , que dire sur des lettres qu'on n'a |>a6 vues? Tu devais bien au moins m'envoyer celle de milord Edouard : mais tu n'as osé renvoyer sans l'autre, et tu as fort bien fait... Tu pouvais pourtant faire mieux encore... Ah I vivent les duègnes de vingt ans I elles sont plus traitables qu'à trente.

Il faut au moins que je me venge en l'apprenant ce que tu as opéré par cette belle réserve : c'est de me faire imaginer la lettre en question... cette lettre si... cent fois plus si , qu'elle ne l'est réellement. De dépit je me plais à la remplir de choses qui n'y sauraient être. Va , si je n'y suis pas adorée, c'est a toi que je ferai payer tout ce qu'il en faudra rabattre.

Eu vérité, je ne sais après tout cela comment tu m'oses parler du courrier d'Italie. Tu prouves que mon tort ne fut pas de l'attendre, mais de ne pas l'attendre assez longtemps. Un pauvre petit quart d'heure de plus, j'allais audevant du paquet, Je m'en emparais la première, je lisais le tout à mon aise; et c'était mon tour de me faire valoir. Les raisins sont trop verts. On me retient deux lettres ; mais j'en ai deux autres que, quoi que tu puisses croire , je ne changerais sûrement pas contre celles-là , quand tous les si du monde y seraient. Je te jure que si celle d'Henriette ne tient pas sa place à côté de la tienne , c'est qu'elle la passe, et que ni toi ni moi n'écrirons de ta vie rien d'aussi jolL Et puis on se donnera les airs de traiter ce prodige de petite impertinente! ah! c'est assurément pure jalousie. En effet, te voilron jamais à genoux devant elle lui baiser humblement les deux mains l'une après l'autre? Grâce à toi , la voilà mèdeste comme une vierge, et grave comme un Caton; respectant tout le monde, jusqu'à sa mère : il n'y a plusse mot pour rire à ce qu'elle dit; à ce

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qiCelle écrit, passe encore. Aussi , depuis que j'ai découvert ce nouveau talent, avant que tu gâtes ses lettres comme ses propos, je compte établir de sa chambre a la mienne un courrier d'Italie dont on n'escamotera point les paquets.

Adieu , petite cousine. Voilk des réponses qui t'appren^ drontà respecter mon crédit renaissant. Je voulais te parler de ce pays et de ses habitants : mais il faut mettre fio a ce volume; et puis tu m'as toute brouillée avec tes fantaisies, et le mari m'a presque fait oublier les hôtes. Comme nous avons encore cinq ou six jours à rester ici , et quQ j'aurai le temps de mieux revoir le peu que j'ai vu, tu ne perdras rien pour attendre, et tu peux compter sur un second tome avant mon départ.

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