‹ Julie (volume 2)Chapitre 145 sur 187 · PARTIE VI, LETTBE III · texte numérisé non relu

PARTIE VI, LETTBE III

de ma sarinrise. Que pouvaîs-je penser? N'avais-je rédimifl^ qa'an serpeat dans mon sein? Jusqu'où n'osais-je peint porter mes soupçons et ini rendre son ancieniie ivtjnstioe! Faibles et malheureux que nous somimesl c'est iMMis qui faisons nos propres maux. Pourquoi nous plaindre que les méchants nous tourmentent, si les bons se tounnentent encore entre eux?

Tout cela ne fit qu'adiever à me détermiBer. Quoique f ignorasse le fond de cette intrigue, je voyais que le ooeur de Lattre était toujours le même ; et cette épreuve ne me la rendait que plus chère. Je me proposais d'avoir une explication avec elle avant la conclusion; mais }e voulais attendre jusqu'au dernier moment, pour prendre aupa* ravant par moi-même tous les éclaircissements possibles. Pour lui , j'étais résolu de me convaincre, de le convainœ, enfin d'aller jusqu^u bout avant que de lui rien dire ni de prendre im parti par rapport k lui, prévoyant une rupture infaillible , et ne voulant pas mettre un bon naturd et vingt ans d'honneur en balance avec des sovpçons.

La marquise n'ignorait rien de ce qui se passait entre nous. Elle avait des épies dans le couvent de Lau)re, et parvint à savoir qu'il était question de mariage. Il n'en fatiot pas davantage pour réveiller ses fureurs : elle m'émvit des lettres menaçantes. £lle fit plus que d'écrire; mais 'Comme ce n'était pas la première fois, et que nous étions sur nos gardes, ses tentatives furent vadnes. J'eus seulement ie plaisir de voir dans l'occasion que Saint- Preux savait payer de "sa personne, ^ ne marchandait pas sa vie pour sauver celle d^n ami.

Vaincue par les transports de sa rage , la marquise tomba malade et ne se releva plus. Ce fut là le terme de ses tournàents ^ et de ses crimes. Je ne pus apprendre

< Par la lettre de mllord Edouard ci-devant supprimée , on vott qu'il pensait qu'à la mort des méchants leurs Ames étaient anéanties.

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son état sans en être afftigé. Je lui envoyai le docteur Eswin; Saint-Preux y fut de ma part : elle ne voulut voir ni Fun ni l'autre; elle ne voulut pas même entendre parler de moi , et m'accabla d'imprécations horribles cbaqae fois qu'elle entendit prononcer mon nom. Je gémis sur elle, et sentis mes blessures prêtes a se rouvrir. La raison vainquit encore ; mais j'eusse été le dernier des hommes de songer au mariage, tandis qu*une femme qui me fut si chère était à l'eitrémité. Saint-Preux, craignant qu'enfin je ne pusse résister au désir de la voir, me proposa le voyage de Naples , et j'y consentis.

Le surlendemain de notre arrivée, je le vis entrer dans ma chambre avec une contenance ferme et grave , et tenant une lettre à la main. Je m'écriai : La marquise est morte! Plût à Dieu! reprit-il froidement; il vaut mieux n'être plus que d'exister pour mal faire. Mais ce n*est pas d^elle que je viens vous parler; écoutez-moi. J'attendis en silence.

Milord , me dit-il, en me donnant le saint nom d'ami vous m'apprîtes à le porter. J'ai rempli la fonction dont vous m*avez chargé; et, vous voyant prêt à vous oublier, j'ai dû vous rappeler a vous-même. Vous n'avez pu rompre une chaîne que par une autre. Toutes deux étaient indignes de vous. S'il n'eût été question que d'un mariage inégal , je vous aurais dit : Songez que vous être pair d'Angleterre , et renoncez aux honneurs du monde , ou respectez l'opinion. Mais un mariage abjecti.... vous!.... Choisissez mieux votre épouse. Ce n'est pas assez qu'elle soit vertueuse, elle doit être sans tache... la femme d'Edouard Bomston n'est pas facile à trouver. Voyez ce que j'ai fait.

Alors il me remit la lettre. Elle était de Laure. Je ne l'ouvris pas sans émotion, a L'amour a vaincu, me disait- » elle : vous avez voulu m'épouser , je suis conlenle. » Votre ami m'a dicté mon devoir ; je le remplis sans » regret. En vous déshonorant j'aurais vécu malheureuse;

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